Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

LE CHATEAU DE MONTAIGLE (COMPLEMENTS)

11 septembre 2007 - Michel HUBERT

Comme complément à l’article de Georges DEGAUDINNE et Nicole HOUBION j’ai retrouvé trois articles des années 1930, 1934 et 1937 que je livre ici ; il sera intéressant pour le lecteur de comparer les diverses versions en ne perdant pas de vue l’ancienneté de mes documents qui fleurent bon l’écriture des années 30.

LE CHATEAU DE MONTAIGLE.

En suivant le cours pittoresque de la Molignée, l’on arrive devant un rocher isolé que couronnent, à son sommet, les importantes ruines de Montaigle (1)
Ces ruines, mieux connues des touristes que celles de Fagnolle, ont été célébrées par Alfred Nicolas :

« Montaigle ! Vieux donjon battu par tant d’orages

Où le fer moissonna tant de guerriers divers

Salut ! Je viens m’asseoir sur tes débris sauvages.

Et remontant le noir torrent des âges

A tes longs souvenirs attacher quelques vers. »

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Chateau de Montaigle (coll. M Hubert)

Elevé sous la féodalité , mais à la veille du jour où les progrès de l’artillerie allaient lui donner les derniers grands coups, le château de Montaigle n’a rien du belliqueux château féodal. Construit pour protéger les faibles, jamais il ne fut oppresseur, et si son nom passe inaperçu dans l’histoire, à ce titre gardons-lui au moins un Souvenir. Le temps, et, plus encore, les hommes, ont exercé leur lente mais destructive action sur ces ruines. Carrière ouverte, les paysans voisins venaient y puiser, sans qu’une voix s’éleva pour les arrêter ; heureusement, elles furent acquises vers 1850 par le comte de Beaufort et, dès lors, elles étaient sauvées. Elles appartiennent maintenant à M del Marmol (Ndlr:article de 1930)

Acheter des ruines pour les conserver, est un fait qui pourra faire sourire à notre époque, toute préoccupée d’intérêts matériels.

Et cependant, c’est ce qui se produisit également pour Fagnolle et pour Hauteroche, celles-ci sauvées grâce à M. Edmond Baugnies, qui les racheta de la famille d’Arenberg (2),

Grâce à ces généreuses interventions, ceux qui aiment le passé de leur pays pourront encore continuer longtemps leur pélerinage à ces antiques vestiges des temps lointains,

Le château de Montaigle est le dernier en date de la série de châteaux forts qui formaient le système défensif du comté de Namur au moyen âge. Les autres étaient : Poilvache, Samson, Bouvignes, Viesville. Montaigle fut bâti à la fin du XIIIe siècle, par Guy de Dampierre, comte de Namur, pour protéger cette partie de l’Entre-Sambre-et_Meuse, contre les incursions des milices de Dinant. Il constituait à la fois un centre administratif et un centre judiciaire et commandait le bailliage dit de Montaigle.

On retrouve à Montaigle à peu près les mêmes dispositions que dans les autres châteaux du comté de Namur : la Salle, qui comprenait une ou deux pièces, dont l’une servant de salle d’apparat ; elle était réservée au comte et à sa famille, qui l’habitaient temporairement, au cours de leurs déplacements. La Chatellenie, habitée par le chatelain. La Chairie, c’est-à-dire le bureau du receveur des contributions et redevances du bailliage. Enfin, la Chapelle et l’Arsenal, lequel, au XVe siècle, s’appelait la chambre d’artillerie. Les espaces libres étaient réservés aux manants du bailliage qui, en temps de guerre, n’avaient pas trouvé refuge dans les bois et dans les villes closes.

Entre Montaigle et les autres châteaux forts du comté, on ne remarque qu’une seule différence. A Montaigle, les bâtiments et les défenses sont plus ramassés et mieux groupés, dans un but de confort. Ils ne sont pas dispersés, comme à Poilvache ou à Samson. Montaigle présentait un type de château moins fruste, plus élégant, Il était aussi le plus petit, mais le plus moderne des châteaux du comte de Namur.
Au XVIe siècle, Montaigle n’était plus à la page. Il n’avait pas été renforcé pour résister à l’artillerie, qui avait fait des progrès considérables. Aussi, lors de l’invasion de Henri II dans la vallée de la Meuse, en 1554, la garnison reçut l’ordre de se replier vers Namur. Les Français trouvèrent le château abandonné et ils y mirent le feu. Montaigle est en ruine depuis lors.

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Ruines de Montaigle

Nous avons pu constater que si l’extérieur de Montaigle est relativement en bon état, il n’en est pas de même de l’intérieur. Les murs et les cours sont envahis par les broussailles, à tel point que les locaux deviendront bientôt inaccessibles, si des mesures ne sont pas prises.
Remarque importante : l’Entre-Sambre-et-Meuse renferme les types les plus variés de constructions militaires, et une simple promenade dans ces contrées fortunées permet d’évoquer, en raccourci, l’ histoire de la fortification à travers les âges.
M. Rousseau a donné dernièrement, pour les membres du Cercle des XV, à Montaigne même, une intéressante causerie sur ce vieux castel. Notre association veillera à sa conservation.

(1)Au pied des ruines de Montaiqle. la bouillonnante Sossoye et le clair Flavion se réunissent pour former la Moliqnée.
(2) Le château fort d’Hauteroche avait été construit sur l’emplacement d’un camp romain. Cet imposant castel, surplombant fièrement le village de Dourbes, et enfilant la vallée pittoresque du Viroin en aval et en amont, occupait une position inexpugnable. En 1554, il résista longuement aux attaques des troupes françaises de Henri II. Il fut détruit de fond en comble,

Extrait de « Sambre-et-Meuse Cercle des XV n°2 septembre 1930

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Ruines de Montaigle
Collection Michel HUBERT

MONTAIGLE

La Molignée, qui vient se jeter dans la Meuse dans un élargissement du vallon, offre de très beaux paysages et, parmi ceux-ci, les sites avoisinant les impressionnantes ruines romantiques de Montaigle, sont extrêmement intéressants et à de multiples points de vue.
Remontant ce vallon, dont la partie inférieure a été assez fortement altérée par suite des travaux de la voie ferrée, l’on aperçoit bientôt la fière silhouette de « Montaigle• » qui se découpe superbement sur le ciel et, au delà du dernier pont-viaduc, la célèbre ruine s’offre sous son allure la plus imposante, au sommet d’un rocher à pic.
L’harmonie d’ensemble du site est si parfaite que l’on serait vraiment tenté de se demander si la ruine a été construite pour le rocher ou si le rocher a été créé pour supporter la ruine.
Les sombres pointes déchiquetées, du diadème d’antiques murailles croulantes de ce puissant château féodal d’autrefois, se détachant vivement sur la clarté du ciel et le site idéalement beau qui les environnent de toutes parts, contribuent à en faire une ruine magique, presque théâtrale, d’un effet impressionnant au delà de toute expression, formant un de ces tableaux qui restent profondément gravés dans la mémoire.
Le massif rocheux sur lequel fut construite cette vieille forteresse, a été habité par l’homme depuis les premiers siècles de notre ère. Il servit, paraît-il, de refuge aux Belgo-Romains lors de l’invasion des barbares au IIIème siècle. L’histoire rapporte qu’au IVème siècle, un chef franc vint également s’y établir. Originairement, ce château s’appelait Faing Fania. Le nom de Montaigle n’apparaît guère qu’au commencement du XIVe siècle, époque où le château, dont on voit actuellement les ruines, fut construit par Guy de Dampierre, Comte de Namur.

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Montaigle (Coll. M. Hubert)

Lors des rivalités entre Dinant et Bouvignes, la terre de Montaigle fut ravagée à diverses reprises mais, ni les Dinantais, ni les Liégeois. malgré leurs forces ou leur courage, ne réussi-rent à s’ emparer du manoir, que son excellente position et la puissance de ses hautes et épaisses murailles mettaient à l’abri de toute attaque, En 1554, le manoir fut livré au pillage et à l’incendie par ordre du roi de France Henri II et, depuis lors, il ne se releva plus de ses ruines.

Le plan de la forteresse n’a pas été conçu suivant un ensemble déterminé ; les aspérités du rocher et les caprices des seigneurs ont seuls guidé la main des constructeurs ; c’est ce qui contribue le plus à en faire le charme si captivant. Le seul point faible où l’on pouvait craindre un assaut était l’entrée du château, aussi, c’était là que s’accumulaient les ouvrages les plus puissants.

Du village de Marteau qui se pelotonne au pied des ruines. on franchit le ruisseau de Flavion (ici la Molignée change de nom). De superbes rochers d’un riche coloris dominent à gauche. Par un sentier à travers prés, l’on découvre bientôt de puissantes masses calcaires de tons gris blanchâtre. Elles contiennent le groupe des sept célèbres grottes préhistoriques de Montaigle, dont nous avons déjà demandé la sauvegarde.

Ces habitats de nos ancêtres de l’époque quaternaire, situés dans un endroit encore empreint d’une intense sauvagerie, de même que le vallon reliant ces antiques demeures de l’homme aux admirables ruines de Montaigle, devraient constituer un tout intangible digne d’être légué intact aux générations futures.

Extrait de « Sambre et Meuse » Organe officiel du Cercle des XV série2 n°2 janvier 1934

MONTAIGLE

Le roc sur lequel s’élèvent les ruines du château de Montaigle a été habité par l’homme dès une époque très reculée : au IV" siècle, la population belgo-romaine du voisinage y chercha un refuge contre les bandes de barbares qui ravageaient le pays ; un siècle plus tard, un chef franc s’y établit avec sa famille ; il fut abandonné. croyons-nous, vers la fin de l’époque mérovingienne. On trouve encore fréquemment au sommet de ce rocher des antiquités romaines et franques, principalement des monnaies du bas-empire, des empereurs Constantin et Valens. Il faut arriver aux premières années du XIVe siècle pour voir apparaître le nom de Montaigle dans l’histoire. Le château, dont on voit encore les restes. fut construit vers 1300 par Guy de Dampierre, comte de N amur, qui, quelques années auparavant, avait acheté de Gilles de Berlaymont les métairies, moulins et forges qui devaient former la terre de Montaigle. En 1310, une bulle du pape Clément V accorda à Guy de Flandre, second fils de Guy de Dampierre, le droit d’y élever une chapelle.
La terre et le château de Montaigle étaient donnés en apanage aux fils puînés des comtes de Namur, mais ceux-ci se réservaient toujours le droit d’user de la forteresse à leur guise, de nommer les châtelains et d’entretenir garnison suivant le besoin.
Il est probable que le but de Guy de Dampierre, en élevant ce château, avait été de protéger contre les Dinantais une partie du pays de l’Entre-Sambre-et-Meuse, et, principalement, la riche abbaye de Brogne (Saint-Gérard) dont la défense avait été confiée aux comtes de Namur par les empereurs. Dès le commencement du XIVe siècle, les rivalités entre les villes de Dinant et de Bouvignes avaient dégénéré en luttes sanglantes (1319) ; une haine aveugle poussait chaque parti à saccager, à brûler, à faire le plus de mal possible à son ennemi. L’achat du comté de Namur par Philippe le Bon n’arrêta pas les hostilités : elles continuèrent jusqu’à la destruction complète de Dinant par le duc de Bourgogne en 1466.
Pendant ces luttes interminables, la terre de Montaigle fut ravagée à différentes reprises ; la basse-cour. située au pied du château, fut incendiée, mais ni les Dinantais. ni les Liégeois, leurs alliés ne purent s’emparer du château, que son assiette et ses hautes murailles mettaient à l’abri de toute attaque.
Les successeurs de Philippe le Bon, les considérations politiques qui avaient engagé autrefois les comtes de Namur à l’élever. semblaient disparues pour jamais. A la fin du XVe siècle, et au commencement du XVIe, la terre de Montaigle fut continuellement ravagée par des bandes de brigands que conduisaient les seigneurs de Sedan ; les populations avaient encore à craindre les troupes étrangères que les archiducs envoyaient pour les défendre et qui ne les pillaient guère moins que les ennemis. Les pauvres manants se retiraient alors dans le château avec leurs meubles les plus précieux et leurs bestiaux. Les comptes nous apprennent que la présence de ceux-ci étaient fréquemment un danger pour la forteresse. à cause des fumiers et immondices qui remplissaient la cour et corrompaient l’eau du puits.
En 1554, Henri II, roi de France, envahit le comté de Namur par la vallée de la Meuse ; après s’être emparé de Dinant et de Bouvigne, il envoya un corps de troupes pour s’emparer de Montaigle. La garnison craignant le sort des défenseurs des châteaux des bords de la Meuse qui avaient été massacrés pour avoir osé montrer quelque résistance, avait abandonné la forteresse qui fut pillée et incendiée.
Le château de Montaigle ne fut plus jamais reconstruit : le renard devint l’hôte de ses souterrains ; la tourterelle et la corneille s’établirent au sommet de ses tours et pareil à de puissants contreforts, le lierre s’attacha à ses murailles.

Extrait de « Sambre et Meuse » Organe officiel du Cercle des XV série3 n°1 juillet 1937

Clichés Nels (collection M. Hubert)

Michel M.E. HUBERT