Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

ORGANISATION ECONOMIQUE DE LA VILLE DE DINANT A TRAVERS LES SIECLES

18 juin 2010 - Michel HUBERT

Cette petite histoire de l’économie dinantaise présente pour intérêt majeur l’étude des différents métiers et leur organisation.
La dinanderie, qui a déjà fait l’objet d’autres articles, est exclue de celui-ci. On y découvrira beaucoup de termes d’anciens métiers qu’on retrouve parfois dans certains actes et les patronymes de quelques ancêtres dinantais.

ORGANISATION ECONOMIQUE DE LA VILLE DE DINANT

LES METIERS

On sait les règles nombreuses et minutieuses qui présidèrent à l’organisation des corporations au moyen âge. A Dinant, les neuf métiers qui formèrent à l’origine le groupement politique dit « des communs métiers », gardèrent jusqu’au XVIIème siècle, le privilège d’élire chacun un juré à la Saint-Gilles (1er septembre), qui était le jour d’élection des magistrats communaux.

C’est ainsi que certains métiers furent amenés à se grouper pour pouvoir donner à leurs membres l’occasion de prendre part à cette élection. Ainsi, on voit des métiers très différents, par exemple, les cordonniers, les pêcheurs, les bateliers, ne former qu’un seul groupe politique. Mais chacun d’eux gardait son autonomie économique et sa vie professionnelle propre.
Chaque métier avait son saint patron, lequel Saint avait un autel spécial, soit à la collégiale, soit dans une des églises de la ville, voire dans une chapelle d’un des nombreux couvents.
Le jour de la fête patronale, les confrères assistaient d’abord à la messe, puis se rendaient à leur local où ils procédaient, en assemblée générale, à l’examen de la gestion et des comptes de leurs mambours et procédaient à 1’é1ection des mambours nouveaux.

Le nombre de ceux-ci était variable. Il y avait ensuite un repas (dressie), copieusement arrosé, dont les frais étaient supportés par les nouveaux élus et par les confrères nouvellement admis dans le métier. L’adage « les honneurs se paient » n’était pas un vain mot à cette époque. Chaque dignité comportait paiement de droits parfois élevés au profit du métier, en dehors du régal traditionnel aux électeurs.
A la semonce des mambours, les confrères se réunissaient pour le mariage ou les obsèques d’un confrère, afin de lui « porter honneur ».
Le métier possédait son drap mortuaire, utilisé pour les seuls membres de la corporation
L’ajournement, ou convocation, était fait par le valet ou serviteur du métier ;ceux qui ne se présentaient pas étaient tenus de payer l’amende prévue au tarif.

Les membres du métier étaient tenus également d’assister aux processions du Saint Sacrement (Fête-Dieu) et de l’Assomption.
Ces deux solennités religieuses avaient, à Dinant, un éclat exceptionnel : l’Assomption est encore le jour de 1a fête locale, la collégiale étant sous le vocable de Notre-Dame de l’Assomption.

Dans la procession, les métiers escortaient chacun la statue de 1eur saint patron, précédée immédiatement du « peingnon », bannière du métier ; les confrères pouvaient aussi escorter le Saint Sacrement, en portant un flambeau.
En dehors des deux grandes processions et de leur fête patronale, la plupart des métiers observaient encore plusieurs fêtes religieuses ; celles-ci variaient de métier à métier.
Les droits d’inscription dans les métiers étaient fort variables suivant l’importance de chacun d’eux.
Chaque métier était administré par un ou plusieurs mambours, appelés aussi gouverneurs. Cette charge était annuelle.
Les mambours étaient assistés des « rewards, wardains, oueswardains », experts du métier qui contrôlaient la valeur des marchandises et appréciaient la qualité des .ouvrages ou travaux.

Chaque métier avait un clerc greffier, chargé de tenir le registre aux admissions et de transcrire toutes les décisions ou sieultes du métier et de transcrire toutes notifications et expéditions de décisions prises.
Il y avait aussi un serviteur ou valet, chargé des convocations, notifications,etc. C’était l’huissier de la corporation.
Comme le clerc, il portait une robe ou livrée aux amies du métier.

Nous nous bornerons, sous les différentes rubriques qui vont suivre’ à donner les détails d’organisation qui, dans chaque métier, sortait du cadre général que nous venons d’esquisser.
Il y a lieu de remarquer que, si le nombre des communs métiers n’était officiellement que de neuf, il y avait, en fait, à Dinant, un nombre plus considérable de métiers.

A l’époque de la grande prospérité de Dinant, nous constatons la présence de trois groupements sociaux :

Les bourgeois d’emmy la ville, propriétaires fonciers vivant de leurs revenus ou de leurs fonctions officielles.

Les batteurs de cuivre, gros marchands faisant l’exportation ou fabricants de dinanderies, parfois marchands et fabricants à la fois. Ce groupement disparaît au commencement du XVIIIe siècle et le corps des batteurs est remplacé par celui des fondeurs et pots étainiers.

Les neuf métiers formaient un seul groupe politique, mais divisé en neuf groupements économiques distincts, savoir :
1) febvres ;
2) meuniers ;
3) boulangers ;
4) drapiers ;
5) merciers ;
6) charpentiers maçons ;
7) cordonniers, pêcheurs, naiveurs ;
8) bouchers ;
9) tanneurs.

LES FEBVRES (forgerons)

Les febvres avaient pour patron saint Eloi. Ils devaient assister à la messe,à peine d’une amende de cinq patars,
Le jour de Saint-Eloi (25 juin), qui était le jour de l’élection du roi du métier et à la Saint-Eloi (1er décembre).
Ils devaient aussi assister aux processions du Saint Sacrement et de l’Assomption.
Le métier élisait un juré et deux mambours.
La compétence du métier s’étendait à toute marchandises passant « par feu et marteau ».
on ne connaît, pour ce métier, qu’un règlement du 8 octobre 1705, lequel fait allusion aux chartes et privilèges de la corporation datant de temps immémorial et détruit lors du sac en 1466.

LES MEUNIERS

Nous n’avons pas trouvé trace de leurs privilèges. En 1613, le prince-évêque fut forcé d’intervenir pour les obliger, ainsi que les boulangers, à exposer leurs farines dans la halle à ce destinée ; la ville, invitée à sévir, avait fait remarquer que cette obligation ne devrait valoir que pour les jours de marché « que serait chose rigoreuse de vol1oir défendre aux molniers et revendeurs esloignés de la dite halle de vendre leurs farines par le menu, selon la nécessité des pauvres gens, comme ils ont accoustume, et se pratique des autres villes »
Les meuniers et boulangers voulaient ainsi éviter la perception des droits revenant au prince-évêque et à la table épiscopale, pour deux tiers, et au vicomte, pour un tiers.

LES BOULANGERS

L’ordonnance approuvant la rédaction nouvelle des anciennes chartes du métier est de juillet 1711. Le patron du métier est saint Albert. Les membres sont tenus d’assister à la messe, le jour de la Saint-Albert et de l’élection du magistrat et de suivre les processions du
Saint Sacrement et de l’Assomption.
Le métier élisait deux mambours un grand juré, qui faisait partie dit conseil de ville, et un petit jure, qui faisait fonctions de reward. Il désignait, en outre, un greffier ou serviteur.
En 1412, les denrées étaient tellement coûteuses, que les bou1langers se virent obligés de solliciter le magistrat de réviser le tarif fixé pour la vente du pain.

LES DRAPIERS

En 1443, le métier des drapiers décidait, à la demande des parmentiers, de les admettre, ainsi que cela avait déjà été !fait pour les foulons, au sein du métier, à la condition que ces nouveaux membres fussent astreints strictement aux mêmes obligations que les drapiers.
A cette époque, le métier comprenait un ’banneret (porte-bannière), trois maîtres et trois jurés. Il fut décidé que l’enseigne des parmentiers, « une cisoire » (des ciseaux), figurerait sur la bannière du métier.

Cet accord fut confirmé en 1453. Le magistrat de Namur, en 1449, avait, à la requête des drapiers dinantais, concédé à ceux-ci une halle spéciale à la franche foire d’Herbatte pour leur permettre d’exposer leur marchandise.

Vers 1490, des foulons ; ayant voulu se soustraire à l’autorité du métier, les drapiers firent des enquêtes, qui établirent que, de toute ancienneté, les foulons faisaient partie ou métier des drapiers et devaient en respecter les règles et coutumes.
En 1492, un certain Michelet Helle, teinturier, ayant exposé en vente des draps mal teints, fut, à la requête des rewards du métier, cité devant les jurés du « banquet de la draperie ». Michelet Helle fut condamné à reteindre tous ses draps et il fut décidé, en outre, que désormais les teinturiers devaient teindre en « pers » et soumettre leur travail aux eswardains ou rewards, avant de pouvoir teindre en brunette.

L’année suivante, le métier eut des difficultés avec Michar le tindeur, toujours pour cause de draps mal teints ; l’affaire fut portée par les rewards du métier devant les maîtres et conseil"
et ceux-ci renvoyèrent la cause devant le maire et les eswardains de la draperie de Huy, « comme chief et souveraine des dye sept bonnes villes usant du fait delle draperie ». Bormans, qui a publié ce document, déclare que e’est la première fois qu’il voit cette mention,curieuse, de laquelle il apparaît que le métier de Huy formait, pour les bonnes villes de la principauté, la juridiction souveraine en matière de draperie.

Avant la destruction de la ville, la fabrication et le commerce des draps étaient réglementés, à Dinant, par un petit code appelé le « Jet du banquet »,dont malheureusement le texte ne nous est pas parvenu. Ce jet du banquet, ou lettre du banquet, avait été octroyé aux drapiers par Adolphe de la Marck (1313-1345) ; le banquet, c’est Ie banc d’épreuve des draps .
Cette réglementation était sévère, quant à la qualité des draps à exposer en vente ; c’est ainsi qu’en 1534, le conseil fut amené à faire crier sur la voie publique les mesures qu’il imposait pour protéger les chalands contre la mise en vente des draps de mauvaise qualité ou mal teints. Le conseil distinguait entre les draps étrangers, d’Ardenne ou d’ailleurs et les draps fabriqués dans la ville.

Les premiers devaient être soumis aux eswardains du métier qui pouvaient permettre leur mise en vente : mais s’ils étaient de qualité inférieure, ils devaient être exposés sur le pont, et
étalés par terre ou sur des planches, en tous cas pas plus haut que les sièges qui se trouvaient sur le pont (il s’agit vraisemblablement des banquettes de pierre incorporées au pont et servant de bancs).

Les draps non admis à l’exposition en vente devaient être évacués hors ville, sinon détruits parle feu sans délai.

Le drapier Perpête Dryon, le 18 juillet 1561, fit don au métier de 12 patars de cens annuel pour institution d’une messe à célébrer chaque dimanche en l’autel Saint-François, en la collégiale.
A l’acte, comparurent les mambours du métier, Jehan Hallart, Perpête Daniel et Antoine de Somme.

Le métier des drapiers avait un règlement particulièrement sévère à tous égards, et l’adage « les honneurs se paient » que nous avons déjà cité, d’application stricte dans toutes les organisations de métier au moyen-âge, se vérifiait particulièrement chez les drapiers.

Ils élisaient leurs mambours, le jour de la Pentecôte ; les mambours élus devaient faire faire une robe pour le serviteur du métier ; trois torches pour les processions.
Les mambours élus pour la première fois étaient tenus de verser 30 patars , et de faire servir aux confrères un plat de poisson, enfin de payer en outre 2 clincars ; ceux qui étaient élus pour la seconde fois payaient deux pots de vin, plus un plat de poisson.

Le métier avait droit d’élire trois jurés au conseil de ville ; ces élus devaient payer 50 patars, plus deux clincars et les poissons ; les jurés élus pour la seconde fois payaient deux pots de vin et les poissons.

L’acquisition du métier se payait six couronnes de 24 patars la couronne, plus un vieux philippus de Flandre pour le serviteur.
Chacun des confrères devait assister au service du confrère trépassé, sur ajournement du serviteur du métier ; l’absence non motivée se payait un patar ; les amis du défunt devaient payer au métier 26 patars, plus une chandelle, et la « dressie », autrement dit le repas de funérailles.

A la mort d’un enfant innocent (non encore adulte), les parents ou les amis. devaient payer au métier 4 patars et une chandelle.
Le fils d’un confrère décédé entrait de droit dans le métier contre un droit de 26 patars ; la fille ne succédait pas à son père dans les droits au métier.

Lors du mariage d’un confrère, le droit était de 26 patars plus un repas ;le serviteur du métier, avait préalablement convoqué les confrères, pour « servir le marié et luy porter honneur »
Les eswardains du métier étaient au nombre de six parmi lesquels devaient se trouver un drapier, un tisseur et un foulon. Le foulon ne pouvait s’occuper de tissage et, réciproquement, le tisseur ne pouvait fouler les draps.

Les drapiers gardaient jalousement leurs privilèges et, en 1700, ils présentèrent requête au conseil pour obtenir une ordonnance disant que l’on ne pouvait vendre marchandise de laine tissée, filée ou foulée sans être inscrit dans le métier. Les gants, bonnets et objets semblables façonnés à l’aiguille étaient exceptés. Cette ordonnance avait couté ; au métier, 22 florins.
Le métier, qui jusqu’alors, tenait ses assemblées sur le pont, décida de les tenir désormais, dans la maison à l’enseigne de « la carpe », en versant au propriétaire cinq patars pour chaque réunion.

La teinturerie à causé généralement assez de soucis aux rewards du métier, et même au oonseil de ville ; en 1576, le conseil ordonna aux teinturiers d’apposer sur chaque drap teint leur marque particulière, en surplus de la marque de la ville et de celle des eswardains.

LES MERCIERS

Les statuts des merciers, que nous connaissons, datent de 1703 et furent rédigés sur la base des anciens usages du métier à l’occasion d’un différend que les merciers avaient eu avec les potiers, fondeurs et chaudronniers.
Déjà, en 1599, les merciers étaient entrés en contestation avec les bouchers parce qu’ils prétendaient pouvoir vendre de la viande fraîche ; la contestation s’éternisa et un procès fut intenté par les bouchers à Jean Dorineau, mercier, pour qui le métier prit position ; en fin de compte, le conseil décida, en 1619, que les merciers ne pourraient vendre « aultre chair que lardz, groings et jambons sallez bien assaisonnez ».

Le patron du métier était saint Michel.
Le métier élisait deux mambours et deux rewards et désignait un juré pour le conseil de ville.
Il y avait obligation à peine d’une amende de deux sols, d’assister à la messe à la fête du Saint- Sacrement, à l’Assomption, à la Saint-Michel, à la Saint-Gilles, à la Purification de la Vierge et aux jours où le métier s’assemblait ; obligation aussi de suivre la statue de Saint-Michel, aux : processions du Saint Sacrement et de l’Assomption.
Le candidat au métier devait prêter serment d’user de « bons poids, balances, mesures et bonnes marchandises ».

Le droit d’acquisition était de huit florins plus une livre de cire pour l’autel de Saint-Michel, 15 patars aux mambours, cinq au greffier et deux au serviteur du métier.

De ce règlement, on déduit que ce métier comprenait plusieurs catégories de négociants ; ainsi, en dehors des merciers et papetiers proprement dits, on citait : les gantelliers, les vendeurs de bourses, poches, tabliers, broderies, boutons, etc... ; les faiseurs et vendeurs de pots, bouteilles et seaux de cuir ; les vendeurs de pain d’épices, de flambeaux et chandelles de cire, de chandelles de suif ; les vendeurs de pierres précieuses, bagues, joyaux d’or ou d’argent ; les vendeurs de toiles ouvrées ou non, étamines, futaines, doublures, de cuirs
ourlés, de fourrures, pelleteries, tapisseries et passementeries ; de tous ouvrages de fer blanc, cuivre ou fonte, réputés pour quincaiI1erie, dinanderies, coutelleries, tableaux, peintures ; de tous ouvrages d’étain ou de plomb, ouvrés ou non, etc.
Les peintres, apothicaires, chirurgiens, perruquiers et barbiers, étaient aussi compris parmi les merciers. Egalement les pelletiers et tisserands.

En 1762, le prince-évêque dut intervenir, à la requête des mambours, pour intimer à la ville de Dinant l’obligation de faire respecter les statuts, notamment en ce qui concernait le paiement des droits d’acquisition du métier, ces droits pouvant être modifiés par le magistrat.

Le métier avait, en 1629, signalé au chapitre de Ciney que, depuis plus de quatre-vingts ans, il élisait un roi des merciers, qui percevait un droit sur tous les exposants aux foires de Ciney et des quartiers de Condroz et d’Amont ; ce roi des merciers délivrait les lettres autorisant à étaler la marchandise. Le chapitre de Ciney avait l’intention, si on en croit la requête, de nommer un roi, en remplacent de Jean de Pierre.

Le privilège auquel il est fait allusion ci-dessus était « reconnu » par le métier, de l’offre d’un « tortis » au chapitre et d’une paire de gants au marguillier.
Les parmentiers, ou encore passementiers, faisaient, à l’origine, partie du métier des drapiers.
En 1572, les parmentiers exposèrent au magistrat que des femmes mariées et des jeunes filles travaillaient à faire des «  accoustrements d’hommes, femmes et enfants, tant de noirs draps que d’autres », sans payer de droits au métier.
Le magistrat décida que les couturières qui travailleraient pour autrui devraient payer le droit « du stil de la cotaille » (couture).

LES PASSEMENTIERS (ou PARMENTIERS)

ayant eu maille à partir avec les drapiers, en fin du XVIII" siècle, décidèrent de faire métier à part. Une transaction advint entre parties par devant le notaire Sax, le 16 novembre 1787 ; le 22 novembre, le magistrat approuvait la transaction et le projet de statuts du nouveau métier, qui fut définitivement approuvé par le prince-évêque, le 17 janvier 1788.

Sainte Anne était choisie comme patronne du métier ; les deux mambours étaient élus à la Sainte-Anne, pour six ans ; et l’un d’eux était renouvelable tous les trois ans. Le choix se porta, la première fois, sur MM. Hubert Tamignaux et Julien Chaboteau.

Le greffier receveur était nommé à vie ; cette charge fut confiée à Charles-Fr.Alt.

Quiconque travaillait de l’aiguille ou du ciseau devait avoir acquis préalablement le métier, notamment les boutonniers, brodeurs, tapissiers, tailleurs,couturières, lingères, ravaudeuses. Le droit d’acquisition était de 25 florins plus cinq sous au greffier et quatre sous au valet.

Les droits d’apprentissage pour garçons étrangers étaient fixés à trente patars et à moitié de cette somme pour les femmes ; on devait en plus deux sous et demi pour le greffier.

La corporation s’engageait à assister en corps, avec les autres métiers, aux processions de la Fête-Dieu et de l’Assomption ; les mambours y portaient un flambeau allumé acquis de leurs deniers et ils faisaient porter la statue de sainte-Anne. Le métier s’assemblait à la Sainte-Anne,pour recevoir les comptes des mambours.

LES CHARPENTIERS ET LES MACONS

Nous n’avons pas gardé les statuts de ce métier, mais nous avons trace de sollicitations qu’il fit à la ville en 1624, en présentant un résumé des privilèges dont il avait joui autrefois.
Le métier proposait qu’on fit payer, pour acquisition du métier, sept florins, plus deux patars pour le clerc enregistreur,.etc.
Le document fait la nomenclature des travailleurs réputés dépendant du métier.

Ce sont : « escaillteurs, vairuriers, menusiers, placqueurs, peintres, sculpteurs, tailleurs de pierres, briqueteurs, faiseurs de tables et tilleaux, faiseurs de pots, collemens et autres vaisseaux et ouvrages de terre, ponteniers, cuveliers, fustailliers, charliers, soyeurs, faiseurs de bauches, clappes et autres ouvrages de bois ».

Les charpentiers avaient pour patronne sainte Barbe et les maçons pour patron saint Thomas. Les confrères étaient tenus, comme dans les autres métiers, d’assister au mariage ou aux funérailles du confrère et aux messes célébrées à toutes les fêtes de Notre-Dame, les jours de fête de Sainte-Barbe et de Saint-Thomas et des quatre couronnés, du Saint-Sacrement et de Saint-Gilles le lendemain aussi, pour ces deux dernières solennités).

LES BOUCHERS

Les francs bouchers ou mangons de Dinant, ayant perdu leurs privilèges, s’adressèrent aux bouchers de Liége, pour avoir copie de leurs statuts. Et le 7 mai 1499, ils fixèrent comme suit
les règles qui déterminaient l’admission.des bourgeois dans le métier.

Pour acquérir la grande raulte, c’est à-dire les droits pleins et entiers du métier, le candidat boucher doit jurer sa foi et faire serment d’être né de légitime mariage, d’être prud’homme, de bon nom et de bonne réputation, de n’avoir jamais mis la main à chair de mauvaise qualité, ni à bête crevée ou malade et de ne le faire jamais sous peine de perdre tout droit au métier, le
contraire étant prouvé.

L’acquisition coûtait cent florins du Rhin. Il était dû, en outre, deux florins d’or au profit des gouverneurs du métier et les droits du clerc et du valet.

Le garçon boucher .devait aussi, être hoir légitime, de bonne renommée et d’honnête conversation ; le droit d’entrée au métier pour ce garçon était de six florins d’or ; il fallait avoir l’autorisation du prince pour employer deux ,garçons bouchers. Ceux-ci ne pouvaient vendre de la viande, ni tuer, pour qui que ce soit des bêtes destinées au commerce.

En 1546, des bouchers avaient été condamnés par le magistrat à trois florins d’amende pour avoir tué des brebis entre la Saint-Gilles et la Saint-Remy ; le métier, pour mettre fin à ce qu’il considérait comme un abus, décida de présenter au conseil et à la généralité de la ville, un projet de statuts complet.

Les bourgeois natifs de Dinant et de mariage légitime paieraient, comme droit d’entrée, douze léons d’or.
Les étrangers, pour être admis, devront l’être à l’unanimité ; une seule opposition suffisait à écarter leur candidature.
Il est interdit à tout membre du métier de tuer des bêtes malades ou « follée du leux » (mordue par le loup), à peine de suspension pendant quarante jours et d’une amende de trois florins.

Les membres ne pouvaient acquérir des bêtes sans la participation de leurs confrères et il était défendu d’enchérir sur l’offre faite.

Il était défendu de tuer des brebis entre la Saint-Gilles et la Saint-Remy, à peine de trois florins d’amende. Il était défendu aussi de tuer des béliers, et ceux qui voulaient en mettre en
Vente devaient donner à connaître qu’il s’agissait de béliers ; de même, lorsqu’un boucher avait tué une truie non chatrée ou un bouc, il ne pouvait l’exposer en vente que hors de son étal, sur une nappe à ce destinée. On ne pouvait acheter,pour mettre au saloir, les porcs jardeux ,et lorsque un porc tué était reconnu jardeux, il devait être mis en vente sur une nappe spéciale.
Il était interdit de tuer et d’exposer en vente les jours des quatre grandes fêtes, ainsi que les cinq jours des fêtes de Notre :-Dame ; les dimanches et le jour de la fête de Saint-Perpête, à peine de trois florins d’amende. Pour avoir un valet, le boucher devait payer au métier vingt-quatre patars.

Les mambours du métier étaient élus le jour de la Fête-Dieu ; ils devaient payer un plat de poisson de la valeur de dix aidans ; le juré élu à la Saint-Gilles, payait, lui, 24 aidans.

Pour les grosses bêtes achetées en ville ou franchise, pour être revendues, le métier percevait deux aidans ; pour un pourceau, il percevait un aidan, et, pour un mouton ou une brebis, un demi-aidan.

Les membres du métier ne pouvaient se rendre dans les villages voisins, pour tuer du bétail destiné à être mis en vente ; il leur était défendu de tuer des veaux n’ayant pas quinze jours. Le lendemain de la Fête-Dieu, le métier mettait aux enchères la « ferme du rewardaige de pourceau », c’est-à-dire l’emploi d’inspecteur des porcs. Le fermier adjudicataire avait droit de percevoir un quart d’ aidan pour chaque porc soumis à son examen. S’il jugeait sain un porc trouvé jardeux par après, il devait le reprendre pour le prix que l’acquéreur l’avait payé, à la condition que la maladie pût être décelée par les apparences se trouvant sur la langue de l’animal.

Une vingtaine d’années plus tard, le prince-évêque Gérard de Groesbeeck octroya aux bouchers de nouveaux statuts, en dix-neuf articles.

Le droit d’entrée était fixé à 20 écus au soleil, pour les Dinantas, à trente écus au soleil pour les autres sujets du prince de Liége, et à quarante écus pour les étrangers.
Ce n’était que la reproduction du règlement précédent avec ajoutes de quelques détails ; notamment, le lard ne pouvait être mis en vente qu’après avoir été sorti du saloir depuis au moins quinze jours ; les bourgeois pouvaient requérir d’un boucher la cession d’une bête qu’il venait d’acquérir, pour la détailler, pour le prix qu’il l’avait payée, moyennant un courtage de cinq aidans pour les grosses bêtes et de deux aidans et demi pour les bêtes moyennes : ce privilège était aboli les jours de foire franche ,et de marché.

A la demande des bourgeois d’emmy la ville, le privilège accordé, aux bourgeois fut maintenu, même les jours de marché, et il ne fût fait exception que pour la foire Saint-Martin et trois autres foires, qui se tenaient sur le Marché à la Fontaine, savoir le lundi après la Saint-Gilles, le lundi avant le jour des Rois et le lundi avant la Mi-Carême.

En 1598 ; le métier sollicita la confirmation de ses privilèges, notamment parce que des personnes étrangères au métier s’autorisaient de mettre en vente de la viande et des saucisses et de faire tuer des bêtes chez les bourgeois. Le prince-évêque défendit la vente de viande et de saucisses, à peine d’amende de neuf florins de Brabant et de tuer chez les particuliers, sous peine d’une ,amende de six florins et une livre de cire pour l’autel de Saint-Hubert, patron du métier.

Le conseil en féaulté entérina cette décision, le 8 janvier 1599, et la haute cour de Dinant mit le privilège en « warde de loi », le 15 juin 1605.

Les merciers conservaient le droit de vendre la viande de porc salée et les bourgeois pouvaient aussi vendre des salaisons qu’ils avaient en trop dans leurs provisions, mais sans en faire commerce. Par contre, le conseil défendit aux merciers de vendre ou exposer de la viande fraîche ou des saucisses, sous peine de neuf florins d’amende.

Le métier était propriétaire de la halle à la farine ; comme cet édifice tombait en ruines, il le loua à un certain Noël Ruelle, pour un terme de vingt ans, avec autorisation de l’aménager
en habitation (1634). Ruelle usa de l’autorisation et lorsque le bail vint à expiration, le métier redevait à la veuve de Ruelle pour les travaux qui avaient été faits, 240 florins ; qu’il dût
emprunter à Jenne Mathy (20 juillet 1654).

En 1757, le prince-évêque, à la demande du métier, décidait que, désormais, les filles de bouchers, les étrangers à Dinant et les bourgeois dinantais non fils de bouchers, ne pourraient
être admis dans le métier ; enfin, les veuves de bouchers pouvaient continuer le métier de leur mari, mais elles cessaient de jouir des privilèges du métier, si elles convolaient, en secondes noces avec un homme non admissible au métier.

LES TANNEURS ET LES CORBESIERS

Le plus ancien document relatif à ce métier date de mai 1490 et il concerne en même temps les corbesiers (savetiers) qui, plus tard, formeront un métier à part, auquel viendront s’adjoindre, on ne sait trop pourquoi, les pêcheurs et les bateliers.
Les corbesiers et tanneurs se plaignaient, à cette époque de ce que des gens sans connaissance dans les cuirs, tels les merciers, vendaient « pantoufle et sorlers », faisant ainsi grand tort au métier.

Suivant l’ordonnance de 1490, les deux métiers devaient avoir quatre rewards élus le jour de Saint-Gilles. Les étrangers au métier ne pouvaient acquérir du cuir sans l’examen préalable des rewards. On ne pouvait, pour les mettre en vente, fabriquer des objets de peau de mouton, de veau, de cheval et de cerf.

Les corbesiers ne pouvaient travailler les veil1es des fêtes de Notre-Dame, ni les samedis après 9 heures, sous peine d’une amende de trois aidans. Ils ne pouvaient travailler après 9 heures sonnés, à partir de la Saint-Remy jusqu’au jour du grand Carême. Il était interdit désormais aux merciers de vendre pantoufles et souliers.

Les corbesiers pouvaient requérir les tanneurs de tanner pour leur compte, en payant leur salaire, jusqu’à « ung quartron  ».

Le droit d’entrée chez les corbesiers était de deux pièces d’or et douze aidans pour les mambours ; les apprentis étaient reçus moyennant un droit de chandelle qui était d’une livre de cire.

Les tanneurs ne pouvaient extraire les peaux des fosses à tan qu’en présence des rewards, au nombre de trois au moins ; les rewards apposaient sur les peaux suffisamment tannées une
marque « enseigne » et les cuirs qui ne portaient pas la marque ne pouvaient être corroyés sous peine d"une amende de 24 aidans.

Les marchands de la ville nommément, les batteurs de cuivre, pouvaient acquérir des cuirs à Anvers ou ailleurs, en paiement de leurs marchandises, ou même contre argent comptant, pourvu que ces cuirs fussent frappés de la marque de contrôle. Il était défendu à ces marchands de venir les détailler à Dinant, sous peine d’une amende de 24 aidans.

Le droit d’entrée était de quatre écus, valeur de 24 aidans communs, plus 16 aidans, à payer pour le vin des mambours.
Les étrangers ne pouvaient exposer en vente des cuirs, s’ils n’avaient été examinés par les rewards, à moins que ces cuirs ne fussent déjà marqués de « l’enseigne » d’une autre bonne ville.
L’amende était aussi de 24 aidans.

Plus tard, nous ne verrons plus les corbesiers associés aux tanneurs ; ceux-ci ne tardèrent pas, en raison de l’importance de leur fabrication, qui tint jusque vers 1890, à Dinant, une place
importante, à se séparer des savetiers.

Les tanneurs occupaient presque tous le quartier dit du Forbo,situé entre le marché à la Fontaine’ et le couvent des Frères-Mineurs ; les fosses à tan étaient nombreuses et les tanneurs avaient, outre la facilité que leur procurait la Meuse de pouvoir disposer de sources sourdant des rochers dans les caves de ce quartier et aussi du ruisseau de Bierwart, qui alimentait le moulin de l’hôpital Saint-Jean-Baptiste.

Dès 1541, la ville avait autorisé le méter à se servir de l’eau de la fontaine « con dist de Bearewart ». Certains des compagnons, ayant abusé de l’eau, au détriment de leurs confrères,la ville réglementa la prise d’eau, en 1570, puis encore en 1572. En 1596, le métier prit lui-même l’initiative de demander à la ville une réglementation sévère de l’utilisation de la fontaine de « Bierwart » et le conseil commit pour la surveillance du débit d’eau, MM. Mathieu Botte et Jacques Bontemps.

A la fin du XVIIème siècle, à la faveur des guerres, des abus s’étaient introduits notamment dans le tannage des cuirs d’empeigne, qui étaient traités sans respect des traditions du métier. Le souverain mayeur de Dinant, Charlet Boron, enjoignit à Jean de Behault, juré du métier, d’avoir à faire respecter les anciens usages et à faire nommer d’urgence quatre rewards.

LES BRASSEURS

La cervoise ne pouvait se brasser à plus de un quart de Brabant le pot ; en 1552, le conseil de ville demanda au prince-évêque d’autoriser le brassage à deux et trois quarts de patar le pot.
On ne voit pas que les brasseurs aient jamais été constitués en métier ;cela tient sans doute à ce que beaucoup de personnes faisaient leur bière elles-mêmes.

En 1696, Louis XIV avait créé des offices héréditaires, qui percevaient un tantième déterminé sur toutes denrées mises en vente ; un arrêt de décembre 1696 avait décidé que les brasseurs et les cabaretiers-brasseurs paieraient des droits fixés à dix et trois patars par tonne de forte et de petite (légère) bière.

Jean Du Saussoy, qui avait acquis l’office pour les brasseurs, se plaignit à l’intendant du Hainaut de ce qu’il était dans l’impossibilité de faire rentrer l’impôt, parce que les brasseurs de Dinant et du plat pays, qui avaient acquis l’office de brasseur, soutenaient ne devoir faire que la déclaration sans payer ; les huissiers avaient refusé de décerner les contraintes sans être munis de la clef d’argent, « qui est la marque d’autorité et du pouvoir de contraindre ».

L’intendant rendit une ordonnance (20 avril 1697), imposant le paiement de l’impôt à tous brasseurs quelconques et au magistrat oommunal, de remettre la clef d’argent aux huissiers, pour la délivrance des contraintes, sous peine d’une amende de 500 livres.

Le conseil de la ville de Dinant, saisi de cette ordonnance, le 4 juillet seulement, protesta dès le lendemain. L’intendant répondit aussitôt : « Les bourgeois qui voudroient ne faire servir
leurs brasseries qu’à titre de louage pour les autres bourgeois seulement, ne doivent point de droits ; mais lorsque la ’brasserie est commune aux bourgeois et aux vendants bière en gros ou en détail, les arrêts ordonnent que les droits soient payés pour toute la bière qui y est brassée sans distinction
 ».

LES CHAPELIERS

Il semble bien que les chapeliers dinantais n’eurent pas de règlement avant le XVIIIème siècle ; ce n’est qu’,en 1705, que les chapeliers constatant l’envahissement de la profession par des ouvriers inhabiles, solliciteront du magistrat son intervention pour obtenir l’application
du règlement du métier des chapeliers de Liége datant de juin 1665.

Le prince-évêqueJoseph-Clément rendit une ordonnance, le 8 octobre 1705, portant que l’apprentissage devait être de quatre années ; on ne pouvait s’intituler maître chapelier qu’après avoir fait trois chapeaux comme chefs-d’oeuvre, savoir : un de laine de « Cigoffe » (vigogne sans doute ?) ;un de laine brune et un de laine d’ Autriche lesquels chefs-d’œuvre devaient être appréciés par le magistrat, tous les trois ans.

L’ouvrier qui ne réussissait pas l’épreuve ne pouvait se représenter avant le délai d’un an et après trois échecs successifs, il était définitivement écarté de la maîtrise et ne pouvait que s’engager comme serviteur d’un maître.

LES CORDIERS

En 1703, les maîtres cordiers sollicitèrent du prince, le monopole de la vente des cordes, car les étrangers en amenaient en ville « une très grosse quantité et de mauvaise qualité ». Le monopole leur fut accordé, hormis pour les foires franches.
Nous ne savons rien de plus de l’organisation de ce métier.

LES PECHEURS

A la fin du XVII• siècle, les pêcheurs sont associés aux cordonniers et aux bateliers,pour former un groupement de métiers qui désigne un juré au conseil de ville. Les pêcheurs n’ont jamais constitué un métier à part, les pêcheurs professionnels, étant peu nombreux, car presque tous les habitants se livraient au plaisir de la pêche ; le poisson constituait, à cette époque, un aliment d’importance.

A la fin du XV• siècle, les pêcheurs s’étaient querellés et le conseil, ayant procédé à une enquête, rendit la sentence suivante : il est défendu de « de peissier à crochier, synon au moywayn ». Ce qu’il y a lieu de traduire : défense de pêcher aux lignes de fond, au mois de septembre. Le mois de wayen étant le mois où on récolte le regain. Le terme « wayn » s’étendait, d’après la sentence, du 22 août (Saint-Symphorien) au 22 novembre (veille de Saint-Clément).

Défense aussi de pêcher .aux « coppons » (sorte de nasse)
De pêcher aux « astalles »( filet tendu d’une rive à l’autre).
Cette défense était levée au profit des bourgeois de la ville, qui faisaient de cette pêche un délassement, à la condition de ne pouvoir vendre le poisson pris de cette façon.

Défense de mettre du pain de chêne-vis dans les nasses sous peine de 5 healmes d’amende pour chaque nasse, et de confiscation du poisson .. (15 mars 1487).

En 1549, Georges d’Autriche défendit la pêche au-dessus et devant la batte du moulin. (située à l’époque en face de la place d’Armes)

En 1576, le conseil fixa l’endroit où le poisson pourrait être exposé en vente, sous un orveau, près de la porte Salmy (Salmier), ou encore sur le rivage de la Meuse, entre les portes Salmy et de l’apploix. La vente en un autre endroit, était punie d’une amende de trois florins la première fois, de six florins en cas de récidive.

Un cri de perron de 1583, avait « faict déffense à tous, tant du métier des pescheurs comme tous autres bourgeois, d’enivrer les poissons », et, en 1598, à la demande de Perpête de Godinne, le conseil attesta que les bourgeois dinantais avaient le droit de :pêcher dans la Meuse, avec tous instruments, si loin que s’étendait la hauteur de la ville, à la condition de ne pêcher que pour leur provision de ménage et de ne pas exposer en vente le poisson pris.

Les statuts communs aux pêcheurs, bateliers et cordonniers leur furent octroyés le 10 septembre 1502 ; ils furent confirmés en février 1611 et en septembre 1714.

Les mambours et gouverneurs étaient communs aux trois métiers ; les droits d’entrée identiques, savoir : deux pièces d’or et douze patars pour les mambours. Les comptes des mambours se rendaient le dimanche après la Fête-Dieu.

LES POTIERS ET LES FONDEURS

Ce métier avait obtenu, en 1511, un règlement que les mambours Jacques Baré, Pierre Chabotteau, François Grognart, en 1622, produisirent à l’appui d’une requête présentée au prince, pour octroi d’une nouvelle réglementation.

Les mambours invoquaient que plusieurs personnes ne connaissant rien au métier, prétendaient en faire profession et que cela avait découragé certains ouvriers et maîtres qui, ayant reçu des offres de privilèges à l’étranger, quittaient la ville, au grand préjudice de celle-ci et du métier.

Le jour de la Fête-Dieu était le jour de l’assemblée annuelle du métier ; il débutait par une messe aux Frères Croisiers, à l’autel de la Vierge Marie, et chacun des confrères était tenu d’assister à l’offrande, à peine de trois patars d’amende. Chaque maître payait ce jour-là, pour son fourneau, dix patars.

Le droit d’entrée et la cire, pour tous -ceux qui voulaient pratiquer le métier, était de 30 patars payables aussi à la Fête-Dieu. On choisissait, en outre, ce jour-là, les deux mambours, et les élus étaient tenu,s d’accepter la charge à peine de 3 florins d’or d’amende avec suspension du métier jusqu’à parfait payement.

Le fondeur dont le fourneau était à feu, le jour d’une fête commandée par l’ Eglise, encourrait une amende de cinq patars.

Le temps d’apprentissage était fixé à cinq ans, et après ce laps de temps il fallait produire un chef-d’oeuvre, accepté par les mambours, et fabriqué dans l’atelier de l’un d’eux. Le récipiendaire devait attester par serment, qu’il n’avait reçu aucune aide.
Comme chef-d’oeuvre, on devait exécuter une statue de saint Lambert ou saint Perpête, une paire de chandeliers d’église et une « crane » (robinet) ou encore, pour les fondeurs de cloches ou de canons, une cloche ou un canon.

Il est à présumer, que pour lors, les capacités des fondeurs étaient discutables puisque le règlement exigeait que tous ceux qui se disaient maîtres, au moment de l’application du règlement, fussent soumis également à l’obligation de faire un chef-d’oeuvre ; cette obligation était même imposée aux deux mambours.
Ces maîtres et les mambours avaient un délai de deux mois pour s’exécuter.

L’ouvrier qui avait pris un engagement vis-à-vis d’un maître, devait avoir terminé complètement son engagement avant de pouvoir prendre travail chez un autre maître ; celui qui acceptait le service d’un ouvrier non libéré d’engagement, était mis à l’amende de 12 florins Brabant.

Les contestations entre maîtres ou ouvriers étaient jugées sans appel par les mambours. Maîtres et ouvriers ajournés par les mambours, étaient tenus de se présenter à la réunion à peine d’une amende de cinq patars. Ils étaient aussi tenus de se présenter au banquet du métier, le jour du 8aint Sacrement, à peine de six patars d’amende.

En 1699, le prince, à la demande du métier, défendit « de vendre et débiter de la poterie, quincaillerie et autres pareilles marchandises de cuivre, à moins qu’on ne fût du métier, et que les marchandises ne fussent de fabrication liégeoise. L’amende était de 3 florins d’or.

Cette ordonnance était contraire aux usages qui autorisaient les merciers à vendre de la quincaillerie, aussi la ville de Dinant protesta en faveur du métier des merciers, qui, de tous temps, avaient vendu publiquement en cette ville toutes sortes de « Kinkailleries comme boucles, clous, espingles et choses semblables, fussent-elles de cuivre ou d’autres métaux »
La ville ajoutait que la décision du prince serait fort préjudiciable à la ville, qui craignait que certains merciers n’allassent s’établir à Givet, alors qu’il y avait à Dinant beaucoup de maisons vides et que, pour le surplus, les potiers n’étant que neuf ou dix et les merciers étant bien plus nombreux, il fallait éviter que les potiers ne profitassent de la situation pour augmenter les prix.
Un procès s’en suivit, qui roula sur la question de savoir si les merciers pourraient vendre de la quincaillerie (mouchettes, robinets, etc.). Le conseil privé donna gain de cause aux merciers
(1703).
Le travail de l’étain tombait aussi sous la surveillanoe du métier et, en 1717, des ouvriers étrangers ayant travaillé des étains non recevables et y ayant apposé la marque, le magistrat
ordonna de commettre un reward qui vérifierait la qualité de l’étain. Il était défendu aux étrangers de pouvoir travailler des étains de plus d’une demi-livre de poids. Ils pouvaient continuer à faire le raccommodage.

Ces potiers et fondeurs, qui étaient en somme les continuateurs des fameux batteurs de cuivre, avaient singulièrement dégénéré, puisque même, .ils ne daignaient plus employer la qualification ancienne de leur état, celle qui avait fait la gloire de Dinant.
Le dernier registre des descendants des batteurs datait de 1788 ; il était intitulé « Registre des potiers, fondeurs, pot-étainier, chaudronniers et orfèvres de Dinant ».

Ce registre contenait les noms des vingt-six confrères composant le métier ; ils se répartissaient comme suit : deux fondeurs, six chaudronniers, deux marchands de cuivre, un potier d’étain, deux ferblantiers, deux horlogers, un épinglier plombier, un plombier et neuf orfèvres.

Ce dernier témoignage de la vie des batteurs de cuivre atteste que le métier était imbu des idées avancées qui régnaient alors parmi les corps de métier.

Il semble bien également que le magistrat de l’époque ne comprenait pas l’évolution qui se faisait parmi ses administrés ; ainsi, le métier, ayant décidé de signaler au magistrat l’incompatibilité qui existait, à son avis, entre la profession de boulanger-cabaretier et celle de mesureur de la halle, et, en cette qualité, arbitre de la vente des denrées de première nécessité, le magistrat déclara le recès du métier illégal, comme celui des charpentiers et maçons qui avaient émis le même avis.
Le métier s’assembla et fit savoir avec pertinence au magistrat que, si le règlement de la ville disait que tout fermier de la ville ne pouvait être admis à la magistrature, c’était évidemment afin que l’occasion ne lui fut point prochaine de sacrifier le devoir de sa charge à son intérêt particulier.

Le grand mayeur de Halloy révoqua le mesureur de la halle, Dona, parce que Doua avait refusé de remettre à Sax, son lieutenant, la clef de la halle, propriété de la ville.

Le grand mayeur, devant ce refus, avait fait changer la serrure et en avait fait placer une deuxième, en gardant les deux clefs. Le magistrat voulait lui intenter procès, mais les métiers, notamment les potiers, les drapiers, les charpentiers et les maçons, ne voulurent pas donner leur assentiment ; le conseil s’irrita, mais les métiers tinrent bon et le procès ne fut pas intenté.

L’époque était troublée et les esprits surexcités ; pour le surplus, les finances de la ville étaient dans un état déplorable.

Le 10 janvier 1790, le métier décidait de supprimer les deux allocations de 800 florins en tout, qui étaient servies aux Pères Jésuites pour l’enseignement de la jeunesse par cinq régents et un préfet ; ce personnel, n’étant pas assuré, le métier proposait la suppression de l’allocation ; il proposait une taxe sur les chiens et une taxe sur les personnes tenant équipage. Au mois de mai, le conseil proposa une taxe personnelle, valable pour un an ; le métier acquiesça, en spécifiant : « à la condition que l’on fasse payer également les ecclésiastiques sans aucune exception, cependant en ménageant le pauvre petit partisan ».

On voit, par là, quel était l’esprit de l’ancienne corporation, qui avait, là, fait la richesse et la grandeur de Dinant.
En 1793, l’épouse Coster, l’épouse Denis Bouquete et Marie Sibert, implorèrent l’intervention du conseil pour obtenir la clémence du prince-évêque en faveur de leurs époux et père respectifs.
Les métiers furent consultés et celui des potiers et fondeurs soucrivit à la supplique des malheureuses ; ce fut son dernier geste. On sait qu’il fut vain, car Denis Bouquette fut exécuté à Liége. Coster et Sibert ne durent la vie qu’à l’intervention des troupes de la République française ; ils avaient subi une année de détention.

Extrait de « Histoire de la ville de Dinant » par Edouard GERARD Namur Editions de « Vers l’Avenir » 1936

Michel M.E. HUBERT