Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

LE GRAND HOTEL DES POSTES A DINANT ETABLI SUR LE SITE DE L’ANCIEN CIMETIERE DE SAINT MEDARD

30 octobre 2008 - Michel HUBERT

Une demande récente sur notre groupe de discussion a montré qu’il n’était pas inutile de rappeler l’histoire assez prestigieuse de ce grand Hôtel de la cité mosane qui a participé pendant de longues années au succès de son tourisme.
J’ai eu la chance d’y passer de nombreux instants de mon enfance qui ne furent pas les plus désagréables.

1 Historique de l’ancien cimetière

Le dernier cimetière établi dans la ville se trouvait à St. Médard : il était appelé cimetière des Vigiles
L'ancien cimetière des Vigiles
.
Quand, au début de l’autre siècle, fut créé ce cimetière, le quartier St Médard était tout autre qu’il apparaît aujourd’hui.
L’importance défensive de St Médard•hors-les-murs, ainsi appelé parce qu’il se trouvait en dehors des murs d’enceinte de la ville, se révélait encore sous la forme de vestiges de puissants bastions, de portes historiques, de tours en ruines, qui disparurent, pour la plupart, lors de la construction de la ligne du chemin de fer en 1860 et avec lui l’aménagement de la nouvelle gare et la rue de la Station.

Le peintre Roffiaen, contemporain de Wiertz qui était en 1844, directeur de l’Académie de peinture de Dinant, a laissé de cette époque, un tableau à la sanguine d’une réelle beauté. Il représente le quartier S. Médard dans un cadre rustique : le vieux pont de pierres, l’église romane en ruines, les tours de l’octroi où bêtes et gens payaient un droit de passage le cimetière emmuraillé, la chapelle des Vigiles proche, une diligence enneigée sur le pont. Un très beau document bien coloré.(dont je n’ai reçu qu’une pauvre photocopie que je livre ici)

Le cimetière fut désaffecté le 26 juin 1849 et l’on inhuma alors à la Roche Colin, au Fond de Foqueu. (qui est encore aujourd’hui le cimetière principal de Dinant)
La petite histoire ne nous dit pas ce qu’on fit des pauvres restes de nos ancêtres dinantais mais certains de leurs os reparurent par la suite, comme on va le voir.

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L’ancien cimetière et Saint Médard

Sur une fort ancienne photo (de famille) qui complète admirablement le tableau précédent, on peut voir ce cimetière avec la rampe aval gauche du vieux pont de pierre, quelques maisons qui tiennent les coins du pont et d’autres maisons à droite qui font face à la gare : celle de droite aux nombreuses fenêtres appartint jadis à mon arrière-grand-père paternel Nestor HUBERT (1841-1893) , avocat-avoué puis, après son décès accidentel, à mon arrière-grand-père maternel,le notaire Alfraide LAURENT (1839-1900)qui ne connurent donc pas leur descendant commun.

2 L’hôtel des Postes

Le 21 septembre 1867, la ville fit vendre l’emplacement du vieux cimetière

En 1870, deux consorts, l’hôtelier Arnould Degraa (1837-1894) dont le lieu d’origine est incertain mais ne provient pas de Dinant, et son associé Gustave Lalieu, - le fondateur de l’industrie lainière à Dinant (voir mon article sur la Dinantaise ), qui s’étaient porté acquéreurs pour la somme de 28.000 francs, construisirent sur l’emplacement du cimetière des Vigiles à Saint-Médard une maison avec bâtiment et cour pour une superficie de12 ares 60 ca.

Il fit place, au lendemain de la guerre de 1870, à un hôtel qui s’intitula, dès la première construction « Hôtel des Postes »
En 1879, l’une des annexes est aménagée en institut otologique dirigé par le docteur Motte

Vers 1880, des masures contiguës furent abattues, ainsi qu’une auberge où on logeait à pied et à cheval, ce qui permit la construction de la tourelle du Grand Hôtel et le dégagement de la chaussée conduisant à la gare.
Agrandi en 1888, l’hôtel, conçu sur le modèle des établissements alpestres, possède deux étages avec balcons et une longue terrasse protégée par un auvent vitré. Il est flanqué
d’une élégante tour d’angle (arrangée en salons particuliers) surmontée d’un campanile doté d’un élégant bulbe mosan et compte cent lits répartis dans les divers appartements
L’ immeuble est complètement détruit et incendié lors des durs combats des 15 et 23 août 1914.
Evolution à travers les époques

Il fut reconstruit par l’architecte Edouard Frankinet, de Dinant, et l’entrepreneur J.E. Fontaine, de Gilly,
Lors de cette reconstruction qui allait aussi inclure des agrandissements, de nombreux ossements humains furent découverts en des endroits de l’emplacement où l’on n’avait pas creusé en 1870. Ils furent réenterrés au fond de Foqueu

3. Le Grand Hôtel des Postes


Le nouvel et impressionnant complexe immobilier (15 ares 5 ca) est inauguré le 19 juillet 1924.
Il devient le plus important hôtel de Dinant et porte désormais l’appellation de « Grand Hôtel des Postes » ; il appartient à le société anonyme « Les Grands Hôtels Meuse-Ardennes. »

Il emploie quarante personnes et est dirigé par Joseph Degraa (1814-1941) puis par la famille luxembourgeoise Joachim, dès octobre 1931.

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Quelques aspects de l’ hôtel

Ouvert toute l’année, rétablissement comprend une vaste salle à manger (plus de 100 couverts) et de nombreuses chambres - 60 jusqu’en 1929, 48 à 50 entre 1933 et 1939 -, des salles de bains-50 puis 33 en 1939-, un ascenseur, un salon de coiffure, un bar américain et un garage (50 places) avec une borne-essence.

En mai 1940, la plupart des chambres sont sérieusement endommagées suite à l’explosion du pont par le génie belge et les tirs d’artillerie allemands de devant la Collégiale vers Saint Médard .
L’ennemi réquisitionne les lieux et entreprend des transformations intérieures pour y installer les services de la Sipo et du S.D (Sicherheitsdienst) en août 1943

En septembre 1944 tout le quartier Saint Médard fut la proie des flammes lors de la fuite allemande et la destruction partielle du pont. Le Grand Hotel des Postes fut partiellement détruit et incendié.

Il fut de nouveau reconstruit peu après la guerre avec quelques différences structurelles dans l’aménagement et la création d’appartements pour usage de longue durée.

On peut remarquer des différences dans l’ornementation de la façade : la première dans l’entre deux-guerres (voir photo de 1924) et la seconde plus récente ci-dessous

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Quatrième version de 1945 à nos jours.

Après la guerre il appartenait toujours à la famille JOACHIM originaire du Grand Duché et apparentée à la Brasserie MOUSEL : Emile « le Grand » et ses deux sœurs Fanny (Mme Bossaert) et Madeleine (Mme Lespagne) dirigeaient l’ensemble avec talent et fermeté

Cette période vit le développement d’activités diverses de restauration : la taverne du Luxembourg qui faisait restaurant avec vue sur le pont , la collégiale et la citadelle ; les restaurants l’express et un snack bar qui encadraient la cour d’entrée du coté de la rue de la Station.

Encore une petite digression sur les morts de l’ancien cimetière : lors du forage, dans les années 1950, d’un puit, un carottage avait permis de remonter encore tout un lot d’ossements d’ancêtres dinantais , évènement dont, par hasard, j’avais été le témoin pendant mon enfance. .

A mesure des progrès automobiles le tourisme d’un jour fit peu à peu son apparition et le maintien d’hôtels à Dinant devint de moins en moins nécessaire et rentable.
L’âge aussi venant, les Joachim décidèrent de terminer leur activité hôtelière vers le début des années 1970

Lors de la cessation d’activite, le Grand Hôtel des Postes fut loti en appartements ou magasins, et vendu à de multiples propriétaires , tel qu’il se présente aujourd’hui

Sources :
Article de Grand Père : sous le Bulbe n° 48 16 12 1962.
Article de Michel Coleau (p 60) envoyé par Anne Roulin

La Belgique en guerre Dinant 1940/1945 de Jacques Olivier et Eddy Piot

Clichés coll. A. Roulin et M.Hubert

Michel M.E. HUBERT