Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

OU DONC FUT DINANT ? (1) Récit du sac de Dinant par Charles le Téméraire

25 janvier 2006

Extrait de la bibliothèque de notre ami, Albert Otjacques, voici un récit du premier sac de Dinant perpétré par Philippe le Bon en août 1465. Ces pages sont tirées du livre "Le martyre de Dinant" par Namêche, Les publications "Dinantensis", 2è édition, 1920.

Ce texte est complété par une citation des mémoires de Jean de Haynin, qui apporte des précisions sur le séjour de Charles le Téméraire qui logeat chez Laurent Aux Brebis, ancêtre de Marc Aubrebis qui nous a transmis ce texte.

« La nouvelle de la prétendue défaite du comte de Charolais à Monthléri (1465) avait été acceuillie à Dinant avec des transports de joie. On y fabriqua un mannequin à l’effigie du comte, on le suspendit à une potence au milieu d’un marais et on le cribla de flèches en proférant les injures les plus outrageantes contre le comte et contre la duchesse sa mère. Le vieux duc, poussé à bout, résolut de tirer une vengeance sanglante des Dinantais. Il convoqua ses vassaux et ses gens d’armes, et, pour être témoin lui-même du châtiment, il se fit transporter en litière à Bouvignes, dont les démélés séculaires avec Dinant sont célèbres dans notre histoire.
Le 16 aout 1466, l’armée ducale, forte au moins de trente mille hommes traversa la Meuse et se dirigea vers Dinant en cotoyant la rive droite. Le 18, le siège fut mis devant la place.

L’artillerie bourguignone foudroya cette malheureuse ville de trois côtés à la fois. Les assiègés avaient demandé secours à Liège. Le comte de Charolais, voulant prévenir l’arrivée des liégeois, poussa le siège avec une vigueur extrême. L’artillerie tonnait avec tant de fureur et de constance qu’elle fit crouler en une fois plus de 60 pieds de muraille, quoique ces murs fussent d’une solidité extrême. Le bruit, l’épaisse fumée, le fracas des édifices en poudre, les cris des combatants, des blessés, des mourrants, tout, selon le language d’un contemporain , contribuait à donner l’aspect d’un enfer à cette lamentable cité.

Une grande partie des bourgeois avait péri dans les sorties et à la défence des remparts. Ceux qui survivaient, ne pouvant résister aux larmes de femmes et de leurs enfants, demandèrent à capituler. En vain, un ancien bourgmestre nommé Guérin, fit tous ses efforts pour les en détourner en remontrant que les liégeois allaient arriver et que c’était insencé de compter sur la clémence d’un ennemi mortellement offensé ; il n’y avait plus personne en état de l’entendre. Après une première démarche inutile, le duc consentit enfin à recevoir les Dinantais à sa miséricorde.

Le 26 août, vers midi, le comte de Charolais fit son entrée dans la ville au son de trompettes et de clairons : il descendit dans la maison d’un des principaux habitants. Le 28 , « fut publié a son de trompettes par le comte de Charolais raconte un écrivain contemporain (mémoire de Jean de Hennin) que toutes les femmes estant dedans Dinant eussent à sortir hors les portes devant soleil coucher. Lors eussiez ouy des cris, pleurs, hurlements et le plus grande pitié du monde, car tous les hommes qu’ont avoit trouvés dedans furent tenus prisonniers et ne savoient les femmes ce que l’ont feroient d’eux.

Après le susdit cri, le comte de Charolais donna congé à son hotesse de porter avec elle tout ce qu’elle pût d’argent. Accoutrement et autres bagues (bagages) quelconques. Sur quel congé elle fist oster quelque pierres du pavé de la scaillie (escalier) de sa maison devant l’estable des chevaux, et y tira hors trois ou quatre sachets pleins d’or et les porta et les fit porter avec elle. »

Les quelles femmes, petits enfants et gens d’église, ajoute un autre chroniqueur (Jacques du Clerq) à l’issue hors la ville jetèrent deux cris si terribles et si piteux, que tous ceux qui ce oyirent eurent pitié et horreur.

Le même jour, un incendie dont la cause n’est pas bien connue, éclata dans cette infortunée ville, et se propagea avec une telle rapidité qu’il suivoient les gens au talon de tous côté ; ce ne fut bientôt qu’un brasier ardent. Le comte de Charolais fit les plus grands efforts pour sauver la grande église, mais en vain ; il n’en resta guère que les quatre murs. Plusieurs riches prisonniers qu’on y avait renfermés furent brulés vifs.

Aussitôt après la rédition de la ville, le comte de Charolais avait fait procéder à une enquête pour découvrir parmi les prisonniers, ceux qui avaient poussé à la guerre, ou proféré des injures contre sa mère ou contre lui. Des femmes de Dinant et quelques bourgeois de Bouvignes furent entendus comme témoins. On traita sans merci les malheureux qu’ils accusèrent. Les trois plus coupables furent pendus à des arbres ; les autres liés corps à corps, furent noyés dans la Meuse. Le maître bombardier, Pierre de Liesves-Tienne, fut attaché à un gibet élevé au sommet du rocher qui domine Dinant.

Philippe le Bon n’abandonna cette terre si cruellemnt dévastée que le premier septembre. Il descendit la Meuse à bateau ouvert, et regagna Bruxelles. Avant de quitter Bouvignes, il avait ordonné de démolir de fonds en comble les portes, murs, tours, ponts et autres fortifications de la ville condamnée et d’y employer le nombre d’ouvriers reconnus nécessaire. Il fallut sept mois à plus de cent travailleurs, charpentiers et maçons, pour mener l’œuvre à bien.

Ainsi s’accomplit la vengeance du maître irrité, qui voulait qu’au nom de la ville qui avait oser braver sa puissance, on se demandât : Où donc fut Dinant ? »

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« Le mardi XXVIe jour dudit mois daoust, a lapres diner, il entra en la ville une très belle compagnie darchies tous a cheval II et II, et très bien en point par le treu de la muraille envers les cordeliers, et après les archies grant nonbre de tronpettes et de clarons sonnans, et après roi darmes,heraus et poursieuvans en grant cantité,vestus e leur cotte darmes, en apres IIII homes darmes montes et quon les saroit deviser a tout la alade et la banniere, chescun portant une banierre des armes de mon tres retoute segneur, monsieur le duc de Bourgogne, de quoi les deus prumiers estoite le conte de Bokant, fis de monsieur de la Verre, et monsieur Jehan de Luxembourc, frerre a monsieur de Fiennes ; le tierc estoit mondit segneur de Fiennes et la qart monsieur Adryen de Borselle, sieur de Vredam, et puis mon tres redoute segneur mosieur de Charolois, et VIII pages apres luy, et en apres monsieur de Raventain, monsieur le bastart de Bourgogne, monsieur le marisal de Bourgogne et pluseurs autres grans segneurs,contes, barons, chevalliers, gentishomes et autres pluseurstres gentis conpagnons en grant nonbre.

Cheus de la ville de Dinant qui virte laditte entrée de mondit segneur de Charolois furte tous esmayes, car onques en leur navoite vut si belle ne si grande noblesse ensanble quil virte a ceste fois pour cheli jour, et auprime eurt il parfette connoissanse de la noblesse et de la poisanse de la maison de Bourgogne, car il resanbloite Saint Thumas, il navoite riens volu croirre par oir dirre ne de chosse quon leur euvist dit, mes il crurteche quil veoite a leur zieux . Mon dit sieur de Charolois ala descendre et logier a lostel dun des bourgois de la ville noume Leuren a Brebis, et monsieur de Fiennes fu logies a la maison deun noume Henry de Huy. Chestoite entre les autres II des plus puissans hommes davoir de toutte la ville de Dinant.

Monsieur de Charolois avoit donne a monsieur de Fiennes Henry de Huy, son oste et son fis, ostel et tou les biens aeus apartenant, mes ledit Henry de Huy et son fis luy furte destournes et mis par autres hors de la voie, ne sai sil les reut depuis.

Qant che vient le jeudi XXVIIIe jour dudit aoust, monsieur de Charolois fit dirre et conmander partoutte la ville que toutte femme vuidaste hors de la dite ville dedens soleil escousant, et au prime conmenchan a voir evidanment la grant punision de Dieu, la grant desolasion et pite qui avient alors sur les dis abitans de Dinant, car chestoit unne meirvilleusement grand pite de voir pluseurs femmes, les grans cris, les grans pleurs et piteus plains quelles fasoite et che nestoit point merveille. Car a cheste eure il faloit quelles fesiste departie et quelle fuste separées es aucunes et luseurs de leur perre carnel et espirituel, les autres de leur maris, de leur enfans, de leur freres, oncles neveus, cousins et amis, car tou les homes quon avoit peu trouver en ville estoite detenu prisoniers ; et ne savoite encorre ne eus ne leur femmes ne leur parentes a quelle fin il en venroite ne sil les reverroite james, come elle ne firte, car on en fit granment morir.

Je vous avoie oublyet adirre conment monsieur de Charolois, apres che quon ot fet le conmandement que toutte les femmes de la ville vuidaste hors ,il fit dirre a son ostesse la femme de Leuren a Brebis que silli avaoit aucune chosse en son ostel quelle vosit oster et enporter, il en estoit content ;et sur che elle prit II u III homes avecque elle de sa connoisanse et vient a ung haut mur estant en la court de son dit ostel alencontre de lestable des chevaus et laendroit elle en fit oster et desmaconer V u VI caillous ousi gros que poins et plus a unne aune u a unne toisse arierre leun de lautre et de laendroit elle osta gros saquiaux et nées plains dors et de bonne baghes et les enporta paisiblement avecque elle ; je vis les trous ens ou mur du les pierres avoite este ostées et jois chertefyer a pallefrenier de mondit sieur de Charolois quil lavoite vut. »