Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

LE DUC DE CUMBERLAND A DINANT.

27 février 2010 - Jean CULOT

La guerre de succession d’Autriche éveille encore en vous certains souvenirs, j’imagine. Les Dinantais, qui n’avaient d’ailleurs rien à voir dans ce conflit européen, se souviendraient longtemps de ces jours de septembre 1747 où leur cité fut menacée de ruine par le duc anglais.

Je laisse la parole aux contemporains.

Pour l’Histoire des Pays-Bas, en général, nous relirons les « Délices des Pays-Bas »


Le premier auteur : “Jean-Baptiste Christyn, célèbre jurisconsulte, très versé dans la connoissance des XVII Provinces-Belgiques, qui mourut chancelier de Brabant en 1690, en donna d’abord un essai en un très petit volume sous le Titre « Les Délices des Pays-Bas » “.
Il y eut plusieurs éditions et l’on s’efforça chaque fois de “ marquer les époques des divers changements qui sont arrivés dans les XVII Provinces des Pays-Bas, où ils ont été plus grands & plus fréquents que dans toutes les autres Contrées d’Europe”.
La guerre de succession d’Autriche fut relatée, sans entrer dans les détails, dans la septième édition “revue, corrigée, & considérablement augmentée de remarques curieuses et intéressantes”
Si je mets des o, là où il faudrait des a, c’est que je recopie les “Délices”.

L’histoire particulière de cette guerre, dans nos contrées, fut racontée in « Mémoires sur les campagnes des Pays-Bas en 1745, 1746 et 1747 » par Arnold Herman Ludwig Heeren., professeur d’Histoire à Goettinge, publié en 1805.
Nous ne retracerons pas les événements, mais le professeur Heeren donne d’intéressants détails sur la personnalité et la réputation du duc de Cumberland.

Les efforts des Dinantais pour s’acquitter de la contribution sont relatés dans un acte du notaire et commissaire Pierre de Saint Hubert en 1747.Fonds Notariat des Archives de l’Etat à Namur, liasse 1989.

Enfin, le curé de Leignon sera le mémorialiste de cette guerre européenne, vue par les gens d’ici. Un témoin vraiment étonnant !
Donc, d’abord, l’Histoire.
En 1700, les Habsbourg régnaient sur l’Espagne, sur l’Autriche-Hongrie et étaient les souverains naturels des Pays-Bas. Mais en automne de cette année, le dernier Habsbourg d’Espagne mourait sans héritiers.
Une rapide plongée dans l’Histoire ? Allons-y !
Nos provinces (sauf Liège, bien entendu) : comté de Flandre, duché de Brabant, etc... sont sous un même souverain depuis les ducs de Bourgogne, mais gardent leurs états généraux, leur nationalité brabançonne, namuroise..., leurs coutumes etc... ..
La dernière duchesse de Bourgogne épousa Maximilien d’Autriche. Ils eurent deux enfants : Marguerite et Philippe dit le Beau. Celui-ci, émancipé à 16 ans, devenait le nouveau souverain de nos Provinces. Il épousa Jeanne, fille de Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille et fut le père de Marie, Charles et Ferdinand. Après une série de décès en Espagne, Philippe le Beau recueillit le prestigieux héritage espagnol.
Mais, il mourut jeune. À 15 ans, Charles, devenait roi d’Espagne et souverain de nos Pays. L’Autriche alla à son frère Ferdinand. Charles fut Charles I en Espagne, mais après son élection au Saint Empire Romain Germanique devint Charles V ou Charles-Quint. Après lui, quatre rois se succédèrent en Espagne : Philippe II, III et IV et le malheureux dernier, Charles II. Inutile de dire que nos souverains naturels, aspirés par l’Espagne, régnaient sur nos Pays-Bas par gouverneur ou gouvernante interposés. En France, pendant tout ce temps, il n’y eut qu’un seul monarque : Louis XIV qui épousa Marie-Thérèse, la fille de Philippe II. Louis XIV faisait la guerre, pratiquement à toute l’Europe depuis la mort de son beau-père. “ Pour les droits de sa femme”. Cela se passait généralement chez nous
Ah oui, n’oublions pas : “Les XVII Provinces-Belgiques” de Jean-Baptiste Christyn n’étaient plus depuis Philippe II. Le Nord devint calviniste et indépendant sous le nom de Provinces-Unies, tandis que le Sud gardait le nom de Pays-Bas. Il restait catholique et sujet des rois d’Espagne. Nos livres d’histoire parlent de la « période espagnole » comme si nous avions été colonisés, alors que c’est notre Philippe le Beau et notre Charles-Quint et les suivants qui ont été « espagnolisés », si vous me passez cette expression.

Nous voilà de retour après ce rapide retour dans le temps, juste à temps pour recueillir le dernier soupir de l’arrière arrière-petit-fils de Charles-Quint.
“ Charles II, Roi d’Espagne, mourut à Madrid le premier novembre 1700, âgé de 39 ans, sans laisser aucune postérité.Il avoit nommé, par son testament du 2 octobre 1700, & par codicille, signé le 5 suivant, Philippe de France, Duc d’Anjou, second fils du Dauphin, & et petit-fils de Louis XIV, pour successeur de tous ses Etats”.
Stupeur en Europe ! L’Espagne passait pratiquement à Louis XIV.
L’empereur Léopold I, Guillaume III, roi d’Angleterre, mais Prince d’Orange, et les Etats-Généraux des Provinces-Unies s’allièrent contre la France et l’Espagne.
La guerre devint générale en Italie, chez nous et même en Espagne.
Enfin, “ La guerre, dont l’Europe avait été désolée pendant douze années, fut enfin terminée par la paix conclue à Utrecht le 11 avril 1713, entre la France, l’Espagne, l’Angleterre, le Portugal, la Prusse, les Etats-Généraux & la Savoie, En vertu de cette paix, le Roi Philippe resta sur le trône d’Espagne, le duc de Savoie devint Roi de Sicile & la France remit aux Etats-Généraux, dans les Pays-Bas espagnols (c’est-à-dire chez nous), Ypres, Namur, Furnes, Charleroi & Luxembourg afin que ces villes leur servissent de Barrière & qu’ils le remissent ensuite à l’Empereur Charles VI.”
Cela veut dire que les Pays-Bas étaient attribués à Charles de Habsbourg, couronné empereur sous le nom de Charles VI. Mais, les Hollandais tiendraient garnison dans ces villes faisant ainsi barrière contre la France. C’était assez humiliant pour nous et pour Charles VI
L’attention se porta ensuite vers d’autres régions d’Europe, mais aux Pays-Bas, ça va mieux.

Charles VI est inquiet pour sa succession. On le comprend, il n’a que des filles !
Nous sommes en 1723. Lisons “Les Délices” : “l’empereur Charles V1, avoit fait une Pragmatique Sanction, par laquelle il régloit la succession de ses Etats héréditaires, au cas qu’il n’eût point d’enfants mâles ses filles devoient recueillir toute sa succession, en suivant l’ordre de la primogéniture”.
Bon, nul n’émet d’objections. On a la paix depuis quelques années. On se bat bien en Pologne pour une autre succession. Là, le trône est électif. Comme toujours, en pareil cas, les Grands ne s’accordent pas sur le candidat à soutenir. “ Comme on n’envisage ici l’Histoire, qu’autant qu’elle a un rapport direct avec les Pays-Bas, on n’entrera dans aucun détail sur ce qui se passa en Italie & en Allemagne pendant les années 1734 & 1735.”
C’est bien dit.
L’empereur espère que sa Pragmatique Sanction sera bien accueillie le moment voulu. En 1736, il marie sa fille Marie-Thérèse au Prince de Lorraine, Grand-Duc de Toscane. Il eut encore à lutter contre les Turcs avant de mourir à 55 ans, le 20 octobre 1740.
“ A peine ce Prince eut-il les yeux fermés, qu’il s’éleva de tous côtés des difficultés contre cette Sanction.”
Le roi de Prusse entra en Silésie. Puis, notre gouvernante, Marie-Élisabeth, soeur de Charles VI, mourut au château de Mariemont en 1741, “ universellement regrettée des Peuples qu’elle avoit gouvernés pendant seize ans avec beaucoup de sagesse et de douceur”.
Marie-Thérèse envoie son beau-frère Charles de Lorraine pour succéder à sa tante, “alors qu’elle étoit sur le point de perdre tous ses Etats en Allemagne”. Vienne était assiégée.
Mais, la chance tourna.
“ Georges II, Roi de la Grande-Bretagne, fit passer dans les Pays-Bas, un corps de 16.000 Anglois... pour soutenir la Reine de Hongrie...il envoya encore dans les Pays-Bas 16.000 hommes de ses troupes Hanovriennes (Georges III était auparavant Électeur de Hanovre) & 6.000 Hessois qui étoient à la solde de l’Angleterre. La Reine, de son côté, fit passer en Flandres un corps de 8000 Autrichiens. La Reine de Hongrie avoit tant d’ennemis sur les bras, que la bonne politique exigeoit qu’elle travaillât à en réduire le nombre”.
Elle fit la paix à Breslau avec Frédéric de Prusse qui garda la Silésie. “Jusques-là, le Roi de France avoit secouru les ennemis de la Reine de Hongrie sans lui déclarer la guerre. Cette déclaration, si longtemps différée, parut enfin au mois d’Avril 1744 ; et ce Monarque fit déclarer par son Ambassadeur à La Haye, qu’il attaqueroit les Pays-Bas”. Notre gouverneur, Charles de Lorraine battit les Français en Alsace, mais fut obligé de retourner en Autriche car le Roi de Prusse” sans égard à la Paix de Breslau, attaqua la Bohême.”
La guerre reflua chez nous. Les Alliés furent battus à Fontenoy par les Français, le 11 mai 1745.
“Il n’y eut proprement que les troupes Angloises qui chargèrent l’Ennemi, sous les ordres du duc de Cumberland, second fils du Roi d’Angleterre, à combattre”.
La Reine fit un second traité avec le roi de Prusse, fort semblable au premier en décembre 1745. Au début 1746, le maréchal de Saxe prit Bruxelles.
“Le Roi Louis XV fit son entrée publique à Bruxelles, le 4 mai suivant ; S.M. logea à l’Hôtel d’Egmont, qui est présentement l’Hôtel d’Aremberg”. Puis les Français s’emparèrent de toute la Flandre Hollandoise. En 1747, le maréchal de Saxe battit les Alliés près de Tongres. Il prit ensuite Bergen-op-Zoom le 16 septembre. En 1748, les Français assiégèrent Maestricht. Mais toutes les Puissances intéressées signèrent la paix à Aix-la-Chapelle le 16 septembre 1748. Louis XV rendit toutes ses conquêtes.En somme, tout le monde s’était battu pour le roi de Prusse, seul bénéficiaire du conflit.
C‘était la guerre de succession d’Autriche. Vous avez noté le nom du duc de Cumberland ?

Le duc de Cumberland.

Il est le sixième enfant et le troisième fils du roi George II de Grande-Bretagne.
Vous vous souvenez qu’il s’est fait battre à Fontenoy par le Maréchal de Saxe, le 11 mai 1745. « Les Délices » semblent louer la vaillance du Duc qui aurait été mal secondé par les Hollandais. Mais, Arnold Heeren est beaucoup plus nuancé. « Pour décider de la journée, le duc de Cumberland n’avait qu’à se rappeler qu’il avait en réserve 50 escadrons d’excellente cavalerie ; mais un charme sembloit voir fasciné ses yeux ».
Après Fontenoy, il est rappelé en Angleterre pour mater l’insurrection du Prince Charles-Edouard Stuart. Il l‘écrasa à la bataille de Culloden en avril 1746. Il traita les vaincus avec une sévérité telle qu’elle lui valut le surnom de boucher de Culloden .D’après Wikipédia.
.Si l’on lit bien l’auteur des « Mémoires sur les campagnes des Pays-Bas en 1745, 1746 et 1747 » on pourrait appliquer au duc de Cumberland, les traits de caractère suivants : bravoure, arrogance, impétuosité et sans grande compassion.
Que fait-il après Culloden ? Il revient en Flandres en fin de 1746, se fait battre à Bergen op Zoom. Mais, on n’en sait pas beaucoup plus. Était-il à la bataille de Lawfelt « qui se donna le 2 juillet 1747 près de Tongres » et fut une nouvelle victoire du Maréchal de Saxe. Peut-être bien. Mais il était dans les environs de Dinant le 1er septembre 1747. Il exige 64.789 rations et demy pour le dix du mois. Pointilleux, ce Cumberland. Des milliers de rations « et demy » !

Un impôt de guerre de cet ordre, est-ce beaucoup ?
Selon Arnold Heeren, c’est dérisoire. Les troupes Autrichiennes couraient au secours de Bruxelles, en avril 1746, et furent arrêtées par manque de rations. « On aura de la peine à croire que faute de 10.000 florins, ces troupes se virent arrêtées dans leur route ; il fallut que le Prince de Waldeck interposât son crédit pour faire trouver cette chétive somme au général Boronay qui les conduisait ».
Chétive somme ? Les Dinantais parurent trouver que la somme n’était point si chétive. Peut-être aussi avaient-ils entendu parler de Culloden.

Le notaire Pierre de Saint Hubert

se fait le greffier de” Messieurs les Bourguemaîtres, Messieurs du Magistrat et députez des corps comportant la généralité de cette ville spécialement assemblez par...”
Les Corps rechignent ( Les Corps, ce sont la partie bourgeoise ; les Batteurs et les Neuf métiers )

Les Bourguemaîtres et les Messieurs du Magistrat se font pressants.
“ Messieurs, ayant vu le recès (sorte de procés verbal des conventions faites) de trois corps assemblés spécialement le jour d’hier et trouvant le dit recès ne s’accorder, vous les sont communiqués pour que vous ayez à convenir de les rendre conforme en authorisant vos députés de pouvoir conclure conjunctement avec messieurs du Magistrat sans aucun report ni renvoi ultérieurs attendu le pressant besoin et vos délays et oppositions pouvant occasionner des facheuses suites desquels vous seriez responsable et à ce sujet que les trois corps seront rassemblés dimanche prochain aux sept heures du matin.”
“ Messieurs les bourguemaitres, magistrats et députés des Corps vous communiqueront une lettre reçue aujourd’huy de son excellence le comte de Mercy par où vous recognoitrez qu’il ne vous est accordé pour tout délay que jusqu’au dix du présent mois pour fournir aux demandes que l’on nous faits.. Le terme estant extrêmement court, il est d’une nécessité absolue de convenir des moyens d’y pourvoir et cela pour éviter une ruine totale de cette ville et faubourgs”

Le texte fait un peu charabia, mais, on comprend que les trois Corps sont priés d’aviser sans tarder.

Messieurs de la partie bourgeoise “sont d’avis qu’il faudra prendre à intérêt au moindre qu’il se pourra la somme nécessaire pour fournir à la ditte demande authorisant et consentent en conséquence à ce que Messieurs du Magistrat ou leurs députés puissent obliger pour sureté de celuy ou celle qui fourniront la ditte somme tant nos biens communaux que ceux de tous les habitants de cette ville et jurisdiction solidairement les uns pour les autres à l’entier apaisement de ceux ou celles qui compteront la ditte somme avec promesse d’avoir pour agréable ferme et stable ce qui sera géré et négocié en ce regard”

Les Batteurs et les Neuf métiers dirent la même chose.
Ils en convinrent donc tous. En fait, ils étaient d’accord pour trouver une solution, la moins onéreuse possible. C’était du style “Il n’y a qu’à “.

Il restait à trouver le négociateur et le prêteur et rédiger les conditions de l’acte de prêt.

“Nous, bourguemaitre et magistrat de la ville de Dinant pour satisfaire aux demandes nous faites des rations de part de SAR Le Duc de Cumberland et ensuite des recès unanimes des trois corps composant la généralité de cette ville en datte du trois du courant par quoi ils consentent à la levée de la somme qu’il sera nécessaire pour fournir aux dittes demandes, avons député, comme par les présentes nous députons, Monsieur André de Halloy ancien bourguemestre de cette ville à effet de prendre au moindre intérest que faire se pourra la somme de dix mille florins bbant (Brabant)Liège du Seigneur abbé du Monastère de Leffe, authorisant ledit Sieur constitué de passer tout acte de constitution de rente à cet égard et d’obliger à cet effet tant nos impôts ordinaires qu’extraordinaires que nos personnes et généralités et spécialité de tous nos biens de toute nature et situation solidairement les uns pour les autres et un seul pour le tout”

Le prêt fut consenti.
“Nous bourguemaitre et magistrat authorisé des trois corps composant la généralité de cette ville ... avons reçu aujourd’hui du Révérendissime abbé du Monastère de Leffe la somme de dix mille florins bbant Liège promettant de luy en passer acte à sa première réquisition et volonté, fait à Dinant le 18 septembre 1747”

La « chétive somme » était prêtée par l’abbaye de Leffe.

Et maintenant écoutons le curé de Leignon

Ce village est une enclave du comté de Namur en principauté de Liège, situé à 4 km de Ciney et une petite vingtaine de km de Dinant. Il est à Marie-Thérèse. Il me semble que je connais bien le curé Ghilain Collin. Quand j’étais petit garçon, à Leignon, notre curé d’alors, commençait toujours la recommandation des défunts de la Toussaint par : Messieurs las anciens curés.... dont Collin ...
Voici ce qu’il écrivit dans son registre paroissial. C’est vraiment étonnant.

“ Par la mort de l’Empereur Charles Six, la guerre a été presque universelle. Les Princes qui avoient signé la Pragmatique Sanction s’éludèrent, disant qu’ils ne pouvoient garantir la succession à la fille aînée de l’Empereur au préjudice d’un tierce qui étoit, entre autres, l’Electeur de Bavière qui fut élu empereur et appelé Charles VII. Mais, dans le temps de la cérémonie à Francfort, il étoit dépouillé de ses Etats par les Autrichiens. La France, le Roy de Prusse et l’Electeur de Saxe, Roy de Pologne, s’étoient déclarés contre la Reyne de Hongrie, fille aînée de Charles Six. La Bohême fut prise et la Silésie par le Roy de Prusse....
La guerre ensuite est devenue plus sanglante. Les Anglois, le Roy de Sardagne et les Hollandois se déclarèrent pour la Reyne. Une partie de l’Italie et la Savoie fut prise par les François et les Espagnols et ensuite reprise par les Autrichiens et le Roy de Sardagne qui à leur tour voulurent aller en France. Mais la révolution de Gênes qui alors étoit au pouvoir de la Reyne empêcha l’exécution. Les François délivrèrent Gênes.
Les Pays-Bas furent attaqués par les François et ayant emporté une victoire à Fontenoy, Tournai fut prise et les villes emportées sans grand résistement, même Namur, Mastrik et Bergen Som. Mais les Anglois ayant tous les avantages sur mer et ayant pris le cap breton en Amérique ; les Russiens qui étoient en Pologne venant au secours, la paix sera faite après avoir ruiné tous les pays sans épargner le pays de Liège. La paix rendue et toutes les conquettes de pert et d’autre à l’exception de la Silésie pour le Roy de Prusse ; Parme et Plaisance pour Dom Philippe.
Nos communes ont beaucoup souffert car même pendant Louys 14, les tailles, contributions et rations n’ont été si exhaussées. Je paie ici 82 ? florins de tailles. L’Etat secondaire(1) n’est point entré dans les rations, il y eut à ce sujet de grandes contestations. Le résultat de la rivalité de l’Etat primaire et secondaire ? En l’an 1762 on paioit encore les frais de la guerre. Je payois 50 fl ainsi dit d’augmentation et trois fl de rente pour avoir fait amortir les anniversaires des trois derniers prédécesseurs et un demy bonnier et un journal que j’avois encore donné pour les frais de cette expédition.
G. Collin, curé ici à Leignon

L’an 1768, nous paions encore la guerre.

(1). Selon Galliot « Histoire générale, ecclésiatique et civile de la ville et province de Namur. » 1788. Volume II, page 323
Les états du pays sont comme partout ailleurs, formés de trois ordres de la province ; le clergé est le premier. Il est distingué en clergé primaire & secondaire. Le primaire est composé de l’évêque en qualité d’abbé de Saint-Gérard, autrefois Brogne, de Waussors, de Grand-Prez, de Moulin, de Boneffe, du Jardinet, de Géronsart et des prévôts des églises collégiales de Sclayn & de Walcourt.
L’évêque, le doyen de l’église cathédrale, l’archidiacre de Namur et le doyen de la collégiale de Notre-Dame de cette ville, forment le clergé secondaire. ... L’un et l’autre clergé jouit du privilège de ne payer qu’un dixième des subsides ordinaires & extraordinaires.

Quel témoignage, n’est-ce-pas ? Un curé de village qui sait ce qui se passe dans le monde et le confie à son registre. Avec résignation « c’est ainsi, à notre époque, semble-t-il dire » Résignation, sous laquelle pointe l’amertume. C’est ainsi que sont les choses, soit, mais les privilèges du haut clergé s’admettent difficilement.
Jean Culot