Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

LES REGISTRES PAROISSIAUX DE BRAIBANT

25 décembre 2009 - Jean CULOT

Les registres paroissiaux contribuent à la description de l’évolution de la population d’une petite paroisse rurale sur plusieurs siècles.
Parfois le curé a l’idée fort heureuse de noter, foyer par foyer, la composition de chacune des familles de la paroisse. Ainsi en fut-il par exemple du Curé de Gedinne, Jean Jacquet, qui, pendant ses 42 années de pastorat, tint minutieusement compte de l’évolution de la population paroissiale. Il mourut en 1634, âgé de 72 ans. (1)

(1) Gedinne - Sa natalité au XVIe siècle et aujourd’hui. Rochehaut in “La Terre wallonne . Tome IX. - N° 53 ; 15 février 1924 P 314. Rédaction - Administration. 4 Rue d’Assaut à Charleroi.

D’autres curés, comme le curé Colin de Leignon ; émaillent leurs registres paroissiaux de notations d’un grand intérêt sur des sujets forts divers : les événements du temps, fin XVIIe siècle et début XVIIIème : guerres et désolation ; les conditions climatiques extraordinaires et leurs répercussions sur la cherté de la vie, mais aussi les limites de sa paroisse qui peut englober telle petite partie d’une enclave de terre étrangère.
Rien de pareil à Braibant.
Peut-être pourrait-on faire d’utiles rapprochements avec les records des cours de justice hautaine ? Ou foncières recensant les biens et l’assiette de l’impôt par bien possédé et par leurs possesseurs, bien entendu. comme à Spontin, par exemple.
Spontin et Leignon sont très proches de Braibant.
Les archives de la Cour de Braibant ne comprennent que 2 articles et ils sont antérieurs à 1602. . Elle est redevenue Haute Cour en 1740. Mais entre ces deux dates : rien.
Donc, il nous faut bien considérer uniquement les registres paroissiaux de l’église de Braibant.

Paroisse de Braibant depuis on ne sait quand jusqu’en 1836.

Dans toutes les paroisses, les registres furent « clos et arrêtés » par les nouvelles autorités municipales du canton, ici le canton de Ciney, en fructidor de l’an IV de la république après la conquête. Pour Braibant, ce fut le 28 de ce mois, soit le 15 septembre 1796. En général, ces registres, déposés aux archives de l’Etat, s’arrêtent là. L’Etat civil prend la relève. Les registres paroissiaux postérieurs dorment dans les greniers des presbytères, dans les armoires des Fabriques ou aux archives diocésaines.
Mais à Braibant, les registres se trouvant aux archives de l’Etat couvrent une période bien plus longue. Le curé d’après le Concordat a recensé et acté les baptêmes, mariages et décès qui ont été célébrés dans la clandestinité pendant la persécution religieuse exercée par le Directoire. Et puis, il a continué jusqu’en 1836. Tout cela est à Namur. C’est assez exceptionnel. Pourquoi 1836 ?. Peut-être parce que ce curé dont je parle, François Martin Burton, est décédé cette année-là.

La matière brute des registres

Toutes les pages de tous les registres ont été photographiées et puis encodées dans 4 tableaux: : Baptêmes, Confirmations, Mariages, Décès. Cela fait 435 photos. Chaque page contient plusieurs actes : une bonne dizaine de décès au moins ou bien cinq ou six baptêmes par exemple dans les années 1650-1660 pendant lesquelles les renseignements sont très succincts. La relation s’étoffe lentement avec le temps. Un siècle plus tard, en effet, les curés de Braibant donnent de maigres informations sur les personnes concernées. L’ensemble donne une masse considérable d’entrées. L’encodage ne va cependant pas au-delà de la fin de 1820.
J’aurais pu m’arrêter en 1796. Quel est, en effet, l’intérêt des registres paroissiaux après cette dernière année de l’Ancien Régime alors que nous disposons de ceux de l’Etat civil, plus complets et établis selon une formulation obligatoire stricte ? Il faut bien reconnaître que cet intérêt est mince, voire nul. Alors, pourquoi continuer ?
Pour les baptêmes ! L’Église catholique attachait (et attache encore) une grande importance aux notions et aux fonctions de parrain et marraine. Les curés les désignent toujours nommément, mais omettent parfois les parents.
Les personnes choisies prennent un engagement solennel à la place du nouveau-né baptisé et veillent sur son développement tant spirituel que matériel, surtout si les parents sont défaillants ou décédés. Être parrain ou marraine était un honneur pour les personnes choisies et un témoignage de confiance et d’estime des parents des nouveaux-nés qui les sollicitaient. Traditionnellement les grands-parents sont choisis pour les deux premiers enfants d’un couple ; les frères et sœurs, voire beaux-frères et belles-soeurs des parents peuvent être retenus pour les enfants suivants. Parfois même ; l’aîné des enfants parraine le dernier né. Cette tradition souffre de nombreuses exceptions évidemment, fort compréhensibles, mais la piste n’en mérite pas moins d’être explorée. L’absence d’une des deux parentèles parmi les parrains-marraines peut aussi être l’indice d’un désaccord d’une des deux familles à l’égard d’un des époux.

Histoire abrégée de la paroisse et de ses curés

L’abbé Marcel Detienne, curé à Braibant en 1972, a publié une intéressante étude historique à l’occasion du centenaire de l’église paroissiale dédiée à Saint Vincent : « La commune et la paroisse de Braibant à travers les siècles- centenaire de l’église néo-romane, 1872-1972 » imprimée par l’EPECE - Ciney. L’auteur se dit ”historien d’occasion“, mais l’énumération des sources consultées aussi bien que l’appui et les conseils des historiens chevronnés qu’il cite témoignent que cette publication est digne d’attention. Toutes les citations ou références historiques tirées de cet ouvrage , littéralement ou en substance, sont écrites en italique dans cet article.

De quand date la paroisse ?

On ne le sait pas ; comme on ignore aussi son étendue.
« L’an 1431... messire Nicolle, curé de Braibant, desservant de l’église de Natoye...
(A.E.N. Echev. vol. 5. ». C’est le plus ancien curé connu ; et le plus ancien Pouillé (nomenclature des églises paroissiales) parle d’une « église de Braibant » existant en 1497.
En réalité, il n’y a aucun document qui permette de déterminer avec certitude, l’origine et la date de fondation de la paroisse de Braibant.
AEN. Archives de l’Etat à Namur
Échev. : Échevinages

Natoye, tout proche de Braibant, est un village plus important et plus ancien et, à en croire cet auteur inconnu, il ne serait qu’une annexe de la paroisse de Braibant. Le fait que Natoye soit au comté de Namur, pays du Roi et Braibant en Principauté ne pose pas un problème en soi. De petits hameaux relevant d’un des pays peuvent être une dépendance d’une grosse paroisse relevant d’un autre pays. Mais c’est plus improbable s’il s’agit de deux villages plus importants.
Mais, savons-nous ce qu’est une paroisse sous le régime féodal ou même au XIVe siècle ? Les mots du langage courant, s’ils sont les mêmes aujourd’hui qu’hier, recouvrent des réalités bien différentes.
Quel est le pouvoir du bas clergé des campagnes face aux seigneurs et aux abbés des puissantes abbayes. La paroisse est une subdivision du doyenné, lequel fait partie des archidiaconnats. Braibant fait partie de la Principauté de Liège et dépend de ce diocèse. Cette organisation va perdurer jusqu’au milieu du XVIème siècle. Nous ne nous étonnerons pas si l’on parle du “ concile de Ciney”. Nous lirons “ doyenné”. Mais au Moyen âge surtout et tout au long de l’Ancien Régime, l’organisation de l’église s’imbrique dans une organisation juridique de la société trouvant sa source dans le souverain et les seigneurs dont ils tiennent leurs terres auxquelles sont attachés des droits de justice sur les personnes et sur les biens. Le seigneur administre la justice par les Cours de Justice qu’il peut présider mais, il délègue ses pouvoirs au mayeur et ses échevins qui suivent l’avis d’un docteur en droit ou du bailli lorsqu’il y a procès.
Le territoire de la paroisse peut relever d’une ou plusieurs seigneuries civiles ou abbatiales. Les subsistances des curés proviennent des dîmes que se partagent les seigneurs et les curés, parfois après des négociations serrées, mais aussi des revenus qu’ils tirent de leurs biens ou de l’exercice du culte : rentes pour messes, anniversaires, testaments qui comportent presque toujours une clause de legs pour l’église. Bref, à côté des devoirs au service des âmes, les curés sont amenés à défendre leurs intérêts temporels face aux seigneurs, leurs prérogatives peut-être devant l’empiètement des chapelains des châteaux et poursuivre l’embellissement de leur église parfois en faisant pression sur les habitants de la paroisse. Les revenus de la paroisse, énumérés dans un registre spécial, jettent une lumière particulière sur ces relations.
Au temps de la féodalité : le minuscule hameau de Stée, à deux bons kilomètres au nord de Braibant avait un château et donc une chapelle et même un curé qui participa au « Concile de Ciney » en 1161. Un chapelain était un curé relevant du doyenné.
Qu’est-ce que je vous disais sur l’ignorance de l’étendue et l’origine de la paroisse ?
Cette incertitude perdura bien après, à en coire l’abbé Detienne.
... Un certain Pierre Conrard qui est « pasteur à Stée » en 1702 délivre un extrait de baptême au nom de Jean Noël Fouarge baptisé le 24 juillet 1681. S’agit-il d’un curé de Stée ou du curé de Braibant ayant son domicile à Stée ? se demande-t-il.
Sur ce point précis, je peux lui répondre. Il n’y a aucun Fouarge dans les registres des baptêmes de Braibant, ni en 1681, ni avant ni après. À part le château, il y a peut-être une ou deux maisons à Stée en 1681. Ce Pierre Conrard, « pasteur à Stée », est soit le chapelain de la chapelle du château et plus probablement un vicaire de Natoye car ce hameau est plus proche de Natoye que de Braibant. Et il n’y a aucune raison justifiant qu’un curé de Braibant ait son domicile, entendons le presbytère, autre part qu’à côté de l’église paroissiale. À plus forte raison, dans une des rares masures de Stée.
Après ce Messire Nicolle, quelques curés sont encore connus, mais... du 18e siècle.
1705 de Blehen
1728 Jacques Burlet
1735 François Antoine Binon, qui devint chanoine de Nassogne en 1740
1740 Philipppe Donat, au moins jusqu’en 1754. Il y a alors, selon un document du temps, 25 familles et 83 « pascalisants » c’est-à-dire tenus au devoir pascal.
1793 Pierre Donat
Terminons l’histoire de la paroisse, vue par l’abbé Detienne en 1972. Il décrit la persécution religieuse, et l’institution des décadis. L’église du canton, soit la collégiale de Ciney, reste seule ouverte pour y célébrer le culte de la déesse Raison.
Pendant ce temps, dans les campagnes environnantes , les églises sont interdites, les cloches se sont tues.... Le curé Pierre Donat a disparu. C’est l’abbé Burton qui prendra la relève.
Né à Braibant, à la ferme Masson, le 6 septembre 1770, il fut ordonné prêtre par l’évêque de Liège, Mgr Claude Léopold de Bexon..
Jeune prêtre, il se cache chez ses parents et il installera un « autel du sacrifice » dans une pièce de l’actuelle ( en 1972) ferme Frippiat où il célébrera la messe clandestinement pour les fidèles de Braibant.
Les registres paroissiaux laissent un vide complet entre décembre 1798 et août 1803.

Un certain nombre d’observations doivent être faites concernant les deux extraits précédents.

Le curé Marcel Detienne ne disposait probablement pas des documents qui, depuis, sont devenus accessibles ou ont été retrouvés.
Je n’ai pas trouvé trace d’un curé Philippe Donat, mais Petrus Fransiscus Donate. Ce Pierre François Donat était curé en 1740 comme le prouve l’extrait suivant :

Il l’était encore en 1770.

Et en 1794.

Il n’y a pas de différence dans l’écriture des actes entre ces dates. Curé pendant 58 ans ? Pourquoi pas ? Le curé Collin, son confrère de Leignon à la même époque, est un autre exemple de longévité sacerdotale.

Les registres paroissiaux laissent un vide entre décembre 1798 et 1803 dit-il.
Au contraire, tous les actes de cette période troublée ont été transcrits par le curé Burton. Il a même recopié les actes de baptême déjà établis par Pierre François Donat. Il l’a fait fidèlement, sinon par ci par là une modification, d’un nom, Mercy qui devient Mercier par exemple, Fransquin modifié en Fanskin ou une date légèrement modifiée. Il décrit le territoire de la paroisse de 1803 considérablement agrandie. Mais j’y reviendrai quand nous parlerons brièvement de la nouvelle paroisse.
Celui qui fut le sauveur des actes anciens est le curé François Antoine Binon. Nous y reviendrons bientôt.

Tentons de savoir l’étendue de l’ancienne paroisse.
En 1775, les cartographes du comte de Ferraris levèrent une carte des Pays-Bas autrichiens - donc nos provinces - et de la Principauté de Liège - pays différent, faut-il le rappeler- pour le compte de Marie-Thérèse. En 1775, il est vrai. Mais, la société rurale évolue lentement. Les sources d’énergie, les méthodes et instruments de travail, l’habitat, le pouvoir... sont très semblables à ce qu’ils étaient un siècle plus tôt. On peut raisonnablement supposer qu’il en est de même pour les paroisses. La carte jointe couvrant une partie du Condroz et Ciney (Chinay) comme point de repère permet de situer les villages dont nous avons souvent parlé Spontin, Senenne, Sovet (Sauvet), Achêne (Achin)., Croix, Leignon, Halloy, Emptinne et Emptinalle, Braibant et Natoye. Certains lieux et certains noms sont à peine lisibles, aussi nous les avons rendus visibles sous leurs appellations de 1775 et de 2009

Pour montrer la qualité des renseignements dessinés sur cette carte, agrandissons, par exemple, Braibant, et Mont. Les dessinateurs, au lieu de tracer les limites de paroisses, ont donné un même numéro aux localités qui relevaient d’une même entité paroissiale. Un gros numéro pour l’endroit où se trouve l’église paroissiale et un petit numéro pour les villages et hameaux qui en dépendaient.

La paroisse de Braibant en 1775 porte le N° 53,. gros numéro à Braibant. Une trentaine de bâtiments, y compris les granges et étables. L’église est à peu près à l’emplacement actuel. Nous y voyons une croix noire à l’intérieur. Ceci signifie qu’on y dit la messe. C’est donc une église active. Cette croix est située à l’extérieur quand on n’y dit pas la messe
Retenons le nombre approximatif des maisons vers 1775.
On peut se faite une idée du nombre d’habitants en admettant une moyenne de 4 ou 5 par maison. Ce qui nous donnerait 120 à 150 habitants en 1775.
Ces chiffres sont donnés par comparaison à ceux cités à propos de Gedinne. (op. cité)

Il n’y a qu’une cense, une grosse exploitation supposant outre les censiers, quelques familles de journaliers..

La paroisse de Braibant en 1775 se composerait, selon cette carte, de Braibant et de la cense de Mont. La paroisse d’Achêne, N° 63 comprendrait, entre autres, Croix et Get. Croix, un petit village de 12 bâtiments, et Get, plus petit encore, dans la proximité immédiate de Ciney.
S’il ne fait pas de doute qu’Achêne et Braibant en Principauté ; Natoye et Leignon aux Pays-Bas, pour ne citer que ces exemples, aient eu une église paroissiale en 1775 ; les endroits habités qui sont renseignés comme dépendant de ces paroisses à cette époque sont plus douteux.. Croix, Sovet, Mont et Get dépendaient avec certitude en 1705 de la grosse paroisse de Ciney. La paroisse qui nous occupe, sous l’Ancien Régime, se limite probablement au village de Braibant et à la cense de Mont.

Statistiques
Baptêmes ;

Les baptêmes notés par les anciens curés inconnus, s’il s’en trouve, comme ceux administrés par les curés de Blehen et Burlet sont sauvés par François Antoine Binon. Et pas seulement les baptêmes d’ailleurs.
Les registres de Braibant s’ouvrent sur une page magnifique.

L’abbé François Antoine Binon qui arrive bien en 1732, s’est efforcé de rassembler les actes anciens épars. Les actes nouveaux, à partir de sa nomination en 1732, s’inscriront à leur suite

Commentaires

Les 43 premiers actes sont relatifs à une période s’étalant de 1643 à 1678. L’écriture est archaïque. Plusieurs de ces actes ne citent même pas le nom des parents. Seuls les parrains et marraines sont nommés. Comme ci-dessous :

Le 13 may 1664 a été baptisé Jean Bala. Les SS furent Jean Bala et Élizabeth Le prince.

Ils ne se suivent pas par ordre chronologique. 4 ne sont pas datés Une mention est relative à 1622. Les autres datent de 1644 (1), 1648(1), 1650(1), 1653(1), 1656(2), 1660(4), 1662(1), 1663(1), 1664(2), 1665(1), 1666(2), 1667(2), 1668(2), 1669(3), 1670(3), 1672(2), 1673(2) ; 1674(2), 1675(2), 1676(2), 1677(1), 1678(1). . Le tout comprenant 44 baptêmes.
Ne retenons pas 1622, trop isolé ni les actes non datés. On compte alors 39 entrées qui se répartissent sur 35 ans, ou 1,11 naissance par an. alors. Cette moyenne est basse au regard des chiffres donnés pour Gedinne à la même époque, mais nous devons nous en contenter. Aucun décès n’est recensé avant 1671. Nous ignorons donc si la population a augmenté. Souvenons-nous que nous avons compté une trentaine de bâtiments un siècle plus tard.

Vérifions pour une période où nous avons des entrées plus fiables.

De 1678 à 1707 soit 30 ans. Nous enregistrons 41 naissances, soit 1, 16 par an.
C’est peu. D’autant plus que les baptêmes sont administrés le jour après la naissance et parfois le même jour quand l’enfant est en péril imminent (baptêmes in obstetris ou sous conditions). Parfois une précision de calendrier : un baptême non daté est de la vigile de saint Thomas. Un baptême de 1665 est administré à la fête de la Trinité.
Taux de naissance bas, mais nous savons que l’époque est calamiteuse. Le pays souffre des passages de troupes. D’abord les Lorrains de redoutable et sinistre mémoire, puis les guerres incessantes de Louis XIV au nom des intérêts de la Reine, fille de Philippe IV et souverain naturel des Pays-Bas :. guerre de la Ligue d’Augsbourg ; de l’Europe contre Louis XIV qui a réussi à placer son petit-fils sur le trône d’Espagne, expédition contre les Provinces-Unies au travers de la Principauté, siège de Namur en 1695 et cela continue jusqu’au milieu du XVIIIème siècle.

De 1708 à 1737, François Antoine Binon est entré en fonction en 1732..
Pendant cette nouvelle période de 30 ans, nous relevons 76 baptêmes, soit une moyenne qui se relève à 2,53. On note en 1714 le baptême d’un fils d’un tambour au régiment des troupes impériales.
Une interruption de 3 ans. L‘abbé Binon est parti. Il est devenu chanoine. Pierre François Donat le remplace, mais pas immédiatement, semble-t-il car aucun acte de baptême n’est inscrit entre 1736 et 1740.

De 1740 à 1769, 76 baptêmes également. La moyenne reste de 2,53

En 1754, il y a 25 familles et 83 « pascalisants », c’est-à-dire paroissiens tenus au devoir pascal,selon une information de la publication de l’abbé Detiennne que nous avons relevée.
Paroissiens tenus au devoir pascal dit l’auteur. Mais cette explication, si elle suffit aux paroissiens d’aujourd’hui, n’est guère satisfaisante pour qui veut savoir ce qu’était un pascalisant en 1754. Nulle part, on ne parle de communions, ni privées ni solennelles. En revanche, la confirmation est très importante et vaut une inscription spéciale dans les registres. Le suffragant de l’évêque, personnalité éminente, se déplace et confère lui-même ce sacrement essentiel. Il peut se passer plusieurs années entre deux passages de l’envoyé de l’évêque dans une grosse paroisse. Si bien que les curés des petites paroisses envoient des petits enfants se faire confirmer. Parfois même très petits. Est-ce la condition pour être reconnu pascalisant ? Nous en reparlerons à la rubrique “ confirmations “
En 1754, en supposant que les pascalisants sont les paroissiens confirmés, il ne manquerait que les petits enfants non confirmés au chiffre donné. La population de la paroisse serait estimée à environ une centaine d’âmes. Ce qui est vraisemblable, surtout si la paroisse se réduit au village de Braibant et à la cense de Mont.

Si nous voulions vérifier cette estimation en calculant la population en 1754 sur base des registres, l’étude se révélerait trop peu scientifique. Pour la période englobant 1754, soit de 1740 à 1769, on trouve, en parcourant les encodages des baptêmes, 28 familles et 76 baptêmes donc. Parmi ces 28 familles, 19 comptent plus d’un enfant, 9 femmes n’ont eu qu’un seul enfant.
Le registre des mariages n’en signale aucun de 1726 à 1751, et 10 depuis cette date jusqu’en 1769 dont 5 après 1754 qui eurent 8 enfants.
L’obituaire est encore plus laconique. Aucun décès n’y est inscrit pendant toute cette période et même de 1714 à 1770.
Enregistrons donc, si l’on peut dire, l’estimation rapportée.

Toujours à propos de cette fameuse année 1754, ses 28 familles, ses 83 pascalisants et sa population totale estimée à une bonne centaine de paroissiens, nous pouvons citer une anecdote.

En 2005, j’avais déjà examiné sommairement les registres paroissiaux. Parmi ceux-ci se trouvait alors un registre spécial consacré aux revenus et propriétés de l’église de Braibant, en terres et jardins, en rentes, dîmes et fondations de messes anniversaires. Dans ce même livre, le curé - le jeune Pierre François Donat - relatait un refus opposé par les villageois à une demande formulée par un dignitaire de l’Église. L’affaire est révélatrice des usages et mentalités du temps.
La querelle oppose les gens de Braibant à l’Église. Voici l’histoire.
En l754, Monseigneur Chéra, archidiacre vint visiter la paroisse de Braibant. Soit que le curé de Braibant se soit plaint,.soit de son propre chef d’archidiacre, soit que ce fut le tour de la paroisse de Braibant à être “visitée”. Mgr ordonna aux paroissiens de fournir " une chasuble et une chape noires", ainsi qu’un devant d’autel, noir aussi ; un nouveau tabernacle, un rituel et un processionnel (?) . Il exigea en outre, la réparation des tours et murs du cimetière, la démolition du vieux vestibule du cimetière et demanda quec les fonts baptismaux soient renfermés. Enfin, il ordonna que toutes les rentes des pauvres soient distribuées seulement aux vrais pauvres. ( À la discrétion du curé )
Tous les manants de Braibant étaient pauvres bien entendu, mais tous payaient des rentes pour des messes. Ils refusèrent respectueusement mais fermement toutes les exigences de l’archidiacre.
L’affaire va devenir très vite une question de principe. Monseigneur I’archidiacre ne peut être désavoué par les autorités ecclésiastiques, de plus en plus hautes, auxquelles ces paroissiens illettrés vont s’adresser.
L’archidiacre les fait d’abord citer pour les obliger à suivre ses ordonnances.
Pierre François Donat relate « les paroissiens s’étant opposés et ayant plaidé devant I’archidiacre et la Cour du Nonce à Cologne, ( nous sommes, en effet, en Principauté) les dits manants ont été condamnés à tous les frais. Les dits manants ayant été assez téméraires d ’aller à la Cour de Rome, ( nous en sommes déjà en 1760 ) si bien que les dits paroissiens ont dû payer tous les frais et ont fait leur soumission à Monseigneur notre archidiacre avec promesse d’obéir à toutes ses ordonnances et pour commencer les dits paroissiens ont acheté à Dinant une neuve chasuble noire qu’ils ont remis à notre église de Braibant. Ils ont réparé les tours et une partie du mur d’enceinte.
Quant aux rentes des pauvres, j’en reçois trois mesures d’épeautre racles et un quart que j’ai délivré aux manants de Braibant jusqu’au jour de la dite visite en 1754. Ensuite ( vraisemblablement après la soumission) j’ai distribué aux vrais pauvres ».J’ai, dit-il. Et non un marguillier.
Les gens de Braibant n’ont aucune chance devant les tribunaux ecclésiastiques, même à Rome. L’archidiacre ne peut se désavouer lui-même, ni être désavoué par le Nonce, ni celui-ci par le Pape. Pierre François Donat ne semble pas ému. par ces “manants téméraires”.
Alors qu’un autre litige opposant les gens de Halloy à des seigneurs, à propos de bois communaux que les seigneurs tentaient de s’approprier, s’est réglé devant la Cour du lieu selon le droit. Les gens de Halloy ont pu faire acter et respecter leurs droits.

De 1770 à 1803, soit 34 ans.
Les baptêmes célébrés dans la clandestinité ont été retranscrits par l’abbé Burton. Nous nous arrêterons en 1803 parce que le 8 août de cette année, la paroisse est rétablie et considérablement agrandie. La population a augmenté. Les comparaisons doivent tenir compte de la modification de ce critère. Tenons-nous en à nos 34 ans, dans les limites de la paroisse d’Ancien Régime. 111 baptêmes sont actés, soit 3, 26 par an.

La nouvelle paroisse.
Le 8 août 1803, l’évêque de Liège communique les limites de la nouvelle paroisse. Dans sa nouvelle juridiction, les naissances s’accroissent naturellement. Mais nous n’étudierons pas plus avant.Tout au plus, pouvons-nous dire que la paroisse passe au diocèse de Namur dès 1808 et qu’elle sera redécoupée. Sovet devenant paroisse. Stée repassant à Natoye

Braibant passera bientôt sous la juridiction de l’évêque de Namur.
Reportons-nous à la carte de Ferraris montrant l’étendue de la nouvelle paroisse.
De 1803 à 1812, soit moins de 10 ans révolus, 170 baptêmes sont célébrés. La moyenne bondit à 17. De 1813 à 1820, soit 8 ans, 118 baptêmes sont actés. La moyenne retombe un peu à 14,75.
Pour l’anecdote, relevons la répugnance de l’abbé Burton à noter les naissances illégitimes. Les mères sont souvent des “ passagères“ ou vagabondes. Trois naissances illégitimes pour tout l’Ancien régime, une en 1771 et deux vers 1796. 26 de 1803 à 1820.

Confirmations
La plus ancienne cérémonie de confirmations relatée a lieu en 1685. Les enfants de Braibant la recevront à Natoye des mains de l’évêque de Namur. 21 enfants seront confirmés dont la plus âgée a 15 ans. Mais d’autres sont bien plus jeunes. Quatre ont à peine un an, deux sont âgés de deux ans et quatre sont nés en 1681.
Sont-ils déjà pascalisants ?
Remarquons que 8 enfants, d’âge semblable, n’ont pas été confirmés et ne se trouvent pas dans le registre des morts. Leurs familles ont-elles quitté Braibant ? La liste des parrains et marraines de confirmation est lacunaire.
La seconde confirmation se passe en 1698 dans un endroit non renseigné. Cette fois, 9 enfants recevront le sacrement. Le registre des baptêmes depuis la précédente confirmation ( et même avant) reprend 13 noms, mais seulement deux d’entre eux sont dans la liste des confirmés. Que sont devenus les autres ?
Sept confirmés de Braibant, ne sont pas renseignés dans le registre des baptêmes. La liste des parrains et marraines est de nouveau lacunaire.

La troisième confirmation a lieu 3 ans plus tard seulement, en 1701..L’endroit et le nom de l’évêque ne sont pas plus renseignés.
Sept enfants de Braibant, dont le baptême a bien été acté, sont confirmés. La tendance se confirme. Les deux plus âgés sont nés en 1696. Les autres ont moins de cinq ans. Deux enfants baptisés en 1698 et non renseignés parmi les décédés, ne figurent pas dans la liste des confirmés. Les parrains et marraines sont mieux renseignés.

La quatrième confirmation se passe à nouveau à Natoye en 1707 par l’évêque de Namur. 23 enfants ont été baptisés à Braibant. 16 seulement sont confirmés dont 4 ne figurent pas dans les baptêmes. Mais 7 baptisés ne sont pas parmi les confirmés.
Inutile de continuer les énumérations. Elles révèlent que les confirmés qui ne furent pas baptisés à Braibant, sont souvent majoritaires. Leurs parents ont-ils emménagé à Braibant ? Sont-ils de familles de journaliers voyageant au gré des embauches ? Quelle est la coutume religieuse en matière de confirmations ?
15 confirmations sont renseignées, dont la dernière le 13 septembre 1797. Ils furent confirmés à Ciney par “illustrissime mais non révérendissime Pierre Louis JACQUET, évêque suffragant de Liège qui est chanoine.” Pas de parrains ni de marraines de confirmation cités.

MariagesVoici, par exemple comment s’ouvre le registre des actes de mariage après la reprise de la paroisse en 1732.


L’abbé Binon continue juste après, en principe.
70 mariages seulement sont actés avant 1798. Le plus ancien, comme on peut le voir, date de 1652. Curieusement, l’abbé Binon , n’acte aucun mariage . Le dernier “ sauvé” date de 1726 et le suivant est de 1751, sous le magistère de Pierre-François Donat qui en bénira une trentaine après. Ces derniers actes contiennent un peu plus d’informations. Outre les témoins, les lieux de baptême des conjoints sont cités. Les futurs époux ont bien reçu leurs lettres de libertés , ou lettres de mariage comme on voudra de leur curé et les ont bien remises au pasteur de la paroisse de Braibant. Ces renseignements ne sont pas actés avant Donat.
En résumé, jusqu’à la clôture des registres en 1696 généralement, avec quelques exceptions jusqu’en 1698 pour la dernière confirmation et 1697 pour le dernier mariage,
le tableau des baptêmes présente 324 entrées de 1622 à 1797.
Le tableau des mariages compte 70 entrées seulement de 1652 à 1789, plus un mariage en 1798.
Le tableau des décès commence en 1671 et acte 142 décédés
Notons ici que Pierre Donate, comme il est écrit, pasteur de Braibant, meurt le 25 mars 1803..
Enfin le tableau des confirmations indique 135 confirmés.

Le généalogiste amateur doit se contenter de ces minces renseignements. Dans ce cas, il ne dispose pas d’autres registres pour les étayer, comme les échevinages par exemple. Ni des registres des communes d’Ancien Régime qui apportent parfois de bien utiles informations sur les passages des troupes. Après 1803, le phénomène des vagabonds ou “passagers” s’accroît ainsi que les naissances dites illégitimes. Les registres paroissiaux relatent ces faits qu’il appartient au chercheur d’expliquer. Du moins si celui-ci ne se satisfait pas d’une simple énumération de “ sosas”.

Jean CULOT