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Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

LE FILS PRESTIGIEUX D’UNE GRANDE FAMILLE DINANTAISE : LE LIEUTENANT GENERAL COMTE JEAN DIEUDONNE LION . Première partie

19 décembre 2016 - Michel HUBERT

Lieutenant général comte LION
Cavalier de Sambre-et-Meuse
Première partie

« Il me faut un lion, avait dit l’Empereur, pour commander à ce régiment. »
Et ce régiment, c’était le IIe corps des Chasseurs à cheval de la Garde. Leur uniforme, que rappelait - avec la pelisse en moins - celui de nos guides avant 1914, est bien connu de ceux qui ont observé les tableaux de l’époque napoléonienne.
Ce régiment, c’est l’élite de la cavalerie. Napoléon en porte l’habit vert de petite tenue. Il en est le colonel honoraire. Le prince Eugène de Beauharnais, vice-roi d’Italie, en a été le chef

. « Pour un officier de cavalerie, a écrit Frédéric Masson, être admis aux Chasseurs de la Garde (1), même en perdant un grade bien acquis, c’est la plus haute récompense à souhaiter pour dix campagnes et vingt actions d’éclat. C’est entrer dans une classe à part, la plus élevée qui soit dans l’armée, non pas parce que le corps est chargé immédiatement et constamment de la garde de l’Empereur, mais parce que, quelle que soit la place qu’on y tienne, le simple fait d’en porter l’uniforme atteste un homme d’élite. Ici, la hiérarchie militaire est entendue d’une façon particulière. Le grade ne prouve pas la supériorité du courage mais de l’ ïntelligence et de l’instruction ; les simples chasseurs sont presque tous décorés, parfois de la Couronne de fer en même temps que de l’Aigle d’argent. Il y a des maréchaux-des-logis officiers de la Légion. Ils ont leur franc parler, même avec leur Empereur, à qui ils portent mieux que de l’admiration et du respect, une sorte de tendresse. »

En avril 1809, c’est dans un enfant du pays de l’Entre-Sambre-et-Meuse que l’Empereur discerne le « Lion » qu’il désire. De fait, il porte un nom prédestiné.
Jean-Dieudonné Lion, fils de Perpète-Joseph Lion et de Catherine Vierset, naquit à Morialmé, le 28 octobre 1771 (2). Le 10 septembre 1789, il entre au service de la France comme soldat au Régiment Royal Liégeois.
Fourrier le 1er janvier 1791, sergent le 1er avril 1792, il passe dans la cavalerie comme maréchal-des-logis au 20ème régiment des Chasseurs à cheval, y conquérant tous ses grades (3) : sous-lieutenant en 1794, lieutenant en 1796, capitaine en 1799, chef d’escadron le 8 mai 1807.
Le 30 mai 1807, Lion est désigné pour le 2me de Chasseurs à cheval, comme on disait alors, et, le 30 avril 1809, il est colonel du 14ème régiment de la même arme. C’est alors que l’Empereur le désigne comme major du fameux régiment des Chasseurs de la Garde avec rang de général de brigade (4). Il en conservera le commandement sous la Restauration et recevra même de Louis XVIII le grade de lieutenant-général, commandant le corps des Chasseurs à cheval de France.
Au début de 1815, les Chasseurs de la Garde ardemment attachés à Napoléon, ne cachent pas leur antipathie pour les Bourbons, et la situation est particulièrement délicate pour leur chef.
Malgré les complications politiques, Lion ne manquera de fidélité ni a l’Empereur, ni à Louis XVIII. Dans son dossier, on trouve la preuve que le gouvernement de la seconde Restauration fit ouvrir une enquête pour découvrir si Lion « a ou n’a pas sollicité la confirmation de sa nomination de lieutenantgénéral » par Napoléon après le retour de l’Ile d’Elbe. On n’y trouve pas de solution, mais il est certain que Lion fut confirmé dans le grade par Napoléon et qu’il participa à la Campagne des Cent Jours (5).
« Général, lui avait écrit le 9 juin 1815, le ministre de la Guerre, j’ai l’honneur de vous prévenir que l’intention de l’Empereur est que vous soyez employé à la suite des corps de cavalerie de l’Armée du Nord. Vous voudrez bien partir sur le champ en poste pour vous rendre à Laon où vous serez à la disposition de M. le Maréchal Grouchy. Vos lettres de service ont été envoyées à M. le Maréchal Duc de Dalmatie, Major Général. »
Après le désastre de Waterloo et la seconde abdication de Napoléon, le général Lion fut nommé commandant de la 2ème division milîtaire, le 25 juillet 1816, et inspecteur général de la cavalerie.
Ses campagnes, blessures, actions d’éclat et décorations méritent d’être citées telles qu’elles figurent à ses états de services (6)

CAMPAGNES :

1792, 1793, ans 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 et 9 aux armées des Ardennes, de Sambre et Meuse, de Rhin et Moselle. de Mayence, du Danube et du Rhin.
An 12, sur les côtes et au Camp de Brest.
An 13, au Camp de Brest et au Corps d’Irlande.
Partie de l’an 14, à l’armée du Nord.
1806, à l’armée de Batavie et à la Grande Armée.
1807, 1808, à la Grande Armée.
1809, armée d’Allemagne.
1812 et 1813, à la Grande Armée.
1814, en France.
1815, armée du Nord.

BLESSURES

Blessé de deux coups de feu, dont un à la main gauche et l’autre au ventre, le 7 juillet 1799, à la reprise d’Offenbourg.
Blessé d’un coup de sabre à la joue gauche, le 22 mai 1800, à la bataille d’Erback.
Blessé d’un coup de lance au bras gauche, le 8 février 1807, à la bataille d’Eylau.
Blessé d’un coup de boulet à la jambe gauche, à la bataille d’Essling.
Blessé d’un coup de feu à la tête, le 13 février 1814, à l’affaire de Vauchamp, et d’un autre à la main droite, à la même affaire.

ACTIONS D’ECLAT
 :
Le 24 août 1796, à l’affaire de F riedberg, il chargea l’ennemi (à la tête de la 3ème compagnie du 20ème Chasseurs) avec impétuosité et si à propos qu’il le débusqua de sa position, prit deux pièces de canon, et fit déposer les armes à un bataillon d’infanterie, qui fut fait prisonnier de guerre, ainsi que 20 hussards autrichiens.
Le 15 décembre 1796, à l’affaire de Mainbourg, à la tête de la même compagnie, après avoir essuyé le feu d’un bataillon, il s’empara de la hauteur qui dominait la ville, obligea ce bataillon à mettre bas les armes, prit un drapeau et deux pièces de canon.
Le 7 juillet 1799, à la reprise d’Offembourg, il chargea les hussards de Kaiser avec la Ière compagnie du 20ème Chasseurs, renouvelant trois fois ses attaques, en attendant du renfort, lequel étant arrivé, il se réunit à lui et culbuta l’ennemi.
Le 21 mai 1800, à l’affaire de Lophem , il soutint à la tête de sa compagnie, le choc de 200 dragons autrichiens qui avaient mis en fuite une compagnie du 13ème Dragons ; par cette contenance hardie et décidée, il sauva toute l’infanterie qui avait été envoyée en avant et qui aurait été prise sans cela.
Le 22 mai 1800, à la bataille d’Erback, il maintint, par une contenance ferme, les tirailleurs ennemis très nombreux, les empêchant de s’emparer du plateau d’où ils auraient découvert tous les mouvements de l’armée ; dans une charge, il en tua trois de sa main et fit prisonnier l’officier qui les commandait.
A l’affaire de Sessino, le 20 avril 1809, à la tête de la compagnie d’élite du 2ème Chasseurs à cheval, il prit deux batai1lons hongrois, rangés en bataille, les contraignit à mettre bas les armes au nombre de 3.000 et s’empara de deux drapeaux.

DECORATIONS

Chevalier de Saint-Louis, te 19 juillet 1814 -
Commandeur de Saint-Louis, le 20 août 1823 -
Membre de la Légion d’honneur, le 27 frimaire, an 12 -
Officier, le 29 avril 1809 -
Commandeur, le 27 février 1809 -
Grand Officier, le 1er mai 1821 _
Grand’Croix, le 23 mai 1825 -
Baron de l’Empire, le 15 août 1809 -
Comte, le ...
Placé dans le cadre de réserve de l’Etat-Major Général en 1839, il mourut à Châlons-sur-Marne, le 8 août 1840.
Brave soldat et soldat loyal, à une époque où l’un après l’autre s’écroulaient les régimes, où les sentiments intimes de tant de braves furent terriblement éprouvés, Lion avait tour à tour servi Louis XVI, la République, le Consulat, l’Empire, Louis XVIII, Charles X, et Louis-Philippe.
Héroïque sur le champ de bataille, il sut éviter les chausse-trapes de la politique et jamais sa loyauté ne fut mise en défaut par les Gouvernements qui se succédèrent en France.

(1) Le lieutenant Lagaune, de Philippeville, fut porte-aigle des Chasseurs de la Garde, voir notre étude : 1814-1830, p. 48. (Duculot, Gembloux.)
(2) L’extrait de baptême, rédigé en latin et signé du curé de Morialmése trouve dans le dossier du général Lion, aux Archives de la Guerre, à Paris. Son père mourut à Morialmé, le 29 mars 1774 .Il était né à Dinant, le 18 février 1728. de Charles Lion et de Agnès Frahen (sic).
Charles Lion était le parent de Pierre-Joseph Lion, célèbre peintre d’histoire, de paysage et de portrait, né à Dinant le 7 mai 1729, fils du notaire Henri Lion et de Adelaïde Golinvaux (voir l’ëtude de M. V. Delirnoy, parue dans le n ? 3, 1re série, de Sambre• et-Meuse).
Aux Lion se rattachent les importantes familles dinantaises Laurent et Himmer-Laurent.
(3) A la Compagnie d’élite du 20me Chasseurs, appartenait le lieutenant Dupont d’Ahérée, originaire de Dinant, grièvement blessé à Eylau, que nous aurons l’occasion de faire connaître.
(4) Les colonels de la Garde avaient le rang des généraux.
(5) Il n’était pas une exception. Beaucoup de Belges étaient encore au service de la France en 1815. Citons entre autres le lieutenant-colonel de Ticken de Terhove, des lanciers de la Garde, le chef d’escadron de Fourneaux de Cruquenbourg, attaché au Grand Quartier impérial, le capitaine d’état-major Brialmont, le capitaine Dupont de l’artillerie, le lieutenant Dorez, ancien porte-aigle du 112ème, le capitaine Delplanque, aide de camp du général comte Pajol, le capitaine Borrernans, du 75ème, pour ne citer que ceux-là qui devinrent généraux au service de la Belgique indépendante. Pour le pays de Namur, nous citerons les officiers suivants , Boucher (Philippe-Joseph), Grandfils, les frères Gadenne (Jean et Jacques), Jenot, Wasseige, de la Fontaine et Charlier, de Namur, Lefebvre de Chastret, Beaufort d’Andenne, Winand de Wellin, Ragondet de Frasnes-lez-Couvin, et Lagaune, de Philippeville, dont nous avons pu retrouver les traces.
(6) D’après les .documents conservés aux Archives administratives de la Guerre,

D’après le major H. COUVREUR
Extrait de « Sambre et Meuse » Cercle des XV 5ème année. 2ème série n° 3 pp16-20 . Juin 1934

Généalogie ici : http://gw4.geneanet.org/index.php3?b=michubert&lang=fr ;pz=maxine+marie+francoise+cicercule ;nz=coton ;ocz=0 ;p=jean+dieudonne ;n=lion

Michel M.E. HUBERT