Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

UNE ILLUSTRE FIGURE DINANTAISE : LE PEINTRE PIERRE JOSEPH LION.

19 avril 2017 - Michel HUBERT

Voici un essai de biographie du peintre, aquarelliste et portraitiste Pierre Joseph LION, se basant sur une compilation d’articles consacrés à l’artiste , réunis par Monsieur Jacques PONCELET de Dinant. J’ y ai joint un autre article intéressant, découvert plus tardivement.

Pierre Joseph LION est le neuvième enfant du notaire Henri Ghislain et d’Adélaïde GOLENVAUX. Il est né à Dinant, dans la paroisse Notre-Dame, le 07 mai 1729. Il y est décédé le premier septembre 1809, chez sa nièce Henriette JUSAINE-LION où il avait passé les dernières années de sa vie, n’ayant pour tout revenu que des leçons de dessin.

Il manifeste très jeune des aptitudes pour le dessin et se rend à Liège pour y suivre des cours.

Vers 1750, il se rend à Paris , où il est admis dans l’atelier de Joseph Marie VIEN qui dirigeait une école privée et qui forma de nombreux artistes comme SUVEE et Louis DAVID. De cette époque datent les premières œuvres importantes du Dinantais qui se spécialisait déjà dans les portraits de personnages connus. Il séjourna dans la capitale française jusqu’en 1760.

En 1756, lors d’un retour dans son pays natal, il exécute le très beau portrait de Jacques HEUSKIN, prieur des Croisiers de Liège.

En 1760, il part pour Vienne avec l’ambition d’être reconnu par la cour impériale. Ce sera chose faite quelque deux ans plus tard lorsqu’il deviendra peintre particulier de Marie-Thérèse et peintre ordinaire de l’empereur Joseph II. Il peint de nombreux portraits à l’huile et au pastel de l’impératrice, de son époux, de sa famille, de son entourage. Très apprécié, il reçoit dans son atelier les personnages les plus en vue.

Outre les membres de la famille impériale et les représentants de la plus fière noblesse de l’empire, il a pour modèles les ESTERBAZY, KINSKY, PONIATOWSKI, TCHERMITSCHEF, et bien d’autres, sans oublier La Pagaline, maîtresse de Léopold d’Autriche (cette œuvre fut détruite dans la maison de son propriétaire à Dinant en 1914). Il exécute aussi une série de vingt paysages au pastel destinés aux appartements privés de Marie-Thérèse. Il donne aussi des leçons de dessin à nombre de membres de la noblesse autrichienne.

JPEG - 37.6 ko
L’empereur Joseph II.
Collection privée.
Photo de Mr PONCELET de Dinant.
JPEG - 54 ko
Marie Christine de Saxe-Teschen
Photo de Michel HUBERT.

Au cours de son séjour à Vienne, le total des commandes qu’il réalise s’élève à près de 40.000 florins.

Le nom de Pierre Joseph LION est actuellement pratiquement oublié à Vienne puisque, jusqu’à ce jour, il n’a pas été possible d’identifier ses œuvres restées dans la capitale autrichienne et dans les châteaux impériaux. Celles-ci, semble-t-il, non signées, ont souvent été attribuées à d’autres artistes dont un des plus célèbres est Jean Etienne LIOTARD (Genève, 1702-1789).

Pierre Joseph LION regagne Dinant vers 1768. En 1769, il exécute les dessins des stalles de la collégiale.

Ensuite, il se rend en Angleterre, où il exécute le portrait des deux filles du Général CARPENTIER. En 1771 et 1772, LION expose à la Royal Academy de Londres où on l’a baptisé « Peter LYON ».

De retour à Dinant, il réalise de nombreux portraits à l’huile, tels ceux d’une « vieille dame » et ceux d’ancêtres de la famille de Vogelsanck.

Récemment est apparu sur le marché un autoportrait de Pierre Joseph LION, signé et daté de 1779. L’artiste s’est représenté dans son atelier tenant pinceau et palette, devant son chevalet. Dans cet autoportrait, l’artiste, semble-t-il, attache beaucoup d’importance aux signes extérieurs de réussite et à son statut de peintre connu.

JPEG - 43.4 ko
Autoportrait 1779.
Photo de Mr PONCELET de Dinant.

Il n’en est plus de même dans un autre autoportrait qu’il réalisa en 1796. Dans un cadre ovale simulé, il s’est représenté en buste dépouillé de tout accessoire. L’homme vieillissant est émouvant de simplicité.

Il aimait signer « P. LION VIENNAE », faisant ainsi état de son séjour à la cour d’Autriche.

Certaines de ses œuvres se trouvent à l’Hôtel de Ville de Dinant.

Malheureusement, beaucoup d’autres, principalement non signées, ont disparu.

LE PEINTRE DINANTAIS PIERRE-JOSEPH LION

Pierre-Joseph Lion, peintre d’histoire, de paysage et de portrait, naquit à Dinant, dans la paroisse de Notre-Dame, le 7 mai
1729 ; il était fils du notaire Henri-Ghislain Lion, et d’Adélaïde Golinvaux, son épouse,

Chez les Lion, on devenait notaire, pour ainsi dire, de père en fils ; le grand-père du peintre, son père, l’un des ses frères
s’étaient succédés comme notaires.

De bonne heure, il manifesta un goût très vif pour le dessin et, quoique jeune encore, avec l’assentiment de ses parents, il se
rendit à Liéqe, pour y apprendre le dessin, ou, du moins, pour s’y perfectionner.
Il manifesta vite d’heureuses dispositions .


Quand il s’estima suffisamment habile dans cet art il gagna Paris, où il eut la bonne fortune de se faire agréer comme élève
par Vien-le-Vieux, peintre très en renom à cette époque.
Le temps qu’il passa dans cet atelier ne nous est pas connu ; mais il dut être en tout cas de longue durée. Car c’est là que
notre jeune artiste se forma, prît sa manière toute française d’ailleurs, tant au regard de la peinture à l’huile que du procédé
au pastel dans lequel il excella. Il eut, en effet, à Paris, l’occasion souvent renouvelée d’admirer, d’étudier et de s’assimiler le
procédé et les formules des grands pastellistes français et les heureux effets que Ion pouvait en retirer.

Ayant quitté Paris, Lion se rend à Anvers pour s’orienter, prendre contact et se perfectionner, dans son art, par l’étude des
grands maîtres flamands.

Après un temps assez court, il quitte le continent et gagne Londres, peut-être pour se rendre compte et s’inspirer des
oeuvres des grands portraitistes anglais, mais aussi et surtout pour s’y livrer lui-même à l’art du portrait peint, dont les fils
d’Albion sont de si fins et de si fervents appréciateurs. Lion, en effet, était conscient de ses moyens, ne redoutait pas la
critique et escomptait le succès, sinon la renommée.
Il fut très prisé à Londres et n’eut pas de peine à y acquérir de la clientèle parmi les gens appartenant au haut commerce et à
la grande bourgeoisie. voire même à la noblesse.

Après un séjour assez prolongé en Angleterre, il revint à Paris, y travailla quelque temps, visita de nouveau la Belgique où,
en 1756, il eut l’occasion d’exécuter à Liége le portrait du prieur des Croisiers de cette ville, Jacques Hensquin ; cette toile
appartient à la famille Van Zuylen. C’est un des bons portraits du peintre.

Puis il se rend à Vienne où, grâce à certaines références et relations plus ou moins suivies avec un personnage de la Cour
d’Autriche, il espère se mettre en évidence et attirer sur lui les faveurs impériales. C’est d’ailleurs ce qui ne tarde pas de se
réaliser.

Lion devient le peintre particulier de Marie- Thérèse et de Joseph II.
Comme peintre de la Cour impériale, Lion exécute divers portraits de la souveraine et de son auguste époux, tantôt en pied
et de grandeur naturelle, tantôt en buste, les uns à la peinture à l’huile sur toile, les autres au crayon de pastel. Il fait même de
Joseph II un suberbe portrait équestre, qui provoque l’admiration de tout l’entourage de l’empereur.
Le résultat de ces labeurs et de ces manifestations talentueuses fut ce qu’il devait être : une renommée très prompte pour ce
jeune artiste étranger, si français, et un enthousiasme considérable et général de la part des grands du royaume, des
seigneurs et courtisans de l’entourage de l’empereur et de son illustre épouse.
Les Kynski, les Poniatowski et nombre d’autres passent devant le chevalet du jeune maître pour s’y faire portraiturer.

* * *

Peintre habile et probe, Lion excellait surtout dans le pastel où il atteignait, par la délicatesse de la touche, par l’expression
des physionomies, par la beauté des visages ; par la netteté des lignes des figures, la richesse et le fondu des tons, la
virtuosité des grands pastellistes français du XVIIIe siècle.

Il n’égalait point certes Maurice Quentin La Tour ; mais il s’en rapprochait par certains côtés ; il ne pouvait point affirmer
comme lui : « ils croient que je ne saisis que les traits de leurs visages : mais je descends au fond d’eux-mêmes, à leur insu, et
je les remporte tout entiers » ; mais Lion pouvait se reconnaître le mérite de rendre leur physionomie propre et bien spéciale,
tout en leur accordant, grâce à la souplesse de son pinceau et à la légèreté de son crayon, une certaine accentuation de
beauté, de grâce ou d’intelligence, que leur visage lui laissait apparaître selon la diversité de ses clients. Il créa, pour les
appartements particuliers de Marie- Thérèse, une suite de paysages au procédé du pastel, qui lui furent payés plus de 4.000
florins, ce qui démontrait à tous que le talent du peintre pouvait s’étendre à tous les genres. Il exécuta à Vienne nombre
d’autres oeuvres picturales, d’histoire, de paysage, et de portraits. Nous aurons l’occasion ci-après d’en citer un grand
nombre, sans vouloir cependant ainsi les délimiter.

Lion séjourna à Vienne au moins une dizaine d’années et il y retourna sûrement ensuite, Revenu dans son pays, Lion s’établit
à Bruxelles d’où il rayonna un peu partout selon les appels qui lui étaient faits, C’est ainsi qu’en 1777 on constate sa
présence au château de Sorinnes appartenant à la famille des Villenfagne, où il exécute trois portraits ; puis au château de
Bassine, sur l’Ourthe, appartenant au comte de Steen de Jehay. où il oeuvre un portrait remarquable au pastel, celui du
comte Maximilien-Jean-François de Horion, chancelier de JeanThéodore de Bavière.

A une époque non encore élucidée, mais qui doit être proche de l’avènement de la Révolution française et des troubles
politiques et sociaux qui l’ont précédée et accompagnée, Pierre-joseph Lion, devenu âgé, vit tout-à-coup la fortune qu’il
avait si laborieusement acquise, sombrer, Cela lui causa naturellement beaucoup d’amertume et de soucis, sans toutefois le
décourager, car il continua de travailler. Mais la prudence et le sentiment de la sécurité lui conseillèrent de revenir dans sa
ville natale, à Dinant, au milieu des siens.

C’est ce qu’il fit vers l’année 1790. Ici encore, Lion continua de s’occuper de Son art et eut successivement comme élèves Paul Godefroid. Noël de Waulsort et Henri-Augustin Michel de Dinant. qui, à des
degrés divers, devinrent des artistes-peintres de mérite, mais qui moururent jeunes.
Lion, chargé d’ans, mourut en 1809, le premier septembre, en la paroisse de Notre-Dame.

* * *

Son oeuvre, très importante, fut largement représentée en une exposition d’art qui eut lieu à Dinant au cours de l’été 1907 :
Ce fut une révélation pour beaucoup, un régal pour tous, un enthousiasme non dissimulé et sincère chez un très grand
nombre de visiteurs.

Nous citerons :

1. - Personnages inconnus exécutés à Paris en 1759, au pastel. (famille Henri de Bouvignes, propriétaire).

2. - Portrait de Poniatowski, roi de Pologne, au pastel, (propriétaire M. Léopold Disière-Jobart de Dinant. Sa femme était
la veuve d’un Lion, parent du peintre) ;

3. - Portrait d’un inconnu, au pastel, (propriétaire M. Jobart) ;

4. - Portrait de l’archiduchesse Marie Christine de Saxe-Teschen, (propriétaire Mme Laurent-Renson. La mère de celle-ci
était une Lion, parente du peintre) ;

5. - Portrait de l’empereur Joseph II au pastel, (même propriétaire) ;

6. - Portrait d’Antoine-Dieudonné Lion, neveu du peintre,au pastel, (propriétaire Mme Schaar-Renson, soeur de Mme
Laurent-Renson) ;

7. - Portrait du peintre à l’âge de 67 ans, au pastel, (propriétaire M. Eugène Henry, dont le beau-père était un Lion) ;

8. - Portrait du duc Charles de Lorraine, au pastel, (propriétaire M. l’abbé Pries, dont la mère était une Lion) ;

9. - Portrait de Henri-Joseph Lion, demi-frère du peintre, au crayon, (propriétaire Mme Schaar-Renson déjà nommée) ;

10. - Portrait de « la Pagaline » ou de Mlle Pageling, pastel, (propriétaire Mme Delp1ace-Renson, soeur des précédentes et
parente du peintre) ;

11. - Portrait de l’empereur Joseph II, au pastel, inachevé, (propriétaire M. Henri Périot de Dinant) ;

12. - Portrait de Henri-Joseph Lion, neveu du peintre, à l’huile, sur toile, (propriétaire Mlle Clara Lion de Namur) ;

13. - Portraits de M. et Mme Gosse. à l’huile, sur toile, (propriétaire M. le docteur Henri Vermer)

14. - Portrait de Henri Lion, neveu du peintre, pastel. (Mme Laurent-Renson ) ;

15. - Portrait de Perpète Ignace Lion, notaire, frère du précédent, à l’huile sur toile. (M. l’abbé Fries, propriétaire) ;

16. - Portrait du peintre par lui-même, pastel. (Mme Laurent-Renson ) ;

17. - Portrait d’Henri Ghislain Lion, notaire. père d’Antoine Thomas. a l’huile, sur toile, (M. l’ abbé Fries ) . 

18. - Portrait d’Eléonore Lion, nièce du peintre. au pastel. (Mme Delplace-Renson, déjà citée) .

• • •

Il y a lieu ici d’ouvrir une parenthèse et de faire observer tout d’abord que les noms des personnes signalées comme étant
les propriétaires des susdits tableaux sont ceux qui se rapportent à l’année 1907 et non plus à l’époque actuelle ; ensuite
qu’un certain nombre de ces peintures ou pastels ont dû être anéantis lors de la destruction de Dinant en Août 1914 ; enfin
que plusieurs d’entr’ eux ne sont que des études poussées fort avant pour servir à créer les originaux, qui se trouvent à
l’étranger. soit à Vienne. soit ailleurs. tels vraisemblablement les portraits de Poniatowski. de l’archiduchesse
Mane-Christine. de l’empereur Joseph II, du duc Charles de Lorraine. de la Pagaline.

Nous aimons à signaler l’intérêt que nous avons pris à l’examen du portrait à l’huile sur toile d’Henri-Ghislain Lion en son vivant
notaire à Dinant. et que possède M. l’abbé Fries : Ce personnage au regard si aigu et si fin. à la physionomie si
expressive, a été pris sur le vif ; il semble se mouvoir hors cadre et vous solliciter à prendre part à son activité de chaque
jour. C’est une excellente peinture, qui gagnerait sans doute à subir un léger nettoyage.

Il résulte de tout ce qui vient d’être exposé que Pierre-Joseph Lion, fut un peintre. mais surtout un pastelliste distingué.
poétique et prenant.

Il vendait ses productions artistiques à un prix assez élevé. mais non exagéré au regard de leur valeur intrinsèque. C’était
d’ailleurs son droit strict et légitime. Ce n’était point le professionnel qui travaille pour gagner de l’argent, mais bien l’artiste
qui poursuit son idéal et tend inlassablement à créer des oeuvres qui ne passent point.

D’après V. DELIMOY

Extrait de Sambre-et-Meuse, organe officiel du Cercle des XV n° 3 .1931

Généalogie ici :
http://gw4.geneanet.org/index.php3?b=michubert&lang=fr ;pz=maxine+marie+francoise+cicercule ;nz=coton ;ocz=0 ;p=pierre+joseph ;n=lion ;oc=1

Michel M.E.HUBERT