Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

LES COMBATS DE LA MEUSE EN 1790

24 mai 2010 - Michel HUBERT

Une petite guerre peu connue s’est déroulée sur les rives de la Meuse en amont de Dinant à l’époque ou quelques Belges aspiraient à l’indépendance, lors de l’éphémère république des "Etats-belgiques-unis".
Au cours de la Révolution brabançonne, qui détacha un moment notre pays de l’Autriche, une assez longue phase de la lutte entre les Patriotes et les Autrichiens se déroula dans la Haute-Meuse.

LES COMBATS DE LA MEUSE EN 1790

L’armée des Patriotes, formée de volontaires peu aguerris, mal équipés, mais d’une bravoure exemplaire, avait à sa tête le général prussien Schoenfeld. En mai 1790, celui-ci confia au colonel Koehler le commandement des troupes opérant dans la Haute-Meuse, depuis Dave jusqu’au Bac du Prince (lieu-dit qui doit son nom au passage d’eau qui y existait jadis. C’était le premier poste liégeois que l’on rencontrait en venant de France et Prince désigne le prince-évêque de Liège ; actuellement, la gare de Heer-Agimont y est établie) .

Le colonel Koehler avait de brillants états de service ; il avait soutenu, au service de l’Angleterre, un siège de trois ans à Gibraltar et avait des connaissances perfectionnées d’artillerie, Il prit des mesures énergiques et réussit à réorganiser les milices révolutionnaires et à fortifier leur position ; on éleva des redoutes au-dessus d’Anhée, de Bouvignes, d’Hastière, de Waulsort et en face du Bac du Prince.

Chose curieuse, les hostilités prirent l’allure d’une guerre de tranchée ; des deux côtés, les armées étaient d’une grande faiblesse à tous points de vue. Une carte de de Rouge situe les différentes batteries installées dans la région ; il y en avait sur les hauteurs de Moniat, au-dessus de Freyr ; un camp était établi à Lenne ; des batteries se trouvaient au point culminant de Waulsort, sur le Charnia, à la ferme de Scohy ; au-dessus de la Thylaire, d’Hermeton, etc.

Les Autrichiens occupaient la rive droite ; leur point faible était la montagne d’Anseremme où leurs postes de défense étaient à découvert, ce qui avait fait dénommer par eux l’endroit « Montagne de Boucherie ». Aussi est-ce vers ce point qu’un coup de main fut tenté le 3 Août 1790. Grâce aux eaux basses, les Patriotes, divisés en deux partis, avaient franchi la Meuse à gué ; les uns montèrent la montagne d’Anseremme ; les autres remontèrent le Colébi.
L’ennemi, surpris, perdit pied, mais ce succès n’eut pas de lendemain et le terrain gagné fut perdu ensuite.

Les révolutionnaires décidèrent une grande attaque pour le 22 septembre de la même année.

La veille, les troupes d’assaut se mirent en marche dès 6 heures du soir. A la faveur de l’obscurité 5.000 hommes et 8 pièces de canon se groupèrent dans le vallon qui descend à Moniat ; 1.800 hommes, commandés par le baron de Cumptich et accompagnés de 4 canons se concentrèrent à Hastière-Lavaux.

A l’aube, les Patriotes passèrent le fleuve.
En face de Moniat, les Patriotes disposaient d’un pont ; ils avaient toujours conservé sur la rive droite une grande garde solidement retranchée, défendue par les batteries de la montagne et à l’abri de l’adversaire parce qu’elle était située au sommet d’une presqu’île, dans un angle mort par rapport au tir des canons ennemis.

La cavalerie passa à gué. Aussitôt arrivés sur la rive droite, les colonnes d’assaut emportèrent les premières pentes, surprenant les sentinelles autrichiennes, conquérant de haute lutte redoute après redoute. Un millier d’hommes - des Hennuyers, - se glissaient pendant ce temps au pied des rochers jusqu’au Colébi et montaient par ce ravin prenant bientôt les Autrichiens à revers. L’artillerie des Patriotes se mit alors en action ; les batteries autrichiennes répondirent, la bataille devint générale.

Pendant que l’attaque se développait favorablement sur la montagne d’Anseremme, le baron de Cumptich faisait franchir le fleuve à ses 1.800 hommes sur l’ancien pont de bois d’Hastiere réparé à la hâte à la faveur de la nuit et du brouillard.
A 6 heures du matin, ils gravissaient les pentes boisées d’Hastiere par-delà. Là aussi, les Autrichiens, fortement retranchés à Blaimont, se laissèrent surprendre. Mais bientôt ils se ressaisirent ; sous le feu des six pièces retranchées à Blaimont, les lignes d’infanterie durent se terrer. »

Tenus finalement en arrêt du côté de Blaimont, les Patriotes devaient aussi échouer du côté d’Anseremme. L’explosion d’un caisson, suivi d’une deuxième explosion, sema la panique parmi les jeunes troupes des révolutionnaires, qui se retirèrent en bon ordre, Plus tard, une nouvelle tentative n’eut pas plus de succès malgré la bravoure des troupes.

Un écrit de l’époque signale ceci : « Je suis passé le 22 mars 1791 à la Cense de Haut, à Falmignoul. Sur le chemin, on voyait encore des Patriotes mal enterrés. »

D’après le Comte Xavier CARTON DE WIART,

Extrait de « Sambre-et-Meuse Cercle des XV n° 6 décembre 1932

Michel M.E.HUBERT