Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

LA VIE RELIGIEUSE DE DINANT AU COURS DES SIECLES PREMIERE PARTIE : LE CLERGE SECULIER

20 octobre 2011 - Michel HUBERT

Certaines questions ont souvent été posées sur notre forum concernant les diverses paroisses qui composaient anciennement Dinant et la présence d’ordres religieux. On y est aussi frustré par l’absence d’actes B.M.S. qui ont brûlé en août 1914 et certains ont pu croire qu’il y aurait eu d’autres actes dans les paroisses. Il n’en est rien, hélàs car une centralisation existait.
On trouve aussi mention dans les actes notariaux et autres, de sœurs grises, de cordeliers, et autres prémontrés....
Ces deux articles pourront peut-être apporter quelques lumières sur ces sujets

Le chapitre de la Collégiale

Au XIème siècle, le territoire de la ville de Dinant était soumis à la fois à l’autorité du comte de Namur et à celle du prince-évêque de Liège.

Le comte de Namur possédait à cette époque six églises sises quatre hors des murs de la ville, savoir : l’église Sainte-Marie, l’église Saint-Hilaire et l’église Saint-Georges, toutes trois situées au faubourg de Leffe, et la chapelle Saint-André, sise auprès de la porte de ce nom, au nord de la ville ; deux dans la ville même, savoir : l’église Saint-Pierre et l’église Saint-Menge (1). Elles seront décrites plus loin.

L’autorité principale appartenait encore à ce moment au comte qui fut bientôt supplanté par le prince-évêque, mais, déjà alors, les gens de la familia de Notre-Dame (église collégiale de Dinant), de l’église Saint-Lambert à Liége et de l’abbaye de Saint-Hubert, échappaient à l’autorité comtale.
Le territoire de la ville elle-même ne formait qu’une seule paroisse ; de cette paroisse dépendaient les églises de Saint-Pierre et de Saint-Menge, ainsi que les églises Saint-Michel, Saint-Vincent, Saint-Martin, Saint-Laurent, Saint-Jacques, Saint-Médard et les chapelles de Wespin et d’Herbuchenne.

( Note pour les Généalogistes : c’est ce qui explique probablement que les tables BMS de Dinant soient tous rassemblés en un seul recueil)

La Collégiale de Notre-Dame, d’après la tradition, avait remplacé un oratoire érigé par saint Materne, au IV• siècle, et ce serait, vers le milieu du X• siècle, que l’évêque Richer aurait consacré la nouvelle église à Notre-Dame et à Saint-Perpète, patron de la ville de Dinant. Dans des cloîtres dépendant du temple ils installèrent un collège de chanoines, vivant en communauté suivant la règle de saint Chrodegang,évêque de Metz (743-766), règle appliquée à tout l’empire germanique par décision du congrès d’Aix-la-Chapelle de 816.
Ces chanoines devaient porter un costume distinct des laïcs et des moines, mais ils ne prononçaient aucun vœu religieux. Leur nombre et leur nourriture étaient proportionnés aux revenus de l’église. L’ensemble de ces revenus s’appelait la mense. Les chanoines avaient un dortoir ’et un réfectoire communs, du moins à l’origine et ils ne pouvaient sortir des cloîtres sans l’autorisation de leurs chefs.

Ce clergé composant le chapitre des Cathédrales et de certaines Collégiales était bien différent des religieux et des prêtres séculiers attachés au service des paroisses. La plupart de ces chanoines n’entraient pas dans les ordres et lorsqu’ils le voulaient, ils pouvaient renoncer à leur canonicat et aux prébendes qui y étaient attachées et se marier.
Leur principale obligation était d’assister aux offices et de psalmodier au chœur à certaines heures de la journée. Ils étaient astreints à un certain règlement pour leur vie privée.

Bientôt les chanoines revinrent à la vie séparée, ils eurent, le plus souvent, chacun leur demeure particulière, dite claustrale. Au milieu du XIIIe siècle, les chanoines qui vivaient encore en commun formaient l’exception.

Le chapitre de la Collégiale de Notre-Dame de Dinant comptait treize chanoines qui choisissaient entre eux leurs dignitaires :

C’étaient :
1° le prévôt (prepositus), véritable chef du chapitre et l’administrateur des biens de la mense commune.

2° le doyen (decanus) chargé de veiller à l’observation des règles de la vie canonique et d’assurer le régime intérieur du chapitre.

3° l’écolâtre (scolasticus, magister scholarum) avait la surintendance des écoles dépendant du chapitre ; faisait les fonctions de notaire ou de chancelier pour les actes du chapitre ; donnait l’autorisation de représenter les mystères et moralités et apposait le visa (plus tard l’imprimatur) sur les livrets des auteurs dramatiques ou sur les manuscrits des écrivains.

4° le chantre (cantor) directeur du chant, de la musique de chœur et de la liturgie.

5° le costre, coustre ou coutre (custos) avait le soin du mobilier de l’église et de sa sacristie, des vases sacrés et des ornements liturgiques.

Vers le XVIIe siècle on cite souvent le pléban dont le titre équivaut à celui d’archiprêtre dans les chapitres des Cathédrales. La plébanie n’était pas une dignité capitulaire, c’était en fait un vicariat qui assurait le remplacement des chanoines pour l’exercice des fonctions, paroissiales au nom de ceux-ci.

De temps immémorial il existait dans, le diocèse de Liège certaines dignités dotées, appelées abbatialités séculières ; il y en avait une attachée au chapitre de. Dinant et qui paraît avoir été une des plus anciennes du, diocèse. Fisen croit qu’elle existait déjà, en 934, et que c’est. l’évêque Richer qui ordonna que le choix de l’abbé séculier se fit parmi les chanoines tréfonciers de l’église Saint-Lambert, à Liége.

L’abbé séculier était choisi par le chapitre de la Collégiale. A partir de la fin du XVI" siècle, et plus spécialement de1585, année en laquelle le Pape Sixte V confirmant les décisions de trois de ses prédécesseurs, renonça définitivement à la collation des abbatialités appelées aussi prévôtés, collation réservée jusque, là au Saint Siège, le titre d’abbé séculier devint purement honorifique, il n’avait même pas voix au chapitre qui l’élisait. Il avait droit à des honneurs spéciaux, par exemple : une place d’honneur dans le chœur : la mise en évidence de ses armoiries aux endroits les plus en vue de la Collégiale. On l’installait avec éclat ; par contre il devait faire montre de générosité et s’employer à la défense des intérêts du chapitre lorsqu’il en était sollicité.

On s’explique très bien le rôle important joué dans les villes naissantes par le chapitre de la Collégiale, A Dinant, l’intervention du chapitre et l’importance de sa situation dans la ville sont mises en lumière par divers documents dont le premier datant de 1080 fait comparaître à l’acte relatif à la construction du pont le prévôt Freuvardus ; en 1096, l’évêque Otbert donne à l’église Sainte-Marie et Saint -Perpête, divers droits importants qu’il possédait à Dinant, parmi lesquels le tonlieu sur les marchandises, les cens sur les demeures des marchands et sur tous les offices quelconques.

La nature des droits cédés indique bien que le chapitre de la Collégiale qui comparaît à l’acte par ses dignitaires, Robert, prévôt ; Gorzo, doyen ; Lambert et Lantfroid, chanoines, joue dans la vie de la ville un rôle prépondérant.
L’évêque avait consenti à cession de ces droits pour reconnaître le service que l’église de Dinant lui avait rendu en lui fournissant 34 marcs d’argent pour l’acquisition des châteaux de Bouillon et de Couvin.

En 1152, au château de Dinant, Herman de Sorinne, homme libre, renonce à tout droit qu’il pourrait revendiquer sur la dîme de l’île au profit de l’église Notre-Dame. Le chapitre, en échange, s’engageait à célébrer chaque année le service anniversaire du père et de la mère de Herman et à lui accorder la sépulture à lui et à son fils, dans l’église de Dinant, s’ils n’en décidaient pas autrement (2).

Trois ans plus tard, à la demande de l’évêque Henri de Leyen, le Pape Adrien IV confirmait les possessions de l’église de Liége parmi lesquelles « Dynant cum castro » ainsi que l’avait fait, la même année, l’empereur Frédéric Ier qui, lui, s’exprimait ainsi : « castrum de Dinant et abbatia et villa et omnibus appenditiis suis ».

L’abbatia c’est évidemment l’abbatialité, soit le pouvoir constitué par le chapitre de la Collégiale avec tous ses dignitaires y compris l’abbé séculier, qui à cette époque, fait corps avec l’ensemble du chapitre et qui, plus tard, comme nous l’avons vu, deviendra un personnage purement honorifique.

Et si on peut constater - fait digne de remarque - l’intervention des habitants de la ville « rogatu et consilio Deonensium » dans l’acte relatif au pont, puis la présence du villicus comtal Cotmanus, dans l’acte de 1096, relatif à cession du tonlieu au chapitre, les jurati, c’est à-dire les représentants en titre de la commune, n’apparaissent, qu’en 1196, soit plus de 40 ans après le diplôme de Frédéric Ier.

C’est à l’occasion encore d’une renonciation faite en faveur de la Collégiale par Hugues de Florennes, dans cet acte de 1196, que nous voyons concourir à la fois le clergé, le villicus, l’échevinage et les jurés.
Le chevalier Hugues renonçait à tout droit sur la dime de Surice.

Vers la fin du XIII" siècle, à la suite de nombreux miracles intervenus par l’intercession de la Vierge, en l’église collégiale, il s’y fit un tel concours de peuple et de telles offrandes qu’un différend s’éleva entre le chapitre d’une part et la ville d’autre part. Le chapitre prétendait employer les offrandes pour ses besoins personnels tandis que le maire, les échevins et les bourgeois soutenaient que ces aumônes devaient être versées ... dans la caisse de la fabrique d’église.

Les parties choisirent pour arbitre, l’évêque, Jean d’Enghien, qui prononça sa sentence le matin de la saint Barnabé 1279 (12 juin) ; il décidait que le tronc aux offrandes qui avait été récemment déplacé serait replacé en un endroit convenable de l’église par les soins du proviseur et des mambours de la fabrique d’église et que tout ce qui serait déposé dans ce tronc serait intégralement employé aux besoins de la fabrique d’église. L’évêque prescrivait qu’à, côté de ce tronc ne devait se trouver aucun « proclamator, invitator vel excitator » ; il était donc interdit de faire du « boniment » et au-dessus du tronc ne pouvait se trouver ni reliquaire, ni luminaire.

L’évêque précisait en outre que le produit des quêtes faites par les fabriciens les dimanches et fêtes dans l’église collégiale, comprises les chapelles annexes, et dans les églises dépendant de la paroisse serait affecté aux besoins de la fabrique ; il exceptait les offrandes faites par les fidèles aux prêtres célébrants.

Quant aux « capitagii », c’est-à-dire les cens annuels à payer à l’église par les serfs libérés, condition souvent imposée par le dominus qui accordait l’affranchissement ainsi que nous le verrons plus loin, et quant aux offrandes dites « contrepoids », ainsi dénommées parce qu’elles étaient constituées par le poids en blé ou autres denrées que pesaient les malades, particulièrement les enfants qu’on présentait devant les reliques des saints pour obtenir leur guérison. : ces capitagii et ces contrepoids devaient être affectés excusivement aux besoins des chanoines. Si quelqu’un, poussé par une dévotion particulière, déposait une offrande sur l’autel principal, elle appartiendra aux chanoines, même si l’offrande avait été provoquée par un « proclamator aut excitator » mais à la condition qu’il n’y ait pas sur l’autel de reliquaire qui ait été l’occasion de la sollicitation.
I1 devait être déposé dans l’église une manne pour recevoir aumônes et oblations en nature ; cette manne devait être surveillée par un homme probe désigné par les fabriciens.

Toutes les offrandes quelconques : telles la cire, les cierges, le numéraire, le pain, etc, recueillis dans cette manne devaient être réunies et confiées au proviseur et aux mambours de la fabrique nommés par l’évêque. Ces proviseur et mambours devaient, de ces dons et aumônes, faire quatre parts, desquelles une part devait aller aux chanoines et les trois autres être consacrées aux besoins de la fabrique d’église. Les proviseur et mambours étaient tenus de pourvoir l’église des livres et ornements nécessaires. L’évêque se réservait pour lui et ses successeurs le droit de modifier l’attribution des dons et aumônes. Il prévoyait l’excommunication pour ceux qui ne respecteraient pas sa décision. La sentence arbitrale fut acceptée par le chapitre et par les oppidains de Dinant, qui apposèrent leurs sceaux en signe d’accord.

En 1307, la veille de la Pentecôte, Walter de Sorinne, écuyer, accorda la liberté à des gens de sa familia, savoir :
Thomas, Herman, Henri et leur sœur Bertha et ses enfants, moyennant paiement à l’église Notre-Dame de Dinant, leur vie durant, d’un denier tournois de cens annuel. Ce cens c’était le capitagium dont nous avons parlé et les serfs libérés étaient eux-mêmes nommés capitagii .

Un mois plus tard Walter de Creu (Croix près Sovet), écuyer, libéra la famille de Ponce d’Achène, dans des conditions presque identiques. Cette formalité se faisait dans l’église collégiale devant le grand autel et devait présenter un caractère de véritable solennité, si on en juge par le nombre des personnages cités aux actes qui la rapportent et dans lesquels on cite les noms de tout le clergé de la ville.

En 1312, les maire et échevins établissent un record sur la base d’une déclaration de Gilles de Saint Vincent le vieux, ancien échevin, duquel record résulte que les échevinages des XXI abbayes séculières sont exempts du droit de forage de vin perçu par l’église de Dinant. Et le record cite les XXI églises et abbayes qui sont : Saint-Lambert de Liége et les églises secondaires canoniales de Liège (il y en avait sept), Saint-Rombaut, à Malines ; Notre-Dame, de Maeseyck ; Saint-Servais, de Maestricht ; Notre-Dame, de Tongres ; Sainte-Ode, d’Amay ; Notre-Dame, de Huy ; Notre-Dame de la Crypte, de Namur ; SaintFeuillien, de Fosses ; Notre-Dame, de Thuin ; Saint-Hadelin, de Celles ; NotreDame, de Dinant ; Notre-Dame, de Ciney, et Saint-Hubert, d’Ardenne.

Au milieu du XIV• siècle, une querelle s’éleva entre l’écolâtre et certains de ses collègues du chapitre de la Collégiale.
L’écolâtre, Jacques Strabor, avait nommé recteur des écoles, Jacques Boichout, tandis que Jacques de Revin se disait investi par le chapitre de la même mission. Les parties décidèrent de s’en remettre à l’arbitrage de Gilles de Waudrecheez, chanoine de Sainte-Groix, à Liége et costre de Notre-Dame de Dinant.

L’arbitre décida que le droit et la charge de rechercher et présenter le recteur pour les écoles appartenaient à l’écolâtre mais que le chapitre seul avait le droit de faire subir examen et de conférer la charge. La nomination du recteur ainsi présenté devait se faire chaque année au chapitre avant la fête de saint Servais, en mai, pour lui permettre de s’assurer de sa capacité ; s’il était trouvé inapte, l’écolâtre devait en présenter un autre avant le délai, sinon le chapitre pourvoyait d’autorité à la nomination. Lorsque le candidat présenté était capable, il devait prêter le serment accoutumé la veille de la saint Jean-Baptiste et était alors installé recteur. L’écolâtre, à l’origine, enseignait lui-même, plus tard il se fit remplacer et ne garda que la haute direction et la surveillance des écoles.

En 1393, un bourgeois de Dinant,Jean, dit Bonnechose, léguait au chapitre une maison et un jardin sis en la paroisse Saint-Martin pour y établir un asile pour les voyageurs pauvres et les mendiants.
Le chapitre devait désigner un chanoine ou un chapelain pour assumer la direction de cet asile, qui devint l’hôpital Jean Bonnechose. Le très curieux testament qui fonde cette institution charitable est malheureusement trop long pour pouvoir figurer dans cette étude. (Cartul. Dinant I, n. 40, p. 29).

Le 16 janvier 1397, le prévôt, le doyen et le chapitre, donnent un vidimus du fameux règlement de 1348, organisant l’administratlon de la ville de Dinant ; ce vidimus était intitulé « lettre de la paix et govrenance dele ville de Dinant ».
Ce vidimus portant sur un règlement purement administratif et politique, témoigne encore de l’intervention du chapitre dans la vie administrative de la ville.

Mais à partir du XV• siècle le chapitre semble se confiner dans sa mission religieuse et d’administration des biens de la mense de la Collégiale ; c’en est fini de son rôle administratif, il va se contenter de défendre ses nombreux privilèges.
Après le désastre de 1466 (sac de Dinant), les chanoines furent les premiers à obtenir du duc de Bourgogne l’autorisation de rebâtir leur église (4 mai 1472) ; ils furent autorisés en outre à édifier aux environs de la Collégiale treize maisons.

Le texte de cette autorisation contient ce curieux passage : « Avons receu l’umble supplication des prévost, doyen, chappitre et suppoz de la pouvre et désolée église Notre-Dame où lieu jadiz appelé la ville de Dinant contenant que comme le jour du bon vendredi l’an soizante et unze, il nous ai pleu en l’onneur et reverence de Dieu et de la glorieuse vierge Marie (pour la révérence de laquelle ladite église a esté fondée et dêdiêe par monseigneur Saint Materne de toute ancienneté et mesmement dez l’an de l’incarnacion Nostre Seigneur courant cent et unze » .

Il est intéressant par ce qu’il marque l’étendue du désastre subi par les pauvres Dinantais et qu’il donne une date quant à la fondation de Notre-Dame de Dinant par saint Materne, laquelle date - on sait assez qu’elle est inadmissible - préciserait l’époque de l’introduction du christianisme dans nos contrées.

Plus d’un an auparavant le duc avait déjà autorisé les chanoines, mais Guy de Brimeu, seigneur de Humbercourt, gouverneur général du comté de Namur et du pays de Liége avait fait la sourde oreille et il avait fallu une nouvelle ordonnance impérative du duc pour décider Guy de Brimeu à exécuter les ordres de son maître ; celui-ci d’ailleurs n’autorisait que les chanoines à habiter Dinant ; il spécifiait que seulement deux, personnes dont une devait être d’église, pourraient habiter chacune des maisons dont la construction était autorisée.

Louis de Bourbon affectait bientôt les revenus des hôpitaux de la ville à la reconstruction de Notre-Dame (14 juin 1472), puis autorisait les chanoines à quêter dans toute la principauté ; enfin le duc de Bourgogne, en mars 1473, donnait pareille autorisation pour tous ses Etats.
A partir de cette époque les chanoines s’employèrent activement à la reconstruction de leur église ; les comptes que M. Brouwers a publiés. (Cartul. Dinant VIII, p. 113), donnent une très nette opinion des efforts qui furent faits par eux et spécialement par Jean De Quereu ou Duchesne, doyen de Graide, qui devait être prévôt du chapitre de Dinant, et par l’écolâtre Alneto.

Les chanoines durent notamment soutenir procès devant le grand conseil de Malines contre la ville de Bouvignes et le comte de Brouchem, qui refusaient de restituer la précieuse châsse de saint Perpête.
Par une sentence du 10 novembre 1475, le grand conseil donna gain de cause aux chanoines et, le 6 janvier 1476, Pierre le Muet, conseiller du duc se rendit à Bouvignes où, en présence des abbés de Saint-Hubert, de Brogne, de Waulsort, de Florennes, de Malonne, de Leffe et des doyens de Notre-Dame et de Saint-Aubain, à Namur, il remit au chapitre de Dinant les reliques du saint dont préalablement la présence avait été constatée dans la châsse. A la demande des Bouvignois une côte du saint leur fût remise « pro mutua unione et pace indissolubili foedere conservandis ». Puis le corps du saint fut ramené triomphalement à Dinant. Un tableau conservé au musée de Chantilly et ayant appartenu au duc d’Aumale, représente la scène de la rentrée de la châsse dans la Collégiale de Dinant.

Notons encore quelques faits ayant trait à notre sujet : en 1561, la ville intervient auprès de l’abbé séculier pour qu’il obtienne de l’évêque qu’il décide les Jésuites à ne pas quitter Dinant pour Huy ; en 1586, l’évêque unit la chapelle de Herbuchenne à la Collégiale ; le chapitre, en 1602, décide que chaque nouveau chanoine pour subvenir aux frais de réparation de la Collégiale devra, à sa réception, offrir une chape de 80 florins ; en 1600, le conseil privé décide que, c’est au chapitre à désigner les prédicateurs chargés de prêcher l’Avent et le Carême et non à la ville de Dinant ; en 1610, le chapitre demande à son abbé séculier un lutrin de cuivre.

En 1665, différend à propos de la nomination des maîtres d’école. Les écoles ayant été bâties aux frais de la ville, le magistrat prétendait nommer les maîtres d’école et avait rompu, avec I’usage qui était d’offrir des robes pour les enfants de chœur. On finit par se mettre d’accord et il fut décidé que les maîtres d’école seraient nommés par le magistrat après avoir été présentés à l’écolâtre et au chapitre qui devaient juger de leurs aptitudes ; la préférence devait être donnée aux ecc1ésiastiques attachés au chapitre, puis aux eeclésiastiques bourgeois de Dinant, enfin au clergé séculier.

En 1674, un soldats s’était réfugié dans les cloîtres de la Collégiale et en avait été enlevé par son lieutenant au mépris du droit d’asile ; le chapitre protesta contre cette atteinte à ses immunités et, deux jours après la protestation, le soldat était, en présence du peuple, ramené par deux de ses officiers au lieu d’où il avait été enlevé. La chose fut attestée par un certificat du notaire Nicolas de Saint-Hubert (2 novembre 1674).

En 1677, M. de Franclieu, gouverneur français de la ville, faisait savoir au chapitre que : « certaines personnes trouvaient à redire de voir certains chanoines vêtus de gris et en habit court ». . Il ajoutait : « comme il pourrait arriver quelque accident, il est bon qu’ils soyent tous en soustane ou du moins en soutanelle et généralement tous leurs habits noirs » .
Les chanoines se le tinrent pour dit et résolurent « d’approcher M. de Franclieu pour le remercier des bons advis leurs donnés et l’asseurer qu’on réglera le mieux qu’il leur sera possible » .

Le conseil de ville ayant décidé de céder au chapitre une maison joignant la sacristie (13 mai 1688), le chapitre voulant marquer sa reconnaissance, décida à son tour de faire chanter à perpétuité une messe solennelle du Saint Esprit au renouvellement annuel de la magistrature. Cette messe était annoncée au son de toutes les cloches et du carillon, elle avait lieu à sept heures du matin, était dite par le doyen du chapitre assisté de deux chanoines en présence du corps capitulaire et de tous les choraux.

Le chapitre de la Collégiale disparaîtra à la Révolution française ; lorsque le 30 janvier 1793, la ville fournit la liste des maisons appartenant au fisc, elle cite : l’abbaye de Leffe ; le prieuré des Croisiers ; les Cordeliers ou Frères mineurs ; les Capucins ; les Jésuites ; la Collégiale (12 chanoines et quelques bénéficiers) ; un hôpital ; les Ursulines ; les. Sœurs grises ; les Carmélites et les bénéfices dénommés rectorats, qui ne sont que des vicariats sous les noms de saints, savoir : Saint-Georges,Saint-Pierre, Saint-Jacques, Saint-Médard, Saint-Martin, Saint-Michel, Saint-Menge, Saint-Nicolas, Saint-Laurent, et Saint-Paul.

Personnages qui furent abbés séculiers de Dinant

Stepelin figure à l’acte d’achat du château de Couvin en 1095 ; il est cité à l’acte de cession du droit de tonlieu au chapitre de Dinant par l’évêque, en 1096 ; on le cite encore en 1116.

Robert, qualifié prévôt de Dinant, en 1163.

Henri, vraisemblablement le fils du comte Hugues de Beaufort : cité, en 1152, à une renonciation de dîme au profit du chapitre de Dinant.

Jean Gillar des Canges, dit de Dinant.
C’était aux dires des annalistes, un des hommes les plus savants de son siècle. Cité tantôt sous le nom de Jean Gillar, tantôt sous celui de Jean de Dinant, notamment en 1293 et 1297, avec son titre : d’abbé séculier. Doit être mort en fin 1334, en tous cas avant mai 1335.

Godefroid de Willerzie (1329-1343).

Gérard de Flérus, abbé en 1392.

Henri de Huffel conféra en sa qualité d’abbé séculier un canonicat à Jean de Gérin, en 1454.

Gérard figure comme exécuteur testamentaire de son collègue Pierrede Cortembach, mort en 1572.

Jean de Berlaymont, né en 1538, abbé vers 1570 ; c’était un lettré,

Charles d’Oyembrugge de Duras ; tonsuré en 1549, assista à l’inauguration du prince-évêque Ernest de Bavière, dont il avait favorisé l’élection ; tué en 1584 près de Tongres par des brigands.

Gérard Chevalier ou Militis, mort en 1578 ; frère de Claude Chevalier, mayeur de Dinant.

Nicolas de Woestenraet, docteur en .droit canon, élu abbé le 17 octobre 1584.

Thierry de Lynden, né en 1538 ; devint, en 1594, évêque d’Anvers.

Gaspard de Roblee, élu abbé. le 5 juillet 1623 ; mort le 10 septembre 1638.

Paul-Jean, baron de Groesbeeek, seigneur de Franc-Waret, élu abbé le 16 août 1625, devint archidiacre du Condroz en 1633 et grand prévôt de Saint-Lambert en 1652 ; mort le 18 mai 1675.

Gilles Ursins de Vivariis, docteur en droit canon ; a la fois prévôt d’Hanzinne et abbé de Dinant ; il résigna cette dignité, en avril 1641, au profit de Jean Amand van den Steen, à Liége,

François Tabolet, né en l612, devint abbé en 166I.

Maximilien-Henri, comte de Poitiers, chancelier de Joseph-Clément de Bavière, abbé de Dinant, puis grand prévôt de Saint-Lambert, en avril 1715,mort en son château de Wagnée, le 9 novembre 1724.

Jean-Louis d’Oyembrugge de Duras, baron d’lderen et de Roost, devint abbé en 1715, mort le 18 avril 1753.

Jean-Alexis, baron de Glimes de Brabant, né à Namur, en août 1678 ; abbé de Dinant et archidiacre de la Famenne ; mort en 1769.

Herman-Jean-Mathieu de Trappé, né en mai 1709, à Liège, prévôt de Hanzinne, archidiacre de la Campine, devint abbé de Dinant, le 24 mai l769.

Maximilien-Henri de Coune, né en novembre 1719, à Liège, élu abbé, le ler mai 1777.

LES DIFFERENTES PAROISSES

SAINT-GEORGES.

Créé vers le Xème siècle, cette paroisse a été souvent confondue avec l’ancienne église abbatiale de
Leffe, qui lui est de beaucoup antérieure. Elle fut détruite lors de l’incendie de Dinant et reconstruite par la suite ; mais on ne put lui conserver qu’une seule nef. De 1670 à 1696, on apporta à son,
ordonnance de notables modifications. Jusqu’à la révolution française, cette église fut desservie par un, prémontré de l’abbaye voisine. Après la suppression de l’ordre, en l’an V de la république, elle devint un des vicariats de l’église Notre-Dame ; ce ne fut qu’en 1837 qu’elle reprit son titre de paroisse.


SAINT- PIERRE.

Existait déjà au XI" siècle, car, vers 1060, il en est fait mention dans une énumération des droits que les comtes de Namur possédaient sur diverses propriétés encloses dans les murs de notre ville. En 1206, elle fut donnée au chapitre de Notre-Dame et devint une de ses succursales. Cependant, il est à présumer que par la suite elle s’affranchit de cette tutelle et eut un desservant particulier, puisque. en 1374, le titre de paroisse lui était couramment attribué,
Cette église possédait une recluse, comme d’ailleurs St-Menge, St-Jacques et le grand Hôpital. On sait que ces pauvres femmes, qui consacraient leur existence à la prière, vivaient au moyen âge le plus souvent dans de sombres réduits attenants. aux édifices religieux, n’entretenant d’autres rapports avec le monde extérieur que ceux qui leur étaient ménagés par une petite lucarne, sorte de guichet grillé par lequel il était loisible aux fidèles de leur passer les vivres indispensables. A certaines époques, lorsqu’un évènement, par exemple, appelait à Rome les pèlerins de l’univers entier, il était exceptionnellement permis aux recluses de se soustraire à leur claustration volontaire et de se rendre, pourvues de la houlette et du bourdon, dans la capitale de la chrétienté. Un document que nous avons trouvé dans nos archives, rapporte qu’une de ces bonnes femmes, au XIV" siècle se transporta à Rome pour compte de Dinantais, en vue dé bénéficier d’une indulgence accordée par le Souverain Pontife (1).
Jusqu’à la révolution française, St-Pierre fut le siège d’une paroisse. Elle devint depuis un simple vicariat de l’église Notre-Dame.

SAINT-VINCENT

Occupait l’emplacement que l’on voit aujourd’hui derrière les maisons d’habitation de la rue Grande (côté gauche) entre les rues Wiertz et du Collège Sa fondation est due à Saint Perpète, qui y fut inhumé, du reste (1). Ruinée en 1466, elle fut relevée en 1609, mais cessa dès ce moment d’être église paroissiale. En 1661, elle fut démolie en partie et remplacée par un nouvel édifice (église des jésuites) qui, à son tour, disparut en 1818.

SAINT-MICHEL

A été bâtie vers le XIe ou le XII• siècle ; ce qui est certain, c’est qu’elle est déjà citée dans les documents en 1317. Elle appartenait donc au style ogival primaire. Eut ses voûtes et ses murs en partie respectés par le feu lors du cataclysme dont nous n’avons eu que trop l’occasion d’entretenir le lecteur, ce qui permit sans doute aux Dinantais de la restaurer à peu de frais. St-Michel, qui était autrefois le siège d’un quartier très populeux, habité surtout par des artisans existe encore aujourd’hui et a été convertie en entrepôt de vins.

SAINT-MENGE.

Partageait avec Notre-Dame et l’église abbatiale de Leffe l’honneur d’avoir été édifiée par St-Materne, lors de son apostolat dans nos contrées. Saccagée par les Bourguignons, elle fut remise en son primitif état vers la fin du XVème siècle. En 1795, après que la paroisse dont elle était le siège eût été supprimée, elle fut démolie. Quelques-uns de ses vestiges se voient encore dans les jardins du Casino. Le quartier St-Menge, chose à noter, a absolument changé d’aspect depuis deux siècles. Autrefois, trois ou quatre petites rues étroites ; à la population très dense, s’étendaient du parvis de son oratoire. et du local des arbalétriers qui en était proche, dans la direction du fleuve. Ces rues ont disparu aujourd’hui. En procédant à des travaux de construction, il n’est d’année, cependant, qu’on ne retrouve dans ces parages, quelques-unes des caves voûtées. qui se trouvaient sous les maisons d’habitation.

JPEG - 284.7 ko
Panorama de Dinant d’après Mérian

SAINT-MÉDART.

Etait certainement, de tous nos monuments tant religieux que civils, celui auquel se rattachaient les
plus intéressants souvenirs. L’histoire, dont nous avons ici déploré plus d’une fois l’ignorance, ne nous a point appris quelle fut la date de sa création. Selon nous elle doit remonter bien haut-vers l’origine du christianisme.

Dans le principe, l’église dé notre faubourg d’Outre-Meuse était très vraisemblablement un bel et grand édifice conçu dans le goût roman. Exposée plus qu’aucune autre construction aux déprédations de l’ennemi - car les murailles qui enceignirent plus tard l’agglomération dont elle était le cœur n’existaient pas encore -elle dut nécessairement payer son tribut à l’invasion normande, ce qui nécessita sa reconstruction quasi-totale : Cette réédification devait être - nous en verrons tantôt la raison - terminée vers le XIe siècle.

L’église St-Médart était à la collation de l’abbé de Leffe et fut jusqu’à la fin du XVIII" siècle desservie par un moine de sa maison. Autour de cet édifice se trouvait un cimetière qui fut détruit lors de l’élargissement du quai. Des pierres tombales faisant office de pavement se remarquent encore aujourd’hui dans quelques cours des maisons voisines.

,
Ce fut dans l’église St-Médart que se tint le congrès provoqué par l’évêque de Liége et dans lequel les seigneurs riverains de la Meuse décidèrent, en 1080, l’érection de notre pont.

C’est là également que fut signée cette paix fameuse de 1199, connue sous le nom de paix de Dinant, et qui restreignait les droits exorbitants que les comtes de Namur possédaient sur les eaux de la Meuse. Avant cette époque, notre rivière, depuis Revins jusqu’à Andenne, appartenait à ces princes qui ne se faisaient pas faute d’en exploiter le cours au mieux de leurs intérêts.

.
C’est ainsi que nos pêcheurs et les bateliers ne pouvaient faire usage de la plus modeste barque ni du moindre filet, sans acquitter une certaine redevance ; et le paiement de cette contribution ne les exonérait pas même toujours de toutes vexations ultérieures. Par exemple, pour autant qu’on lui en eût fourni le prétexte, le bailli du comte de Namur aurait été en droit de se saisir, sur le pont d’un bateau qui se fût trouvé sur la rive dinantaise, de tout individu qui aurait eu maille à partir avec la justice namuroise . On voit d’ici à combien d’abus cet état de choses donna lieu.

En 1222, un nouveau traité confirma et élargit les avantages concédés précédemment aux Dinantais en ce qui concernait les droits de navigation sur la Meuse. Ce traité, comme celui de 1199, fut signé dans l’église St-Médart.

Jusqu’à la révolution française, St-Médart fut une des paroisses de la ville ; elle perdit à cette époque, avec sa qualité d’établissement affecté au culte, et ses biens et se s cloches ; celles-ci furent dirigées sur Libreville et converties en métal à canon.

Son desservant, l’abbé Debroux, put néanmoins soustraire à la rapacité dès révolutionnaires, les objets d"or et d’argent appartenant au culte. Trahi, malheureusement, le prêtre fut incarcéré et dut, pour obtenir son élargissement, dévoiler le lieu où se trouvaient cachés ces objets qui furent dès lors confisqués.

Jusqu’à ces derniers temps (1932), St-Médart a servi d’entrepôt. Récemment mise en vente, elle a été achetée par un de nos concitoyens, qui en a fait démolir nne notable partie et a élevé il la place une maison d’habitation.

En pratiquant les tranchées nécessaires il l’édification des soubassements, on a mis il jour plusieurs caveaux et de nombreux ossements. On a constaté aussi en faisant table nette de tout ce qui se trouvait il la surface du sol, que des piliers de la vieille église, sur presque toute leur circonférence, avaient eu les blessures qu’avaient dû leur causer l’incendie de 1466 cicatrisées an moyen d’un pansement de briques pt de chaux. Sons les dalles mal équarries formant le niveau primitif de la grand nef et des deux nefs secondaires, on a découvert nue grande quantité de matériaux -.ardoises, bois et briques- calcinés,par la flamme et sur lesquels avait été placé un second pavement. Des tombes très curieuses avec inscriptions romanes ou gothiques ont également été mises à jour .

(1)L’église Sainte-Marie devint plus tard la chapelle du couvent des Prémontrés ; quant à l’église Saint-Hilaire, citée encore en 1230, on ignore même son emplacement ; l’église Saint-Georges, était l’église paroissiale et était desservie par un Prémontré ; elle devint un vicariat de l’église Notre-Dame en l’an V de la République française, par suite de la suppression de l’Ordre des Prémontrés. La chapelle Saint-André, cédée à la collégiale en 1206, devint, en 1232 la chapelle des Frères Mineurs qui venaient de s’installer et fut englobée dans leur couvent

(2.) L’île dont il est ici question avait été formée en amont de Dinant par un bras de la Meuse. Elle devint le quartier aristocratique de la ville et sa dénomination a subsisté jusqu’à nos jours. Le fossé rempli d’eau qui la séparait du reste de la ville a été comblé entre 1840 et 1848. Trois petits ponts reliaient l’île au reste de la ville. Au XIV’ siècle, l’île constituait encore une propriété particulière ; on trouve, en 1384, mention « de la cour Jehan Platon, seigneur foncier de l’île en Dinant. La cour des treffons de l île subsista longtemps comme justice spéciale.

Extraits de « Histoire de Dinant » par Henri Hachez Ed.Willems-Vandenborre Bruxelles 1932 et
« Histoire de la Ville de Dinant » par Edouard Gerard Ed. Vers l’Avenir Namur 1936

Clichés coll . M Hubert

Michel M.E. HUBERT