Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

TRADITIONS ET LEGENDES DE DINANT

25 février 2006 - Marie-Laure et Guy Somme

Description des fêtes religieuses et civiles, usages, croyances et pratiques populaires ... de Dinant.

Un document produit en version numérique par Gustave Swaelens, bénévole, journaliste à la retraite, Suisse. Dans le cadre de la collection : "Les classiques des sciences sociales"
Site web : http://www.uqac.ca/Classiques_des_sciences_sociales
Fondée et dirigée par Jean-Marie Tremblay, sociologue. Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque Paul-Émile-Boulet de l’Université du Québec à Chicoutimi
Site web : http://bibliotheque.uqac.uquebec.ca/index.htm

Le Baron de Reinsberg-Düringsfeld
1870

Traditions et légendes de la Belgique

Traditions et légendes de la Belgique : Descriptions des fêtes religieuses et civiles, usages, croyances et pratiques populaires des Belges anciens et modernes.
Extrait des Tomes I et II.

1 janvier. -
(Viburnum tinus.) Huitième nuit. Nouvel an.
Fête de la Circoncision de Jésus-Christ et Octave de la Nativité.

A Dinant on fait des « galettes » que l’on présente aux personnes qui viennent faire leurs félicitations.
A Dinant les enfants qui fréquentent les écoles, vont porter des tartes, des gâteaux ou du vin à leurs maîtres ou aux religieuses du couvent où ils reçoivent leur enseignement.
De même les fermiers y font des présents aux propriétaires de leurs terres.

3 janvier.
(Iris Persica.) Dixième nuit. Sainte Berthilde ; sainte Geneviève.

Sainte Geneviève, la patronne de Paris, en l’honneur de laquelle onze églises belges ont été consacrées, protège l’agriculture, et surtout les prés et les bestiaux. A Dréhance, près de Dinant, on l’invoque contre les humeurs froides ou dartres, et son jour de fête y attire chaque année une grande affluence de pèlerins.

6 janvier.
(Tortula rigida.) L’Épiphanie ou jour des Rois. Drykoningendag.

Dans les provinces de Liége, de Namur et de Luxembourg, on a conservé, comme en France, l’usage de tirer la fève. Les boulangers y ont l’habitude d’envoyer ce jour-là à leurs pratiques un pain fin de forme ronde et contenant une fève noire, qui, à Huy, s’appelle « pain cadeau » et dont les morceaux sont distribués aux assistants par le plus jeune enfant de la famille. Celui dans la part duquel on trouve la fève, est roi, comme chacun le sait, et pour imiter ce qui se passe à la cour, on lui donne des officiers, toute la
compagnie se soumet à ses ordres et lui marque la déférence due à sa souveraineté imaginaire, en criant lorsqu’il boit : « le roi boit ! » et en punissant ceux qui manquent à ce devoir.
La croyance populaire que parmi les trois Mages qui vinrent adorer le Sauveur, il y en avait un qui était noir, fournit l’idée du châtiment dont on punissait les coupables. Ils furent condamnés à être barbouillés, et cette coutume qui s’observe encore de nos jours n’augmente pas peu la gaieté du repas. Le roi est tenu de donner à ses sujets un petit festin, le dimanche ou le lundi après le jour des Rois.
En plusieurs endroits, comme à Dinant, les gens de la maison assistent au tirage de la fève.

2 février.
(Galanthus nivalis.) Fête de la Présentation de Notre-Seigneur au temple et de la Purification de la sainte Vierge.

A Dinant commençaient à la Chandeleur les exercices des arbalétriers, qui avaient lieu chaque dimanche jusqu’à la Toussaint. Chaque membre devait, d’après les statuts, y aller au moins neuf fois (Arch. De Dinant, Reg. 4, fol. 163).

3 février.
(Fontinalis antepyretica.) Saint Blaise ; sainte Berlende ; saint Hadelin.

Saint Hadelin est patron de cinq églises situées dans les diocèses de Liége et de Namur, et son jour de fête attire chaque année un grand concours de monde à Celles, village près de Dinant, où se trouve l’ermitage qui a été, dit-on, la demeure de ce saint et qui et aussi ancien que l’église de cette commune. Car, en 669, saint Hadelin y fonda une chapelle, appelée Celles, qui donna son nom au village et devint par la suite une collégiale ; après sa mort ce saint fut enterré dans le caveau de l’ermitage et depuis ce
temps, cette retraite a été constamment habitée par un ermite (Vasse, p. 11, 2).
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8 mars.
(Narcissus lœtus.) Sainte Félicité ; saint Jean de Dieu ; saint Philémon.

A Dinant on procédait ce jour-là au renouvellement des vingt-et-un jurés, qui avait lieu auparavant le 22 janvier.

12 mars.
(Ixia bullocodium ) Saint Grégoire le Grand, patron des écoliers, auquel est consacrée l’église de Flamierge-Roumont dans la province de Luxembourg.

C’est surtout dans le pays wallon que la fête de saint Grégoire donne lieu à beaucoup de particularités.
Les garçons qui fréquentent les écoles ont le privilège de faire, ce jour-là, une quête. Ils s’en vont débiter devant chaque maison quelque chanson relative à la fête, et on leur donne d’habitude des œufs, de la farine, du beurre, etc., pour en faire des galettes. Dans quelques localités près de Dinant et de Huy, les garçons qui font la quête habillent l’un d’eux en évêque pour représenter saint Grégoire ; dans d’autres villages du pays de Namur, où le maître accompagne lui-même ses écoliers, quatre garçons sont travestis. L’un d’eux est déguisé en saint Grégoire, un autre en chapelain du pontife ; le troisième représente un boulanger et le quatrième un sergent. Le boulanger porte sur le dos un sac dans lequel il
met tout ce qu’on reçoit. La quête terminée, on retourne à l’école où l’évêque aussi bien que les autres garçons, choisit une femme parmi les petites tilles qui fréquentent l’établissement. La mère de saint Grégoire et celle de sa femme sont tenues de faire pour toute la compagnie le « matou, » (des pistolets cuits au lait), des galettes, des « koukebacks » ou « vouts » (ainsi s’appellent les omelettes en wallon). On mange puis on danse, et c’est souvent le maître d’école lui-même qui joue du violon pour amuser les
enfants.

3 avril.
(Anchusa sempervivus.) Saint Agape ; saint Richard, évêque de Chicester ; saint Vulpien.

Le dernier dimanche du carême, celui qui précède Pâques, s’appelle « dimanche des Rameaux, » « jour des Rameaux, » « dimanche des Palmes, » en flamand « Palmzondag. »
On le nomme ainsi parce que les fidèles y portent des « palmes » ou des « rameaux » bénits en commémoration de l’entrée triomphale de Jésus-Christ à Jérusalem. Comme on bénit les rameaux ce jour, et que beaucoup de gens joignent aux branches de buis, de saule, etc., des fleurs et des baies selon ce que la saison peut fournir, on a donné aussi à ce dimanche les noms de « Pâques fleuries » et de « dimanche des Baies. »

L’usage de jeter quelques branches de buis bénit dans le feu, quand le tonnerre gronde fortement et qu’il est de longue durée, s’est conservé dans les villes aussi bien que dans les campagnes ; pour empêcher que l’on ne marche sur les cendres du buis bénit, on a coutume, à Dinant, de les jeter dans un trou creusé à cette fin dans la terre du jardin ou de la cour.

Un usage assez curieux était pratiqué jadis à Bouvignes, près de Dinant : « Chaque année, au dimanche des Rameaux, tous les prêtres de Bouvignes, cierges allumés, excommunieront ceux qui par paroles ou de fait, auront voulu enfreindre la loi ou violer la liberté de la ville. » Ce fut la comtesse Yolende et son mari Pierre de Courtenay qui établirent cette clause lorsque, le 15 août 1213, ils renouvelèrent les
franchises de Bouvignes et jurèrent de les maintenir ; ils ordonnèrent que tous leurs successeurs prêteraient le même serment (La Meuse Belge, p. 42).
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8 avril.
(Glechoma hederacea.) Saint Albert ; saint Denys ; saint Perpète ; sainte Perpétue.

Le vendredi saint se nomme en flamand « Goeden Vrydag » bon vendredi, ou « Witten Vrydag, » vendredi blanc. Ce jour est « saint » par excellence, parce que c’est alors que le Sauveur s’est offert en holocauste ; il est « bon, » puisque des grâces infinies ont été obtenues sur la croix. La dénomination de « Witten Vrydag » vient des draps mortuaires dont les églises étaient tendues ce jour-là.
Toutes les cérémonies de l’Église, symboliques jusque dans les moindres détails, nous rappellent la mort du Christ et expriment le deuil dans lequel l’Église est plongée. Mëme la messe proprement dite, y est remplacée par la messe vulgairement appelée « messe en désordre, » ou dans le langage de l’Église « messe des Pré-sanctifiés, » c’est-à-dire messe où l’on consomme les dons consacrés la veille (Cornet.)
Le « tombeau » ou le « Saint Sépulcre » qu’on arrange dans les églises, a donné naissance à l’usage qu’ont les enfants, à Dinant et en d’autres endroits, d’ériger dans les rues une espèce d’autel, et de demander aux passants quelque monnaie pour leur monument.

Suivant une ancienne coutume namuroise on cuit ce jour-là des pains et,on en conserve un jusqu’à l’année suivante, en prétendant qu’il porte bonheur et qu’il ne se gate pas. Mais en revanche on se garde bien de laver, le vendredi saint.
Pour expliquer l’origine de cette habitude, la légende raconte que la Vierge en voyageant s’approcha, un jour de vendredi saint, d’un endroit où des femmes du people blanchissaient du linge. Elle les pria de lui donner un verre d’eau ; mais loin de satisfaire à sa demande, elles l’aspergèrent d’eau sale de sorte que sa robe en fut toute humide. Marie s’éloigna et rencontra à peu de distance des femmes qui mettaient du pain au four. Elle les pria de lui permettre de faire sécher sa robe, ce qui lui fut accordé avec le plus grand
empressement. C’est pourquoi la Vierge bénit les femmes qui cuisaient du pain, et maudit celles qui lavaient.
A Dinant, où se pratique la même coutume, on dit proverbialement :
« Maudite la femme qui lave,
Bénite la femme qui cuit. »
A Bouvignes et en quelques autres localités de la province de Namur, aucun boucher ne tue ce jour-là. En beaucoup d’endroits des provinces flamandes, les cultivateurs s’abstiennent de remuer la terre, pour ne pas troubler le repos du Christ (Coremans., p. 98)

30 avril.
(Primula veris.) Saint Eutrope ; sainte Catherine de Sienne.

A Walencourt, vulgairement appelé Waulsor près de Dinant, la fête de saint Forannan attire chaque année un grand concours de pèlerins, qui y affluent de toutes parts pour honorer les reliques de ce saint, et pour invoquer son intercession contre les maux de dents.
Issu d’une noble famille d’Écosse, saint Forannan occupait un siége archiepiscopal dans sa patrie, quand il eut une révélation qui lui ordonna de se rendre au pays de Namur, à Beauval ou Valencourt (Vallis decora) pour y assister un comte qui voulait ériger un monastère. II choisit douze compagnons, passa la mer d’une manière miraculeuse, et arriva à l’endroit indiqué où il raconta au comte sa révélation. Puis il alla à Rome pour demander la confirmation du monastère. Benoît VII la lui accorda sous la condition
expresse qu’il retînt la dignité épiscopale et qu’il fût le premier abbé. De retour à Waulsor, il y mourut le 30 avril 982, après avoir vécu en grande sainteté. Nombre de miracles opérés à son tombeau illustrèrent l’église où l’on honore ses reliques. On y conserve également l’étole avec laquelle le saint guérissait de la morsure d’un chien enragé, et par laquelle plusieurs personnes ont été délivrées depuis du même mal (Gazet, pp. 298-299).
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1er mai.
(Tulipa Gesneri.) SS. Philippe et Jacques, apôtres, auxquels deux églises du diocèse de Namur sont dédiées.

Les sérénades, la veille de mai, sont encore d’usage général. Dans chaque village, qui possède une société musicale ou harmonie, on en donne au bourgmestre, aux échevins et aux personnes de distinction 2. En plusieurs villes les jeunes gens en donnent aussi à leurs maîtresses ; à Dinant ils chantaient autrefois en chœur dans les rochers qui s’élèvent derrière les maisons de la rue principale, si toutefois la jeune fille en l’honneur de laquelle on chantait, ne demeurait pas trop loin des rochers.

28 mai.
(Iris lurida.) Saint Germain, en l’honneur duquel douze églises sont consacrées.

Le lundi de la Pentecôte est en général le grand jour des fêtes et excursions champêtres ; c’est en même temps le jour où un grand nombre de kermesses et de pèlerinages ont lieu.

A Foy, village du diocèse de Namur, distant d’une lieue de la ville de Dinant, se fait une procession très célèbre en l’honneur de Notre-Dame de Foy.
Sa statue, découverte en 1609, dans l’intérieur d’un chêne, devint bientôt l’objet d’un culte tout particulier. La chapelle qu’on lui éleva en 1618 devait être remplacée, six ans plus tard, par une église d’une étendue proportionnée au grand nombre de pèlerins qui venaient prier en cet endroit, et, le 8 septembre 1624, l’église que nous voyons aujourd’hui fut placée sous l’invocation de Marie, an milieu d’une affluence immense de fidèles (De Reume, pp. 347-350).

29 mai.
(Centauria Montana). Sainte Clémentine ; sainte Maximin. Il n’y a que trois églises du diocèse de Namur, dédiées à saint Maximin.

mardi de la Pentecôte,
A Hal, petite ville sur la Senne en Brabant, on voit accourir, le mardi de la Pentecôte de chaque année, de toutes les parties de la Belgique, une foule de pèlerins qui vont se mettre sous la protection de Notre-Dame de Hal et lui recommander leur famille et leurs biens.
Sa statue ( statue en bois, de couleur noire haute de trois pieds environ ; elle représente la Vierge assise et allaitant son divin enfant), l’une des plus célèbres parmi toutes les statues de la sainte vierge, auxquelles on attribue une vertu miraculeuse et que les chrétiens honorent d’un culte particulier, fut transportée à Hal vers l’an 1262 par la comtesse Mathilde ou Mechthilde, fille de Henri duc de Brabant et épouse du comte Florent IV, de Hollande.
C’est l’une des quatre statues données par sainte Elisabeth de Hongrie à la princesse Sophie, sa fille aînée, qui avait épousé Henri II, duc de Brabant, et qui fit don de cette statue à sa belle-sœur, Mechthilde.
Mechthilde, dont la fille Adélaïde avait épousé Jean d’Avesnes, comte du Hainaut et seigneur de Hal, fit présent de la statue au magistrat de Hal qui lui fit ériger, en 1450, une chapelle particulière à l’extrémité de l’aile gauche de la belle église. L’autel sur lequel est placée l’image miraculeuse est richement décoré, les murs de la chapelle ont littéralement disparu sous les tableaux représentait des faits miraculeux, et toute l’église, monument gothique, commencé en 1341 et terminé en 1409, atteste par le luxe de ses ornements, combien grandes ont été les libéralités des pèlerins.
Aussi compte-t-on parmi les princes qui vinrent visiter Notre-Dame de Hal, Philippe le Bon, duc de Bourgogne ; Charles le Hardi ; Louis XI, roi de France ; l’empereur Maximilien ; Charles-Quint ; Marguerite d’Autriche ; Henri VIII, roi d’Angleterre. Jean-Casimir, roi de Pologne, et autres, aussi les familles les plus illustres du pays ont-elles rivalisé entre elles de donations pieuses faites à la statue miraculeuse.
Des villes entières se sont consacrées à Notre-Dame de Hal, entre autres Bruxelles, Gand, Tournai, Namur, Audenarde, Ath, Mous, Quiévrain, Courtrai, Nivelles, Lokeren, Saint-Nicolas, Lille, Valenciennes, Condé, Crespin, Guisignies, et dans la plupart de ces endroits il est des confréries qui se rendent chaque année processionnellement à Hal ou y envoient des députations pour honorer leur sainte protectrice. Le nombre des pèlerins qui visitent annuellement Notre-Dame de Hal dépasse 60,000.
Les députations des confréries de Notre-Dame de Hal de Liége, de Wacken, près de Courtrai, de Denterghem et de Hoog-Leden, en Flandre, arrivent tous les ans la veille de la Pentecôte ; celles de Dinant, de Gand, d’Audenarde de Lille, de Sotteghem et de Lokeren, le premier jour de la Pentecôte, celle de Mons, le second jour de cette fête. Le magistrat de la ville de Hal va à la réception de toutes ces députations qui viennent offrir des dons plus ou moins précieux à la Vierge.

2 juin.
(Anagalis arvensis.) SS. Marcellin, Pierre, Érasme, mart. ; saint Érasme, vulgairement appelé « saint Agrappo » à cause de son martyre, est très-honoré dans l’église de Saint-Georges, à Leffe, près de Dinant, où viennent presque tous les jours de nombreux pèlerins invoquer son intercession contre les coliques.

8 juillet.
(Œnothera biennis.) Sainte Elisabeth, reine de Portugal ; saint Eugène ; Sainte Landrade.

A Bouvignes, petite ville sur la Meuse presqu’en face du faubourg de Leffe, qui prolonge Dinant en aval, se célébrait autrefois l’anniversaire des trois dames de Crèvecœur.
La tradition locale dit que c’étaient trois dames jeunes et belles qui, à l’époque de la désastreuse invasion du roi Henri II dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, avaient suivi dans Bouvigne leurs maris venus de Namur pour disputer le terrain aux Français. On connaît la défense opiniâtre des Bouvignois. Après la prise de la ville, les quelques défenseurs qui étaient encore en vie, se retirèrent dans le château fort de Crèvecœur, situé sur la montagne au-dessus de Bouvigne. Les trois femmes combattirent comme des amazones à côté de leurs maris. Mais lorsque, le 8 juillet 1554, ceux-ci aussi eurent été tués au dernier assaut, elles montèrent sur la tour du château et, se donnant la main, se précipitèrent ensemble dans l’abîme, préférant ainsi la mort à la captivité.
Plusieurs artistes belges (Mme G. Geefs (Mlle Fanny Coor) à Bruxelles, et M. Willcamp à Anvers) ont représenté sur la toile cet acte héroïque, célébré, en outre, par une complainte populaire, dont M. Alfred Nicolas, dans ses « Voyages et Aventures au royaume de Belgique » nous a laissé la copie suivante :
Approchez, chrétiens fidèles,
Pour entendre réciter
Comme en ce château croulé
Trois dames jeunes et belles
Du haut des tours ont sauté
« Requiescant in pace. »
C’était au temps de la guerre :
L’ennemi plein de fureur
Vint assiéger Crèvecœur ;
Et depuis semaine entière
Battait brèche avec ardeur,
Et tuait les défenseurs.
Or, voilà que des trois dames
Les pieux et nobles époux
Sont tombés sous de bons coups ;
La garnison rendait l’âme
Il n’y avait plus sur pied
Que dix archers, voilà tout.
Pour ne point tomber vivantes
Aux mains des durs assiégeants,
Les trois dames bravement
S’en vont sur la tour branlante,
Monter en blancs vêtements
Et par la main se tenant.
Elles font une prière
En levant au ciel les yeux,
Et puis d’un saut merveilleux
Quittant la tour meurtrière,
Tombent dans l’air du bon Dieu
Sur les piques et les pieux.
Depuis ce trépas si digne
Qui nous crève à tous le cour,
On appela Crèvecœur
Le vieux château de Bouvigne
Qu’il plaise au divin Seigneur
Prendre leur âme en douceur !
(Voyages et aventures au royaume de Belgique, t. II, 48)

On ignore à quelle époque et par qui a été faite la fondation de la messe en souvenir des dames de Crèvecœur. Une rente est affectée à cet usage, mais son titre se compose uniquement d’une mention sommaire qui se trouve dans l’un des registres de la fabrique .

Sur l’une des pierres tumulaires, conservées dans le pavement de la vieille église élevée sur une petite éminence, on lit cette inscription, qui rappelle la prise du château.
« Cy-gist Pierre de Harroy, escuier, capitaine du chasteau et majeur de la ville de Bovigne, qui,
après la ruine dudit chasteau par les Français, pour avoir, lui avecq ses fidels bourgeois,
valeureusement résisté, et chere vendu leur sang et leur prise, y fut continué sa vie durant, dernier capitaine, trepassat le 1er de novembre 1574. Et Jaque de Harroy, qui fut tué du canon des Français l’an 1554, en défendant la bresche. Prié Dieu pour leurs âmes (a). »
C’est peut-être ce Pierre de Harroy qui a fait la pieuse fondation.
(a) V. d. V. et A., II, 134. Volksleesboek, p. 93. La Meuse belge.

De mémoire d’homme on a chanté chaque année l’anniversaire des dames de Crèvecœur ; cependant pour donner plus d’éclat à celte fête, on l’a transférée au mardi après Saint-Lambert, patron de l’église de Bouvigne ; les habitants, à cause de leur ducasse, sont plus disposés alors à assister à la messe.

21 juillet.
(Lilium philadelphicum.) - Saint Daniel ; saint Praxède ; sainte Renelde ; saint Victor.

Les Victorines ou chanoinesses régulières de l’ordre de saint Victor , qui, l’an 1280, vinrent s’établir dans la ville d’Anvers, au couvent dit « Ter-Nonnen, » avaient en Belgique divers établissements, à Gand celui de Groenen-briel, à Bruges celui de Saint-Trond, à Ypres celui de Roesbruge et d’autres maisons à Dinant, à Hasselt et à Waesmunster.

15 août.
(Clematis vitalba.) L’Assomption O.-L.-V. Hemelvaert, appelée aussi O.-L.-V. van Half-oegst (mi-août).

Cette fête, instituée par l’Église pour célébrer l’enlèvement miraculeux de la sainte Vierge au ciel, nous vient, selon saint Bernard, du temps des apôtres mêmes, et s’est conservée par tradition. Selon quelques chroniqueurs, elle ne fut pas chômée avant 813 ; selon d’autres encore, elle fut célébrée d’abord le 18 janvier, jusqu’à ce que, cédant aux instances de l’empereur Maurice, le pape transféra cette solennité au 15 du mois d’août.

Dans toute la Belgique cette fête est célébrée avec la plus grande pompe. Le culte de Marie est ici aussi ancien que le christianisme, et ce n’est pas à tort qu’on désigne ce royaume « la terre de Marie, » tant y est grande la dévotion envers la sainte Vierge.
Quatre cent vingt-sept églises lui sont dédiées, et il n’y a pas de village où l’on ne trouve une chapelle consacrée en son honneur. Un grand nombre des sanctuaires où se vénèrent des images de la mère de Dieu comptent parmi les pèlerinages les plus fréquentés du pays.
Les villes et bourgs d’Anvers, d’Aerschot, de Binche, de Ciney, de Hal, de Deynze, de Dinant, de Floreffe, de Ghistelles, de Herstal, de Huy, de Maeseyck, de Menin, de Merchtem, de Mons, de Namur, de Nieuport, de Ninove, d’Ostende, de Rochefort, de Rupelmonde, de Spa, de Termonde, de Theux, de Tongres, de Tournai, de Tronchiennes et de Vilvorde, se sont placés sous la protection particulière de Notre-Dame ; beaucoup de gildes ou serments, de chambres de rhétorique et de métiers l’honorent comme leur patronne, et beaucoup de lieux et d’édifices lui doivent leurs noms.

18 août.
(Tagetes erecta.) Sainte-Hélène ; saint Arnould.

Il n’y a que l’église de Custinne, près de Dinant, dans le diocèse de Namur, qui soit consacrée en l’honneur de la sainte Impératrice, à laquelle nous devons l’invention de la Sainte-Croix.

1er septembre.
(Sedum telephium.) Saint Gilles ; saint Egide.

A Dinant, le jour de Saint-Gilles fut pendant longtemps le jour du renouvellement des vingt-et-un jurés, qui composaient le magistrat ; l’élection annuelle se transféra ensuite au 22 janvier et plus tard encore au 8 mars.

13 septembre.
(Crocus sativus.) Saint Amat ; saint Maurille ; saint Frédéric ; saint Materne.

Saint Materne, que trois paroisses de l’évêché de Namur honorent comme patron, et dont la fête se célèbre communément le 14 de ce mois, est le premier apôtre des Dinantois et le fondateur d’un très-grand nombre de sanctuaires. Ce fut lui qui modela de ses propres mains la fameuse statue de la Vierge à Walcourt et fit bâtir les églises ou oratoires sous l’invocation de Notre-Dame à Ciney, à Dinant, à Huy, à Namur, à Tongres, etc.
Néanmoins, on ne sait pas encore exactement l’époque de son apostolat. Quelques auteurs le font disciple de saint Pierre et fils de la veuve de Naïm, d’autres assurent qu’il vivait au commencement du deuxième siècle, enfin une troisième opinion, accréditée par les Bollandistes reporte les travaux évangéliques de saint Materne au commencement du quatrième siècle et prétend que ce saint évêque de Tongres mourut en 328.

1er novembre.
(Laurastinus sempervirens.) La Toussaint ou Allerheiligen, fête de tous les saints.

Une fête en l’honneur de tous les saints et particulièrement de tous les martyrs existait déjà au quatrième siècle dans l’église orientale. Elle passa bientôt dans l’église occidentale, mais se célébrait d’abord le dimanche après la Pentecôte comme les Grecs le font encore de nos jours.
Lorsque, en 607, le pape Boniface IV obtint de l’empereur Phocas le Panthéon des Romains, qu’on nomme aujourd’hui Notre-Dame de la Rotonde, il le dédia à la Vierge et à tous les martyrs et y fit transporter toutes les reliques qu’on avait déterrées aux alentours de Rome. C’est du jour de cette dédicace que Grégoire III fixa la fête de tous les saints au 1er novembre, et Grégoire IV ordonna, en 834, que toute l’Église catholique célébrerait ce jour une fête commune en l’honneur de tous les saints 1.

A l’égal de la Saint-Bavon ou Bamis la Toussaint sert de terme pour marquer la fin de l’été et le commencement de l’hiver. En plusieurs villes, entre autres à Dinant, les tirs hebdomadaires des différentes sociétés ne cessent d’avoir lieu qu’à la Toussaint.

2 novembre.
(Physatis.) Jour des morts ou des Trépassés, Allerzielendag.

Dans les premiers siècles de l’Église on ne trouve pas de jour destiné particulièrement à la commémoration des morts, bien qu’on ait prié pour les trépassés dès les temps les plus reculés du christianisme. Ce n’est qu’en 998, que saint Odillon, abbé de Cluny, institua une fête annuelle à célébrer le 2 novembre dans tous les couvents des Bénédictins en mémoire des trépassés, et toute la chrétienté se hâta de suivre cet exemple. La célébration de cette fête, qui commence la veille aux vêpres, se signale en Belgique par diverses anciennes coutumes existant encore.
A Bruges, à Dinant et en plusieurs autres villes, on allume la veille de la fête des cierges bénits dans les maisons et les laisse brûler durant la nuit, car il est prudent de se préserver par des cierges bénits des apparitions et visions que la croyance populaire en Belgique aussi bien qu’en France, en Écosse et en Irlande attribue à cette nuit.

4 novembre.
(Arbutus.) Saint Charles Borromée ; saint Perpète, patron de Dinant.

Saint Perpète fut, sans contredit, l’un des plus grands hommes qui aient occupé le siége de Tongres. Fils d’un comte de Looz et d’une comtesse allemande renommés pour leur piété, il donna, dès son enfance, l’exemple de toutes les vertus. Appelé par sa naissance à occuper une brillante position dans le monde, il préféra l’austérité de l’état ecclésiastique aux plaisirs du siècle et après avoir parcouru tous les degrés de la hiérarchie, il fut proclamé vingt-troisième évêque de Tongres en 598. Sa grande modestie lui fit refuser d’abord une charge qu’il considérait comme étant bien au-dessus de ses forces, mais il dut bientôt se rendre aux désirs du peuple et l’on vit alors briller dans tout leur éclat les qualités excellentes de ce saint homme. Sa vie entière ne fut qu’une série de bienfaits, son grand savoir lui mérita l’insigne honneur d’être appelé le docteur des fidèles.
Professant une affection toute particulière pour la ville de Dinant, il en faisait son séjour dès l’an 604, y fonda la même année une église dédiée à saint Vincent, dans laquelle il se retirait souvent, pour y prier dans le silence et le recueillement, et y mourut après dix-huit années d’un glorieux épiscopat, le 4 novembre 617.
Suivant son désir, il fut enterré dans l’église de Saint-Vincent, où la reconnaissance publique éleva un superbe mausolée de marbre à sa mémoire. Dieu ne tarda pas à manifester d’une manière éclatante, combien la vie de son serviteur lui avait été agréable ; du tombeau de Saint-Perpète découlait une huile odorante qui guérissait beaucoup de malades.
La ville de Dinant, ayant éprouvé particulièrement les salutaires effets de la protection de ce saint, le choisit pour son patron et fit chanter, chaque lundi, une messe solennelle à son honneur.
Du produit des offrandes que déposaient sur son tombeau les nombreuses personnes redevables de leur santé à l’intercession du saint, on acheta une riche châsse dans laquelle ses restes furent déposés et portés à la procession qui se faisait autour de la ville, en son honneur, le mardi de Pentecôte de chaque année. La fête de Saint-Perpète ne se célèbre que par l’office et l’exposition des reliques du saint dans l’église de Saint-Vincent.
(Histoire de la ville de Dinant, par E. Siderius, Mss).

15 novembre.
(Tussilago fragrans.) Saint Léopold, eu l’honneur duquel l’église du fort à Dinant est consacrée.

25 novembre.
(Tussilago fragrans.) Sainte Catherine.

Cette sainte, l’architype de la pureté, est très-vénérée en Belgique. Trente-quatre églises lui sont dédiées et un grand nombre de métiers et d’associations soit religieuses soit laïques se sont placées sous sa protection spéciale.
Mais ce qui contribue le plus à rendre populaire en Belgique le jour de Sainte-Catherine, c’est qu’il est la fête des jeunes filles, qui honorent cette sainte comme leur patronne. Dans les familles aussi bien que dans les écoles et pensionnats de jeunes filles, on fête ce jour en donnant le soir un bal ou en représentant de petites comédies.
Dans les hautes classes de la société, on accompagne d’habitude les bouquets, qu’on offre le matin de ce jour, aux jeunes filles, de jolis présents consistant en parures ou en ajustements.

Dans les Ardennes, et surtout dans les environs de Dinant, les filles qui fréquententles écoles, vont le jour de Sainte-Catherine faire une quête, toute pareille à celle que les garçons y font à la Saint-Grégoire. Elles s’habillent toutes en blanc, et l’une d’entre elles, voilée et décorée de fleurs et de rubans, représente Sainte-Catherine. La chanson, qu’elles chantent à cette occasion, est une complainte naïve sur la mort de la sainte patronne. La voici telle qu’une jeune fille, native de Freyr, nous l’a dictée à Dinant :
Sainte Catherine était la fille d’un roi,
Son père était payen et sa mère ne l’était pas.
Ave Maria ! sancta Catharina !
Un jour dans ses prières son père la regarda,
Que fais-tu là, ma fille, ma fille que fais-tu là ?
Ave Maria ! sancta Catharina !
Va-t-en chercher mon sabre et mon grand couteau qui est là,
Que je lui tranche la tête à cette maudite-là.
Ave Maria ! sancta Catharina !
Un ange descend du ciel, lui dit Catherine : courage !
Courage, Catherine, courage ; couronnée tu seras.
Ave Maria ! sancta Catharina !
Mais pour ton mauvais père, en enfer il ira ;
Mais pour ta bonne mère, en paradis elle ira.
Ave Maria ! sancta Catharina !

Sainte Catherine est aussi patronne des bonnes servantes, elle leur procure de bons services.
A Huy, où, de même qu’à Dinant, les meuniers honorent Sainte-Catherine comme leur patronne, les ouvriers vont le jour de fête de cette sainte, féliciter leurs maîtres qui leur offrent une goutte. Puis ils assistent à la messe, et à midi, ils dînent tous ensemble. Le soir on danse.

4 décembre.
(Cactus Pereskia.) Sainte Barbe.

Cette sainte, à laquelle douze églises sont dédiées, est invoquée contre la mort subite. C’est pour cela que les artilleurs, charbonniers, mineurs et pompiers l’ont choisie pour patronne. En quelques villes, entre autres à Dinant et à Huy, elle est aussi patronne des charpentiers, maçons et menuisiers, peut-être parce qu’on la représente toujours portent une tour.
La fête de Sainte-Barbe donne lieu à beaucoup de festivités. Les artilleurs et canonniers, soit de l’armée, soit de la garde civique, après avoir assisté à une messe solennelle en l’honneur de leur sainte patronne, se réunissent en chaque ville pour célébrer ce jour par un grand banquet.
A Leffe, faubourg de Dinant, la confrérie de Sainte-Barbe, érigée en l’église paroissiale de Saint-Georges, en l’an 1658, avec l’autorisation de l’évêque de Liége, Maximilien-Henri de Bavière, et enrichie d’indulgences plénières par le pape Alexandre VII, célèbre chaque année la fête de Sainte-Barbe d’une manière très-solennelle.
Cette confrérie, qui a été établie pour obtenir la grâce d’être préservé de mort subite, est très-nombreuse, et tous les jours, pendant l’octave, mais surtout le jour de la fête, après la messe, suivant l’ancien usage, des personnes pieuses s’y font inscrire.

6 décembre.
(Erica nidiflora.) Saint Nicolas, évêque de Myre.

Cent et six églises sont consacrées en son honneur et un grand nombre de métiers, entre autres les bateliers dans les villes situées sur la Meuse, les scieurs de bois, les pourpointiers ou « cuttenstekers, »
les teinturiers, tourneurs et merciers à Bruges, les accapareurs ou « voorkoopers » à Termonde, les merciers et négociants à Malines, les emballeurs, les grainetiers et tonneliers à Liége, les écrivains et les employés à Mons, etc., l’ont choisi pour patron.
Mais ce qui contribue le plus à rendre saint Nicolas très-populaire en Belgique, c’est qu’il passe pour être le protecteur et correcteur des petits enfants, et que sa fête, dans tout le pays, est un jour de joie et de réjouissance pour la jeunesse.
A l’instar du « Greef van Halfvasten, » saint Nicolas monté sur un âne ou sur un cheval blanc, et ayant de chaque côté de sa monture un grand panier rempli de friandises et de joujoux, parcourt, la nuit avant sa fête, le sommet des habitations et laisse tomber par les tuyaux des cheminées quelques bonbons et joujoux pour chaque enfant, qui Durant le cours de l’année a été sage, obéissant et studieux, mais une verge ou un torchon pour celui d’entre eux qui s’est mal comporté, qui n’a pas voulu se coucher de bonne heure ou qui ne se laisse pas bien laver. C’est à ces fins que les enfants placent le soir de la veille,
dans la cheminée de la chambre à coucher de leurs parents, selon les localités, soit un soulier ou sabot qu’ils ont eu soin de décrotter eux-mêmes, soit un bas, soit un petit panier.
A Dinant et à Huy ils jettent de petites bottes de foin dans un coin d’une chambre on du grenier, ou ils remplissent un plat d’avoine et le placent devant la cheminée, croyant gagner les bonnes grâces de saint Nicolas, en prenant soin de sa monture.
Par la même raison, les enfants ne manquent jamais de remplir le soulier ou la corbeille de foin, et d’y mettre quelques carottes ou un petit pain pour le cheval du saint évêque.
Le lendemain les enfants trouvent leurs souliers ou leurs paniers rempli de beaucoup de bonnes choses ; mais, s’ils ont été méchants, le faisceau de verges tient lieu de bonbon ou bien l’avoine est restée intacte dans le sabot.