Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

LES FONDS DE LEFFE ET LE PAS CHARLEMAGNE

1er mai 2007 - Michel HUBERT

La vallée de la Leffe (non ruisseau mais rivière puisqu’elle se jette dans un fleuve) reste relativement peu connue.
Voici trois versions de son histoire.
Deux articles retrouvés, publiés au cours des années 1934-1935 témoignent de l’aspect touristique de cette petite vallée pittoresque
Un troisième article plus récent (2003) de Claudy BURNAY, historien et archiviste de Leffe, avec qui j’ai eu l’occasion de faire récemment connaissance, ce qui augure d’une excellente collaboration future, vient bien à point pour mettre en lumière l’histoire , la légende et les faits au sujet de ces « Degrés de Charlemagne »

LES FONDS DE LEFFE

Les « Fonds de Leffe » constituent l’une des excursions les plus curieuses et les plus intéressantes à faire aux environs de Dinant ; c’est un profond ravin qui, prenant naissance sur les hauteurs d’Achêne, débouche dans la vallée de la Meuse en face de Bouvignes,

Pour embrasser d’un seul coup d’œil l’aspect général de ces remarquables fonds, d’un caractère unique en leur genre en Belgique, peut-on dire, l’on doit remonter la route de Dinant à Huy qui s’élève graduellement et, à quelques centaines de mètres au delà du premier tournant de la voie. L’on remarque fort bien la curieuse structure de ce ravin encaissé, qui peut être comparé à une profonde déchirure qui aurait été brusquement entr’ouverte dans le plateau. Cet aspect physique, des plus étranges, retient vivement l’attention.

Si l’on remonte ce vallon à partir de son débouché, l’on remarque que le pittoresque ne devient réellement intéressant qu’à partir de la borne kilométrique 2 de la route.

A 30 mètres en amont de cette borne, existe, sur les pentes rocheuses dénudées du versant droit, la trace des célèbres ornières - dites le « Chérau » - tracées, si l’on en croit la légende, par le char de Charlemagne, et qui remonte obliquement la pente du massif.

Contre ces ornières, l’on remarquera des entailles simulant un escalier très rudimentaire. Un peu plus haut, quelques empreintes creusées dans le roc ont été attribuées au fameux cheval « Bayard », lorsqu’il emportait, dans sa course vertigineuse, les quatre fils Aymon fuyant devant Charlemagne.

L’ornière s’élève jusqu’à une sorte de palier, puis tourne à gauche et, par une dépression à pente douce, gagne le plateau. Elle est coupée par des entailles dans lesquelles s’engageaient des pièces de bois placées horizontalement et qui soutenaient un plan incliné en bois, par lequel un véhicule remontant les « Fonds de Leffe » pouvait gagner le plateau.

Cette voie d’accès vers les hauteurs date, très vraisemblablement, de l’époque romaine, mais elle a très probablement été utilisée à une époque plus récente, alors que la gorge des « Fonds de Leffe », en amont de ce travail d’art, était tout à fait impraticable.

Dans les environs existe encore une source appelée « Source de l’Empereur », dont le jaillissement est du domaine de la tradition. La légende rapporte que le « Cheval Bayard », monté par les quatre fils Aymon, poursuivi par Charlemagne, arriva sur le haut des rochers dominant la gorge et là, d’un bond prodigieux, il franchit la profonde crevasse et, retombant sur les rochers opposés, y laissa l’empreinte de ses sabots. Voyant alors ses soldats exténués et souffrant de la soif, le puissant Empereur, saisissant une lance, la planta dans le roc en adressant à Dieu, cette prière : « Versez Seigneur, à mes pauvres soldats ». Et soudain, une source jaillit des rochers d’où elle ne tarit jamais. Elle porte encore le nom de « Fontaine de l’Empereur ».

En amont du Chérau, le pittoresque s’accentue considérablement. Le versant gauche de cet étrange ravin est constitué par des rochers complètement dénudés et arides, tandis que le versant droit est généralement boisé et couvert de végétation, d’où émergent, ça et là, quelques massifs calcaire.

Après avoir contourné quelques replis de ce vallon, cette sorte de défilé devient extrêmement tourmenté tout en conservant sa nature et son encaissernent sensiblement le même jusqu’au château de Chession, qui, surgissant délicieusement d’un massif de verdure, semble clore le ravin. Cette illusion est due au coude brusque que le vallon fait en ce point.
Au delà, se présente à gauche, un énorme hémicycle rocheux qui termine la partie la plus attrayante des Fonds de Leffe.

Extrait de « Sambre-et-Meuse » Organe officiel du Cercle des XV 2ème série n°2 Janvier 1934

LES DEGRÉS DE CHARLEMAGNE A DINANT

Après avoir remonté pendant quelque temps le fond de Leffe, on aperçoit, à gauche, une carrière de marbre établie à une époque très rapprochée de nous et déjà abandonnée. Au-dessus de cette carrière, la roche s’étend en pente assez raide jusqu’à l’entrée d’un petit ravin se dirigeant vers Loyers ; cette entrée est barrée par un mur, et en-dessous, dans la roche, se trouvent des trous de forme carrée taillés en ciseau, qui semblent avoir été destinés à recevoir des bouts de poutres. Un peu plus bas, sur le flanc de la roche, vers Dinant, une ornière descend jusqu’au fond de la vallée. C’est ce qu’on appelle les degrés de Charlemagne.

Avant que le chéreau de Leffe eut été rendu praticable, le chemin antique de Dinant vers Huy devait franchir ce pas difficile. Il paraît qu’en deçà du mur vers la vallée, il devait exister autrefois une plate-forme et une espèce de plan incliné en bois, dont les points d’appui étaient fixés dans les trous carrés dont je viens de parler. Ce plan incliné allait, en obliquant, atteindre, un peu plus bas, le chemin dont une seule ornière creusée dans le roc existe encore.

Au-delà du mur, vers Loyers, on remarque dans le rocher deux ornières de chariots très rapprochées et ayant beaucoup d’analogie avec celles découvertes dans le ravin au-delà de Saint Médard, lors de la construction de la route de Dinant à Philippeville.

Extrait de « Sambre-et-Meuse » Organe officiel du Cercle des XV 2ème série n°5 Juin 1935

LE PAS CHARLEMAGNE ou LES DEGRES DE CHARLEMAGNE

LE CHEMIN DES LEGIONNAIRES

LA FONTAINE ou LA SOURCE DE L’EMPEREUR"

L’histoire :

Elle vient de la montagne où des cornières et des cavités profondes sont creusées dans le roc.
Une bifurcation de la route romaine Bavay-Trêves par Serville,Weillen, Bonsecours, Loyers,Spontin serait passée par-là en traversant la Meuse à gué en aval de Dinant. A une époque plus rapprochée de nous, des bûcherons se servaient du "passage" pour descendre dans la vallée des pièces de bois et les écorces dont les tanneurs faisaient grande consommation. Ils se servaient à cet effet d’un traîneau appuyé sur deux lames d’acier qui faisaient office de patins.

La légende :

Charlemagne, à la tête de ses guerriers, poursuivait à outrance, sur les hauteurs de Dinant, les frères Aymon, ses ennemis. Aymon (père) avait épousé la soeur du roi de France. Il eut quatre fils:Allard, Guichard, Richard et Renaud. Ceux-ci, présentés à la cour du roi, furent admirés pour leur prestance et leur courage. Malheureusement, un jour, Renaud, en jouant aux échecs avec le neveu du roi, se prit de querelle avec lui et le tua en le frappant avec l’échiquier. Le roi Charles entra en colère et certes, il aurait fait périr Renaud si ce dernier ne s’était pas enfui avec ses frères. Une longue poursuite commença.

Un jour, les soldats du roi Charles étaient sur les traces des fugitifs, lorsque le cheval Bayard et ses cavaliers arrivent au bord de la Meuse. Les eaux étaient très hautes et il n’y avait pas moyen de les passer à gué. Que faire ? Bayard prit son élan et d’un bond franchit la Meuse au rocher Bayard.

L’Empereur Charles, qui serrait de près les chevaliers félons, arriva à son tour à cet endroit, mais voyant qu’il ne pouvait exécuter le même saut faute d’un cheval enchanté sous la main, descendit lentement les hauteurs boisées. Arrivé au pied de l’escarpement en face, Charlemagne jugea qu’il serait inaccessible. Il ordonna aussitôt aux légionnaires qui l’accompagnaient de pratiquer sur le rocher des marches suffisantes et une voie carrossable pour permettre l’ascension de ce côté.

C’est ce qu’on appelle "les degrés de Charlemagne". La cohorte, ayant gravi la montagne, se trouva, en ce lieu, pressée par la soif et sans eau. Alors, les gens d’armes murmurèrent au roi :"Donnez-nous de l’eau pour boire !" Le roi cria alors : "Donnez, Seigneur, donnez à boire à mes pauvres soldats !" Puis, saisissant une lance, Charles frappa la roche. Soudain jaillit du roc une source limpide et rafraîchissante. C’est la source Charlemagne qui tombe des rochers et ne tarit jamais. Le roi parvint enfin dans la "Passe des fonds de Leffe" à s’emparer de Renaud. Il obligea le prince à aller en pèlerinage à Jérusalem. Quand à Bayard, le bon cheval, il échappa au roi Charles.

Les faits.

La résidence favorite de Charlemagne de 771 à 785, c’est Herstal. Le pays ne possédait pas au VIIIème siècle, ces vastes routes qui laissent aujourd’hui pleine liberté au développement des armées. Charlemagne avait un intérêt militaire de premier ordre à faire construire un chemin direct qui lui ouvrirait la route de France. Cette route était naturellement indiquée de Liège à Huy et de là, par Spontin, Dinant et la frontière française.

C’est à l’époque de ses expéditions, Lombardie 773, Espagne 778, que le monarque aura fait construire sur son passage obligé -Leffe- par une troupe de ses archers, un chemin à plan incliné, praticable pour les chars, les boeufs, les chevaux, que chaque lende pourrait tenir en laisse. Et comme il fut pratiqué en d’autres endroits, c’est le même appareil de charpente que Charlemage appliqua aux "Fonds de Leffe".

On peut, en suivant le sillon tracé oblique ment sur le charreau, reconnaître parfaitement les cavités qui abritaient les solives et les madriers, les trous dans lesquels s’embouchaient les pieux plantés dans le granit. C’est par le chemin planchéié construit sur un plan horizontal, que la "Passe de Leffe" devenait accessible. L’on est donc autorisé, par l’histoire comme par tradition, à admettre que le "Pas Charlemagne" était un chemin militaire exécuté par ses légions à la fin du VIII ème siècle de notre ère.

D’après Claudy BURNAY in Leffe Calendrier 2003 avec son aimable autorisation.

Michel M.E.HUBERT