Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

LE CHATEAU DE WALZIN

19 juillet 2008 - Michel HUBERT

Nombre de touristes qui ont fait quelque fois la descente de la Lesse ont certainement gardé en mémoire la majesté du site de Walzin.
La falaise grise et sombre plongeant dans les eaux tumultueuses puis étales de la Lesse, qu’on longe dans un frêle esquif, avant d’aborder le barrage du même nom, reste très impressionnante dans mes souvenirs d’enfance, surtout quand de bonnes âmes vous disaient que vous naviguiez sur un gouffre où de nombreuses personnes s’étaient noyées, ce qui n’enlevait quand même rien au charme de cette belle journée de navigation.

Voici en quels termes De Cloedt, dans ses « Voyages pittoresques aux Pays-Bas », parle du château de Walzin (en 1824) :

Non loin du confluent de la Lesse avec la Meuse, sur la rive droite de l’une et de l’autre rivière, à une lieue de Dinant, s’élève perpendiculairement sur les eaux de la Lesse un rocher immense, entouré d’une large ceinture de lierre, et dont les nombreuses crevasses laissent échapper assez de verdure, pour servir de retraite à une foule d’oiseaux. C’ est sur la crête de ce roc inaccessible qu’est bâti le château de Walzin, dans le site le plus sauvage et le plus pittoresque de toute la province de Namur, et peut-être du royaume entier.

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Ancienne gravure du Chateau de Walzin (coll. M.Hubert)

Deux chemins conduisent à ce château. L’un pour les piétons est aisé et commode ; il traverse le plateau qui domine la ville et la citadelle de Dinant. L’autre, qu’on ne parcourt guère qu’à cheval ou en voiture, est rocailleux, resserré et difficile ; il longe le lit de la Lesse, qu’il traverse deux fois. Les bords arides et sauvages de cette rivière contenue dans un lit étroit, roulant sur d’énormes cailloux ses ondes écumantes et rapides, qui, de distance en distance, viennent se briser avec fracas contre une masse de rochers, dont elles cherchent à miner les fondements, voilà le prélude, qui prépare l’imagination au site extraordinaire qu’elle va contempler.

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Le chateau sur son piton rocheux

A mesure qu’on approche du château, le chemin devient plus uni, les rochers disparaissent, ou se cachent sous les sommets touffus des chênes qui couvrent les flancs des collines, la rivière devient plus calme et laisse couler avec plus de lenteur ses flots apaisés, on n’entend plus qu’un bruit sourd et lointain, semblable au bruissement des vagues de la mer ; quelques tourelles percent au loin entre le feuillage des arbres ;.... c’est Walzin.

Quelle surprise !L’imagination exaltée s’attendait au coup d’œil le plus gracieux, et n’aperçoit qu’une habitation ordinaire. Le découragement succède à la surprise, et le voyageur commence à regretter des peines et des fatigues dont il espérait un meilleur résultat.

Au milieu de ces idées décourageantes on se détourne un peu sur la gauche, le château se cache de nouveau, et l’on arrive au pied de la Lesse. Mais là, quel tableau ! Ce modeste château, qui, d’abord ressemblait à l’humble retraite d’un cultivateur, prend tout à coup l’attitude imposante d’une forteresse redoutable. Immobile et muet d’étonnement, le voyageur jouit délicieusement du charme inappréciable de cette vue subite et inattendue. En effet, qu’y a-t-il de comparable à la douceur de ces émotions promptes qui s’emparent rapidement de l’imagination, déçue d’abord de ses espérances et satisfaite ensuite au-delà même de ce qu’elle attendait.

Le château de Walzin qui, de ce côté, est assis sur la pointe d’un rocher suspendu au-dessus de la rivière, a quelque chose d’aérien, et semble élevé par la main des fées. Sa petitesse même contribue à le rendre singulier, en faisant ressortir davantage la grandeur des œuvres de la nature. Comparé au roc qui lui sert de base, c’est un pygmée sur les épaules d’un géant.

Au-dessous du château, une cascade étourdissante, et dont la nature a fait tous les frais, ajoute à l’horreur de ces lieux solitaires, exalte l’imagination, et menace d’entraîner sur la tête du voyageur téméraire, ces masses gigantesques dont il ose affronter les regards. Comment décrire l’élan qu’impriment à la pensée ces beautés mâles et majestueuses, qu’on ne se lasse pas d’admirer ! D’un côté c’est un immense rocher surmonté de ruines, témoins de la faiblesse et de la fragilité des ouvrages de l’homme ; de l’autre c’est un château antique, luttant contre la faulx du temps dont les progrès sont visibles ; il domine fastueusement sur ces plaines sauvages, et brave depuis des siècles tous les efforts des enfants d’Eole déchaînés contre lui ; et comme si la nature eut voulu rendre parfaite l’illusion magique de ce tableau, elle s’est plue à y encadrer une prairie charmante, dont la molle verdure contraste agréablement avec la rudesse et l’âpre nudité des rochers d’alentour, qui paraissent n’avoir été placés là que pour garantir cet asile de paix contre la fureur des tempêtes et des ouragans.

Extrait de Sambre et Meuse n° 1 juin 1933

« L’énorme rocher à pic sur lequel Walzin est bâti, se dresse tout à coup, surplombant la rivière, rongé par l’eau, rugueux, crevassé, troué comme une éponge. La Lesse forme un gouffre profond, à la surface tranquille, au pied de ce mur naturel... »

Jean D’Ardenne - 1894

Historique

Le château de Walzin est, perché sur un piton rocheux surplombant à pic un méandre de la Lesse. A l’origine, sa fonction n’était que défensive et le choix du lieu avait une réelle importance, car elle commandait les deux voies d’accès vers Dinant :
- d’abord le cours de la Lesse où l’on pouvait passer à gué,
- ensuite, le chemin du Fond des Vaulx, seule communication vers Falmagne et la France.

Il existait probablement un petit site fortifié au XIII ème siècle dépendant de la famille de Kefreyn.

On cite au XIV ème siècle les Sires de Walzin (ou Valsein). Wautier de Walzin mourut en 1385
Sa fille Marie de Walzin épousa Gilles de Kemexhe

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Le Chateau devant la Lesse

Le château eut à subir de nombreux sièges destructeurs car les châtelains de Walzin étaient suzerains des princes-évêques de Liège et ils furent impliqués dans les incessants conflits qui opposèrent ceux-ci à Philippe le Bon mais aussi à Maximilien d’Autriche. Cela amena une première vague de destructions qui se poursuivit lors des guerres entre Charles Quint et Henri II de France.

Il fut détruit plusieurs fois : en 1466 par l’armée française ,en 1489 par l’armée autrichienne et en 1554 par le Duc de Nevers pour le compte du Roi Henri II de France,. qui l’incendia et le détruisit. De cette époque, seule subsiste la tour donjon de gauche.

Catherine d’Yves , épouse de Thierry III de Brandebourg, devint propriétaire des ruines du château en 1666 et mourut peu après.

Il fut reconstruit en 1581 par sa bru Adrienne de Berlaymont, veuve de Jean de Brandebourg, son fils.

Les parties les plus anciennes du château (considérablement remanié aux XIXe et XXe siècles) ne semblent pas antérieures aux XVe-XVIe siècles. Une tour massive (datant du XVe ou du début XVIe siècle), terminant l’aile Est, doit être considérée comme étant la « tour maîtresse » du site.

Elle fut construite en un seul tenant pour l’artillerie et vraisemblablement isolée à l’origine ; ses murs ont une épaisseur de 2m50 au premier niveau. Localisé dans l’aile Sud, le donjon quadrangulaire devrait remonter au XVIe siècle et ne constitue qu’un corps de logis.

Endommagé en 1743, le château eut encore à subir des dommages fort graves perpétrés en 1793 par les armées révolutionnaires françaises.

Il subit trois restaurations du début du XIXe siècle, de 1881 et de 1930

Propriété du dernier marquis d’Yves qui mourut au début du XIXème, sa nièce, comtesse d’Hamal , en hérita et le vendit à Frédéric Brugmann en 1850.

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Vue intérieure du château

Son fils Ernest le fit transformer en style flamand de 1881 à 1887. C’est le baron Frédéric Brugmann qui en hérita en 1927 et qui, avec l’architecte Flaneau, lui rendit son style du XVe siècle au cours des années 30 .

Aujourd’hui, le château appartient à la famille du Baron de Ratzitzky d’Ostrowick, époux de Mireille Brugmann.

Clichés coll.M.Hubert

Michel M.E.HUBERT