Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

LES SOBRIQUETS A BOUVIGNES

25 juin 2006 - Georges Degaudinne

Article de Mme Cécile LEONARD paru dans le n° 20 (2005) de la revue "Les Echos de Crèvecoeur".

Dans le Larousse, le mot « sobriquet » se définit comme un surnom familier, donné par dérision, moquerie ou affectueusement.
L’usage des sobriquets est en nette régression. Bouvignes était une commune connue pour l’abondance et la vitalité des sobriquets qui y étaient employés. La plupart appartiennent maintenant au passé. Le goût pour le sobriquet, très vivace autrefois, n’a pourtant pas tout à fait disparu. Le sobriquet se limite souvent à un groupe déterminé, par exemple une famille ou des amis alors qu’avant, il était connu du village entier et même par-delà.

Remarquons tout d’abord qu’autrefois, l’entièreté des habitants d’une commune se voyait fréquemment attribuer un surnom. Les « Copères » de Dinant avaient appelé les Bouvignois « Mougneux d’as » (mangeurs d’ail). Voici comment on explique l’origine de ce surnom : il existait jadis, au lieu-dit Bouillet, un crucifix devant lequel venaient se recueillir Bouvignois et Dinantais. La coutume voulait qu’on baisât les pieds du Christ. Or, un jour, quelques Bouvignois, ayant appris que les Dinantais organisaient un pèlerinage vers le crucifix, décidèrent de leur jouer un bon tour. Ils frottèrent les pieds du crucifix de gousses d’ail. Les Dinantais, reconnus pour être des béotiens, ne se rendirent pas compte qu’ils étaient le dindon de la farce mais attribuèrent la forte odeur à leurs ennemis bouvignois, qui les avaient précédés. Il y avait, à ce sujet, une chanson dont voici quelques paroles :

On dit qu’les Dinantais
Sont vinus à Boveigne po saluwait
Totes les jaunès bauchelles.
.........
Malgré les as et les ognons
Les Dinantais sint’nu li str...

On a également appelé les Bouvignois « les houlottes di Boveigne ». Ceci nous fait évidemment penser à Henri Blès qui signait ses tableaux en dessinant une chouette.

Venons-en maintenant aux sobriquets plus personnels, attribués à un individu et qui, par après, désignaient souvent toute une famille. Souvent, ils n’étaient pas donnés par hasard. On peut généralement les classer par catégories. Ainsi, on retrouve des prénoms ou des patronymes déformés, des particularités physiques ou morales, l’origine, le métier, le titre, une insulte ou une moquerie. Mais il existe aussi des sobriquets d’origine inconnue : aucune raison satisfaisante ne parvient à les expliquer.

Il faut également remarquer que la plupart des sobriquets montrent un goût :

• pour la dénomination comique expressive (sens-moi ça)
• pour le redoublement (Kiki)
• pour les sonorités expressives (T’chibique)
• pour l’antithèse (« li pus vi » attribué au cadet)

Nous essayerons, pour la suite, de suivre un ordre alphabétique et de donner, quand elle est connue, une explication au sobriquet ou une anecdote se rapportant à la personne citée :

Abiye (vite) ou Abeille, surnom d’Oscar Renaville. Il acquit la ferme de Meez vers 1920 et fut bourgmestre de Bouvignes de 1952 à 1958.
Aragne (araignée) : Maria l’Aragne, épouse de Frédéric Mabille. Ils habitaient route de Sommière.
Baby : Georges Baussart.
Baccu ou Bas Cul : Maurice Terwagne, époux de Jeanne Kaye, route de Sommière. Surnom probablement dû à sa petite taille.
Billy : Claude Moreau.
Blanc Macau : Hyacinthe Lambert, mari de Mathilde Bailly.
Bobo : diminutif de Robert De Soeter, rue Cardinal Mercier.
Bouchon : Christophe Minschaert.
Bourgeoise : Mme Piloy
Brique : Famille Stassin.
Calonnier : Thérèse Resteigne. Mère d’Albert Paquet, épouse Marlier Anna.
Casserole : Marie Thyange, Vve Valard.
Carlo : Camille Disy, époux de Julia Hublet, dite Charleroi (dû à son origine).
César : Il habitait le chalet à côté du garage Van Volsom.
Challe Duquaine : Mathilde Coster.
Chapois ou Tchaputè : Famille Cassart. Florent et Jules, ils provenaient de Chapois.
Chef : Le chef, Elisée Tonnet, époux de Marie Gilles, La Cambuse.
Chi : Mathilde Mossiat, vve Joseph Bailly.
Cobrut : Octavie Burton, épouse Chainiaux Joseph, famille de Louise Baudouin.
Colas : Albert Paquet, épouse Anna Marlier, père de Pol Paquet.
Colau : « Le Colau », Arthur Colonval, époux Hélène Juzaine.
Connau : « de Connaw », Joséphine Bovy et Victor Marchal. (Marie Thyange est la fille de Joséphine).
Copiche : Raymond Gustin qui habitait rue Richier, n°48.
Cousse : « le petit Cousse », frère de Laure Coster.
Crail : « Le Crail », Georges Bouille, époux Henriette Louis, cordonnier.
Crau ou Cro : Juliette Bouille, Vve Cassart Gustave. Surnom transmis à ses filles Louise, Berthe et Laure, épouse Fivet Nestor, dit Camille. Ils tenaient un café, place de la Trompette, à l’ancien « Poids d’or ».
Crol : Alexandre Grenier, époux de Louise Milcamp.
De l’Aval : Jeanne de l’Aval. Jeanne Milcamp, mère de Joseph Durieux.
Deliau : Richard Mandernier. Surnom provenant de « de l’eau ». Il était fontainier.
D’Jef : Camille Henry, époux de Mair Pirson, rue des Potiers.
D’Jet : Famille Marlier, rue Richier.
D’Jo : « Le gros D’Jo », Georges Denis.
D’Juronne : Florence ?
Dol : Adolphine, Juliette et Albert Bouille qui habitaient place du Bailliage, 20.
Dodon : La mère de Roger Gothot.
Facteur : « Marie Facteur », Marie Modave.
Fanny : Stéphanie Dury, mère de Maria Renard, route de Sommière, grand-mère d’André Coclet.
Flore de l’Elan : Flore Saint-Hubert, bas de la place du Bailliage. Elle tenait une épicerie appelée « L’Elan ». Epouse d’Armand Bultot.
Les Florimont : Famille Huart, vient du prénom.
Les 18 fesses : Les filles Kaye (elles étaient 9).
Fifille : Jeanne-Rose Derenne.
Fil de Fer : L’épouse de Raymond Chalon.
Fine : Compagne de Victor Marchal (Nougat). Elle vendait de la goutte (fine).
Fiyou : Thérèse, épouse Stassin. Elle tenait une épicerie rue Fétis.
Fracca ou Frakka : Armand Wéry, époux d’Augusta Lemaire.
Georges VI alias « Le Poil » : Georges Sottiaux (originaire de Florennes).
Gorin (Le) : Edouard Thyange, compagnon de Jeanne Baussart, rue Richier.
Le Grand Louis : Louis Goeffon.
Gusse Mes Bottes : Frère de Maria Renard-Coclet.
Javel : Père de Maria Renard. Il conduisait les bières de la brasserie Wéry avec une charrette. Le cheval connaissait heureusement la route du retour car son conducteur était souvent saoul et endormi. Le fils Renard, Auguste, animait les bals dans les cafés avec son accordéon.
Jacques : « Lucienne Jacques », Lucienne Milcamp.
Jo : Germaine Jo, Germaine Laurent, épouse de Charles Wéry qui fut bourgmestre de Bouvignes.
Jonson : Joseph Monet, plombier-zingueur qui habitait place de la Trompette (admirateur du boxeur Johnson).
Kaisin ou Zante : Alexandre Leclef, père, époux de Flore Pirson. Habitait place du Bailliage. Enfant, il ne savait pas dire « cousin » mais disait « kaisin ».
Kasse : Père d’Yolande Stassin. Il se prénommait Joseph.
Kazan : Gaston Colet, tailleur de pierres, rue Fétis. Il a sculpté sur le fronton de la Maison Espagnole « 1213, Bouvignois nous étions 1964, Bouvignois nous resterons ».
Ken : Achille Derenne, époux de Léontine Pirson. Surnom transmis uniquement aux fils, Albert et Joseph.
Kenné : Georges Baussart.
Ketor : Surnom des deux fils d’Alexandrine Gonze, Robert et Hector.
Kinquet ou Quinquet : Georges Pirson, passeur d’eau. Devant-Bouvignes.
Kiki : François Ceccato.
Le Blanc : Joseph Derenne.
Le Suisse : Jean Leuthard, ébéniste. Originaire de Suisse. Epoux de Gabrielle Hosselet, il restaura le retable et d’autres meubles de l’église.
Lizée : (Les Lizées). Famille Tonnet. Surnom qui vient du fait que le mari s’appelait Elisée.
Lèlè (Le Grand Lèlè) : Roger Liégeois.
Le P’tit Moniche : Joseph Lemer, époux de Juliette Crispin.
Lulu : Lucienne Bouille et Lucien Bouille, époux de Georgette Davenne..
Maboul : Jules Derenne, qui était cordonnier, époux de Camillia Colet.
Madame cent francs : Josianne Culot, Vve Marion.
Madame cirage : Marie-Louise Jaumonet.
Manet : Juliette Noël, épouse d’Albert Denis.
Matchouck : Joseph Hermant, sacristain.
Mathias (Les) : Famille Lissoir. Dû au fait que le père d’Alice Lissoir se prénommait Mathias.
Mathie : Famille Paquet, Alphonse, grand-père de Jean Biettlot et Jules, grand-père de Léopold Paquet.
Mawet : André Guillaume, cordonnier.
Méhul : Milcamp Edmond, époux de Julienne Bouille, arrière-grand-père de Maurice Bouille. De retour d’un voyage à Givet, il déclara qu’il avait vu Méhul (musicien français qui a donné son nom à une place de Givet). Surnom transmis également à sa fille, Germaine, épouse de Victor Bouille, mère de Maurice.
Milo : Diminutif d’Emile Godfrin, relieur, époux de Thérèse Hainaut.
Mirlout : Joseph Grenier, époux de Ghislaine Kaye. Il fut ferronnier chez Stroder. Une de ses filles, Alberte, est surnommée « Ninette ».
Mitchie : Jules Michel, père d’Emile Michel, dernier bourgmestre de Bouvignes.
Moniche : Famille Lemer : Gabrielle, épouse de Poncelet Henri est devenue centenaire le 12 mai 1977. Joseph était l’époux de Juliette Crispin et Félix Lemer était leur cousin.
Mononsse : Aline, épouse d’Arthur Vanesse.
Moniche : Gabrielle Lemaire, épouse Gustave Poncelet. Elle vécut centenaire. Son frère, Joseph, était appelé « Le petit Moniche ». Il était l’époux de Juliette Crispin.
Mouchon : Jules Brasseur.
Moumouche : Raymonde Pirotte, épouse de Henri Fivet. Ils furent concierges chez le Procureur du roi, Walter Lenglet.
Nini : Joseph Ceccato.
Noir Marlier : Père d’Edouard Marlier.
Nourain : Signifie petit cochon. C’était un homme qui habitait dans la ruelle du bas de la place, entre l’Economie populaire et l’Elan.
Nougat : Victor Marchal (Conneau).
Noyet : Famille Milcamp.
Pa Biche (déformé en Ma Biche) : Ernest Modave époux de Marie Sohy. Surnom dû au grand-père qui se vêtait d’une veste en peu de bête.
Pasop : Gustave Watrisse, père d’Elise, épouse de Clément Focant.
Pat (Le) : Joseph Henry.
Pattane : Edouard Henrot.
Pékinet : André Jeanmart.
Pépé : Pascal Denis.
Pépère : Hélène Gonze, mère du Gros Djo.
Perpète : Auguste Crispin.
Perruque : Laure Crau, elle portait une perruque.
Peton : Famille Michel, rue Guiot (enfants : Marie et Charles).
Pichmon : Edmond Milcamp.
Pinouk : Denise Piette.
Pinpin : Louise Rins-Piret.
Pis (Le) : Georges Denis, plombier-zingueur.
Pitch (Le) : Robert Bouille.
Poil (Le) : voir Georges VI.
Poupa : Léon Léonard, époux de Maria Tonnet, marchand de charbon et de bois de mines. Enfant, il ne savait pas prononcer « papa », il disait « Poupa ».
Poupée : Jeanne Léonard, épouse de Georges Gothot.
Poupette : 1. Fille de Gilbert Dero et d’Eva Ronval. 2. Fille Baquet.
Proprote : Louise Pirot ou Madame Pique-Pique (soins à domicile).
Ratatie : Famille Michel, qui habitait rue de Meuse.
Ritchichi : Riette Ritchichi, Henriette Louis, épouse de Georges Bouille.
Sagot : Pauline ?
Sautrou : Germaine Etienne, épouse de Maurice Gosset.
Sayin : ?
Sens-moi ça : Octavie, épouse d’Edouard Henrot.
Sophie (Juliette) : Juliette Crispin.
Suisse (Eugène) : Eugène Pirson qui fut Suisse à l’église de Bouvignes. Epoux de Marie Paquet et grand-père de Ginette Pirson.
Tanasse : Franz Paquet (peintre manchot), Marie Paquet, épouse d’Eugène Pirson et Céline Paquet, épouse de Richard Manderlier.
Tatou (Le) : Hyacinthe Wéry, frère de Charles. Surnom qui s’étend aux familles Charlier-Wéry et moreau-Wéry.
T’chacou : Maria Binamé, habitait Devant-Bouvignes, près de la carrière de Houx.
T’chibert : Hubert Denis, rue de Meuse. Le surnom s’étend à toute la famille.
T’chibique : Famille Fivet (Maurice, Nestor et Adeline).
Tchicto : Alfred Paquet. Il habitait une maison démolie en face de la chapelle Sainte-Ermelinde.
Tichque : J. Vanderhaegen, mari de « Nini ».
Titi : Luc Barthelemy.
Tock : Rudy Laurent.
Totoye : Germaine Paquet (?).
Turcot : Adolphe Milcamp.
Zante : voir « Kaisin ».
Zandrine : Alexandrine Gonze.
Zezef : Famille Pirson Camille et Armand Horban.
Zinzin et Zinzinette : Anciens locataires de la maison de Louise Pirot.
Zouzouille : Fille d’Alfred Paquet, dit « Tchicto ».
C’est avec beaucoup d’hésitation que nous avons décidé de publier cette liste. Nous savons pertinemment bien que certaines personnes étaient mécontentes de se voir attribuer un surnom.
Nous pensons néanmoins que c’est une des dernières chance de raviver votre mémoire. Cette lecture aura peut être permis d’expliquer l’origine de certains surnoms ou fera resurgir des sobriquets oubliés. Si tel est le cas, n’hésitez pas à nous fournir des renseignements nouveaux. Nous prolongerons volontiers cet article dans les numéros suivants.
Nous espérons que personne ne s’est senti offusqué de trouver son nom dans la liste qui précède. Nous sommes convaincus que même s’ils étaient parfois un peu moqueurs ou même un tantinet méchants, les sobriquets honoraient les familles qui se les voyaient attribuer, puisqu’ils représentaient un signe distinctif, reconnu de toute la commune et parfois de plus loin. Si l’on y réfléchit, pendant cette période pourtant pas si éloignée, tout le monde se connaissait, se saluait et, même si l’on se moquait un peu de son voisin, in fine, on s’y intéressait ! comparé à cette époque qui est la nôtre et qui veut que nous ne connaissions même plus les habitants de notre rue, n’était-ce quand même pas le « bon vieux temps » ?

Cécile LEONARD