Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

LES RUINES DU CHATEAU MEDIEVAL DE MONTAIGLE (XIIe - XVIe s.)

10 septembre 2007 - Georges Degaudinne, Nicole Houbion

1. Situation géographique et implantation.


Les ruines du château de Montaigle se trouvent sur le territoire de la commune de Onhaye (Falaën).
La forteresse médiévale partage, avec les vestiges d’une fortification gallo-romaine, le sommet d’un massif calcaire au confluent du Flavion et de la Molignée.
Les ruines dominent un site remarquable, classé depuis 1946, habité depuis l’époque préhistorique.
Les ruines médiévales, quant à elles, sont classées depuis 1965.

JPEG - 64.9 ko
Evocation de la vue sur l’entrée du château.

2. L’histoire avant Montaigle.


L’habitat préhistorique.

Dans les grottes des rives du Flavion, à proximité de la butte de Montaigle, de nombreux témoins de la préhistoire ont été retrouvés. Ceux-ci peuvent être datés du paléolithique moyen ou mésolitithique, c’est-à-dire d’environ 50.000 à environ 7.000 avant Jésus-Christ.

Le camp de refuge gallo-romain.

Ce camp, occupant le sommet de la colline, a été habité par les populations belgo-romaines, jusque entre 205 et 400 ans environ après Jésus-Christ.
Il a servi pendant de nombreux siècles de refuge aux populations locales pendant les périodes d’insécurité et d’invasions des barbares.

L’occupation mérovingienne.

Quelques tombes caractéristiques de l’époque mérovingienne ont été mises à jour à Foy pendant les travaux de percement du tunnel de chemin de fer.

La terre de Faing.

Le premier nom par lequel on a désigné les environs du confluent de la Molignée et du Flavion fut celui de « Terre de Faing ».
En fait, c’est quasiment un nom commun (« fagne ») désignant un terrain marécageux.
Le vocable « Faing » a évolué au cours des siècles pour nous arriver sous la forme de « Foy » (nom du hameau actuel situé sur le versant nord de la Molignée faisant face à Montaigle.

3. Montaigle entre dans l’histoire.


Propriété du comte de Namur, cette Terre de Faing fut donnée en fief à Gilles de Berlaymont en 1215.
Son fils ratifia la donation et y ajouta quelques métairies dont celle de Montaigle.
Ce nom entre pour la première fois dans l’histoire.
En 1218, le domaine de Faing est revendu à Guy 1er de Dampierre, comte de Flandre et marquis de Namur.
C’est vraisemblablement vers cette époque que se situe la construction du château.
Il se situe sur le « rocher de Faing » dont le vocable tombe en désuétude au profit de celui de Montaigle nom d’une villa-métairie devenue aujourd’hui ferme de Montaigle-la-Ville.

Montaigle château comtal.

A l’origine, que fût le château ? Donjon roman solitaire, maison forte ou petite forteresse ?
Aucun document ne permet de le dire et les recherches archéologiques trop fragmentaires n’ont jamais permis de prendre position.

JPEG - 88.2 ko
Evocation de la vue sur les tours du bâtiment de la garnison.

Rôle du château de Montaigle.

La fonction première de la forteresse fut le rôle militaire de protection des frontières de la région et de l’arrière-pays, soit toute l’Entre-Sambre et Meuse en comté de Namur.
Avec Poilvache, Bouvignes et Câteau-Thierry, le château de Montaigle faisait partie d’une ceinture de protection vers le Sud et la Principauté de Liège.

La deuxième fonction était administrative. Montaigle a constitué l’un des 9 districts du Comté de Namur. Le bailli de Montaigle avait juridiction sur 12 villages des environs. Il était chargé de l’administration ordinaire et de celle de la Justice.
Le « chairier », un des 10 receveurs particuliers du comté, y jouait un rôle important.
La recette de Montaigle fut transférée à Bouvignes en 1649.

La fonction résidentielle n’est pas la moindre.
Dès la période de construction, Guy de Flandre s’était réservé le droit exclusif de chasse et de pêche et donc l’utilisation de la résidence pour l’exercer.

Pendant 37 ans, Jeanne d’Harcourt, veuve de Guillaume II, comte de Namur, y a résidé jusqu’en 1455.

Montaigle, terre bourguignonne.

En 1429, Jean II, frère et successeur de Guillaume II, vend le Comté de Namur à Philippe le Bon, duc de Bourgogne.
Dès 1455 (décès de Jeanne d’Harcourt), le château se voit réduit à sa fonction de forteresse.
La fin du 15e s et le début du 16e s furent une longue suite de guerres, de pillages et de ravages divers pour le baillage de Montaigle ; mais sans menace directe pour le château.

La destruction.

En 1554, la campagne du duc de Nevers, commandant les armées du roi de France Henri II, contre Charles-Quint auquel Namur appartenait, fut plus meurtrière.

Toute opposition dans le Sud de l’actuelle province de Namur fut anéantie.

Les positions militaires furent prises l’une après l’autre.

C’est notamment le cas de Givet, Château-Thierry, Bouvignes, Dourbes, Fagnolles ...

La situation de Montaigle fut différente. Namur seule devant être défendue, la garnison de Montaigle y fut repliée. C’est donc un château sans défense qui s’offrit à la fureur de l’ennemi.

Après 1554.

Deux ans plus tard, Charles-Quint avait repris possession du pays.

Il fit dresser l’inventaire de ses domaines.

Le château de Montaigle était ruiné et brûlé.

Une longue nuit jusqu’à la fin de l’Ancien Régime.

Pendant quelque 250 ans, Montaigle semble n’avoir intéressé apparemment et officiellement personne, sinon les paysans des alentours qui recyclaient les ruines en matériaux de construction à un usage domestique.

Montaigle rentre dans l’histoire.

En 1795, l’administration française décrète le domaine militaire de Montaigle bien de la République.

En 1798, elle le vend à un citoyen dinantais : Pierre Joseph Hermal. Celui-ci le démembre et le vend entre 1812 et 1821, à l’exception du château et de l’éperon rocheux.

Ceux-ci ne trouvent acquéreur qu’en 1827 en la personne de Madame F.G. Van Den Bogaerde, jeune veuve de 31 ans, domiciliée à Heusden-lez-Gand.

Les premiers amis de Montaigle.

L’achat des ruines par Madame Van Den Bogaerde fut le premier acte de leur sauvetage.

Elle y employa son énergie et sa fortune.

En 1854, déçue par son impuissance à soustraire les ruines à la rapacité des villageois, elle revend le château.

JPEG - 62.1 ko
Tour de la retraite.

Premiers travaux .

Le nouveau propriétaire, le comte de Beauffort, était aussi président de la Commission des Monuments. Il mit son expérience et sa fortune au service du sauvetage de dizaines de monuments dont le château de Montaigle.

Il décéda en 1858, et ne put donc mener à bien tous ses projets.

Montaigle entre dans la famille del Marmol.

le château est alors vendu à Eugène Théodore del Marmol.

Celui-ci s’applique à reconstituer l’ancien domaine démantelé à la Révolution.

La propriété du château échut, à sa mort, à son neveu Fernand, puis à ses petits-neveux dont Jean en 1959, ensuite au fils de celui-ci, Patrick en 1971.

Les Amis de Montaigle.

En 1965, émus par le sort de ces vieux murs si romantiques, des adultes et des jeunes gens se sont groupés sous le nom d’ « Amis de Montaigle » pour unir leurs efforts bénévoles à ceux du propriétaire, en vue de contribuer à la sauvegarde et à la mise en valeur des ruines.

Résumé du texte de Jean BUCHET.
Edité par l’ASBL « La Haute-Meuse dinantaise » - 1986.