Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

LA VIE RELIGIEUSE A DINANT AU COURS DES SIECLES SECONDE PARTIE : LE CLERGE REGULIER

20 octobre 2011 - Michel HUBERT

Nous aborderons ici l’examen des diverses congrégations religieuses qui s’étaient établies à Dinant au fil du temps et les services qu’elles rendirent aux habitants de la ville.

Couvents et congrégations religieuses.

Les Carmélites.

Une béguine de Leffe est citée, en 1242 ; on trouve mention du petit hôpital des béguines, en 1378 et 1393.

Les carmélites, «  bonnes filles rencloses en clostre monastique de l’ordre et habit de Nostre-Dame du Mont des Carmes », succédèrent, à Dinant, en 1455, aux beguines du petit hôpital des béguines, fondé par Anne Besselle, C’était un hospice pour les femmes âgées" il se trouvait en dehors des murs de la ville, dans la paroisse Saint-Georges.

La maison des carmélites était située à Leffe, entre le couvent des pères Cordeliers et le petit hôpital des béguines ; il avait été habité par l’abbé de Grandpreit qui l’avait, en 1456, cédé aux carmélites.

En 1456, l’abbé des Prémontrés de Leffe, prétendant « avoir le gouvernement (du béguinage), maintenant ausi que ledit lieu ne se pooit muer en clostre monasticquale sans son congiet », avait mis la main sur les titres, materloges, etc., du petit hôpital des béguines ; le magistrat soutenant de son côté qu’il était souverain administrateur des biens dudit hôpital, en vertu du testament de Anne Besselle, sollicita l’intervention du supérieur général de l’ordre des Prémontrés, pour qu’il enjoignit à l’abbé de restituer ces documents. La contestation fut portée devant le prince-évêque, qui nomma des arbitres ; ceux-ci décidèrent que les religieuses, pour tout droit dû à l’abbé, au monastère et à l’église, payeraient une rente annuelle de sept muids d’épeautre.

L’abbé s’était appuyé sur un acte de 1431, qui le qualifiait de « souverain mambour de l’hôpital des béguines », et sur le fait que cette fondation se trouvait sur le territoire de la paroisse Saint-Georges, hors des murs de la ville ; et il en concluait que les carmélites, tant du fait du monastère que du fait de leur établissement dans la paroisse ; lui étaient redevables de certaines prestations.

La sentence des arbitres rendue, le pape Pie II, par une bulle du 4 janvier 1458, approuva l’érection du couvent des carmélites.
Déjà, l’année précédente (8 octobre 1457), J. de Maries avait fait don aux carmélites de la maison « « jadis nommé l’ostel de l’abbé de Grandpreit séant au-dessous du grand hospital Saint-Jean-Baptiste faisant le touchet de la rue du Moulin dudit hospital, au devant du kovin d’iceluy hospital » . »

De ce fait, on peut conclure que les carmélites, voulant de toute manière échapper à l’ingérence de l’abbé de Leffe dans leurs affaires, avaient intéressé le donateur à leur cause, car l’immeuble, dont il est fait donation, se trouvait lui en-dedans de l’enceinte fortifiée, dans la paroisse Saint-Pierre.
Lors du sac de 1466, la maison des carmélites fut brûlée et les religieuses se retirèrent à Namur, en vertu d’une autorisation de Charles-le-Téméraire.

En 1471, la cour foncière des religieuses déclarait qu’un moine de Leffe, mambour et receveur desdites religieuses avait donné en accense une maison sise en la paroisse Saint-Pierre qui appartenait aux Carmélites ; vraisemblablement, il s’agit de l’immeuble dont de Manes avait fait don en 1457. La cour foncière des carmélites continuait de siéger, car, selon nous, les carmélites étaient toujours à Namur.

Nous ne trouvons plus trace de cette congrégation avant l’année 1605 ; cette année, des religieuses carmélites de la maison de Huy obtinrent du chapitre la jouissance de l’église Saint-Laurent qui, après visite des églises de la ville, fut trouvée la plus convenable, parce qu’elle se trouvait voisine de maisons qui pouvaient être acquises à prix modique pour y établir les bâtiments claustraux. La ville fit don aux religieuses de « «  quelque rue et place wuide place extante entre ladite église et certaines maisons et jardins appartenant à damoiselle Hubinne Sybertz ». »

Les religieuses achetèrent plusieurs immeubles voisins en vue de l’érection du cloître et, le 18 avril, Albert de Lymborch, doyen de Saint-Paul, à Liêge, nomma mambours des carmélites, Pierre Frésart, doyen de Dinant, et Antoine de Loyr, receveur de l’évêque à Dinant.

En décembre 1656, la ville autorisa les carmélites à construire une galerie au-dessus de la voie publique, pour réunir leur couvent à leur jardin, « « joignant à la-porte dite le Puartal en Isle ». »

L’évêque devait recevoir, en échange de cette autorisation, une rente annuelle de cinq patars privilégiés. Cette rente fut constituée par les religieuses, le 22 juillet 1658 ; cependant, la galerie n’était pas encore construite en 1659, à cause de l’opposition de Charles Deschamps, qui prétendait que cette bâtisse enlèverait du jour à sa demeure

Le couvent subsista jusqu’à la Révolution française.
Le couvent et la maison de l’aumônier furent vendus comme bien national le 5 floréal, an V.


Les Ursulines.

Cette congrégation s’installa à Dinant, en 1629, dans un immeuble longeant la rue Saint-Martin et près de l’église de ce nom. La maison conventuelle touchait aux murs de la ville longeant le rivage de la Meuse.
En 1631, comme elles se trouvaient fort à l’étroit, Anne d’Heur, leur supérieure, sollicita du magistrat la cession de la ruelle longeant la maison de feu Michel de Somme, qu’elles étaient intentionnées d’acquérir, de façon à pouvoir gagner la dite maison sans sortir de leur couvent. La maison de Somme devait servir à installer les écoles de filles.

La généralité : de la ville ; consultée, fut d’avis qu’il y avait lieu de leur donner satisfaction.
En 1649, elles firent bâtir un immeuble contenant cinq classes, où elles donnaient l’enseignement gratis, et elles obtinrent l’autorisation de relier leur maison à cet immeuble par un petit pont surplombant une ruelle ; quelques années plus tard, en 1664, elles sollicitaient à nouveau la ville de pouvoir joindre à leur propriété, une petite place vague, sans utilité pour le publie et l’autorisation de prolonger le viaduc (arvo)allant à la porte et tour Saint-Martin.
La ville consentit ce nouveau cadeau.

Des difficultés surgirent entre Jean de Masbourg, prévôt et archidiacre, recteur de l’église Saint-Martin, à propos des droits que les religieuses s’étaient octroyés en la dite église, Un procès naquit et, par arrangement du 6 mai 1666, la supérieure, Cécile d’Hinslin, compta au recteur quatre pattacons ; moyennant quoi, le recteur s’engageait à faire procéder aux réparations nécessaires à la toiture ; de son côté, la supérieure s’engageait à enlever le jubé et à fermer la porte existant dans ce jubé, qui permettait aux religieuses d’entrer ainsi dans l’église. Il y avait encore, entre les parties, d’’autres contestation pour lesquelles on prit pour arbitres les avocats Ogier, de Visé, et de Remouchamps, de Liége.
Nous ne savons ce qu’il advint de cet :arbitrage. Nos archives sont désormais muettes à l’égard des Ursulines, qui subsistèrent à Dinant jusqu’à la révolution française.

En 1794, il y avait à Dinant, huit religieuses ursulines, sous la direction de la mère Julie Delplace, Ces religieuses émigrèrent en mai 1794, pour rentrer, à Dinant après quelques mois d’absence .

Les Sœurs grises.

En 1418, Lambert le Sage, échevin, et Jean Bonnechose, fondèrent un hôpital et béguinage en faveur de cinq filles vierges, placées sous la protection du chapitre de Notre-Dame.

Les béguines, en 1452, se querellèrent entre elles, au point que la ville chargea Jean Maillart, mambour de cette institution et parent de Lambert le Sage, de percevoir les revenus du béguinage « « pour iceux mettre. en lieu sceur jusques à ce que par raison et droit, il s’ensuira d’iceux disposer et suivant la volonteit daraine du dit fondateur » »(22 novembre 1452).

L’institution disparut en 1446. Vers 1485, les amis et ayants-droits du fondateur s’efforcèrent de rétablir la fondation ; en leur nom, la ville de Dinant sollicita le Provincial des Récollets, pour avoir « «  iiij suers grisez pour subvenir aux povrez passants et ossy aux mallades bourgeois » » ; la requête fut agréée.

Cependant, en 1488, les Sœurs n’étaient pas encore installées et le provincial voulant avoir des assurances quant à l’état de l’immeuble mis à la dispositton de ses religieuses ; la ville lui écrivit qu’elle désirait vivement avoir des religieuses et qu’elle faisait le nécessaire pur la mise en bon état des locaux à elles destinés.

Leur installation n’alla pas sans difficuItés ; la ville, en 1502, leur octroya généreusement quelques emplacements ou terrains à bâtir en Rhée, mais comme elles bénéficiaient des revenus des fondations Lambert le Sage et Bonnechose elles trouvèrent un adversaire dans le chapitre de la collégiale, et il fallut un accord avec ces messieurs les chanoines.

L’accord est du 15 novembre 1505 ; y étaient parties : Ponce de Warcq, Johan de Celles, Nicolle Mouson, écolâtre, Pierre de Corennes, chantre, Gille Blancpain, Jacques de Bure et Thierry Banien, tous prêtres et chanoines de la collégiale d’une part ; mère Jehenne Nolet, Jehenne Cornu, Magrite des Champs, Marie Fontaine, Anne Daulte, sœurs franciscaines, assistées de leur visiteur, le frère Martin de Rhode, d’autre part.

Les conditions de l’accord sont assez singulières pour être rapportées, car elles éclairent, d’un jour singulier, la mentalité du clergé de cette époque.
Les sœurs grises s’engageaient à payer au chapitre, tous cens et rentes établis sur les terrains dont elles avaient la jouissance, et six rez d’épeautre, mesure de Dinant, par an.
Elles étaient autorisées à construire une petite chapelle - elle était déjà commencée - sans clocher, et à la pourvoir d’une cloche.

Le Saint Sacrement serait exposé en la chapelle, et les sœurs pourraient y communier, sauf pour le devoir pascal, qu’elles devaient accomplir en la collégiale ou dans une des paroisses locales «  en payans tous droits, oblacions et offrandes comme les aultres parrochiens font et qu’ils sont obligiés de faire »
Elles pouvaient faire dire la messe à leur gré, mais elles ne pouvaient faire faire « l’eawe benoitte le dimanche, par nul quelconque prebstre que ce soit, sinon pour elles seulement, et à huysse cloz, et si secrettement, que nulles personnes y puissent estre présents, fors seulement les religieuses dudit cowvent et nulz aultres »
Les messes de fondation, à dire dans la chapelle, étaient réservées au doyen et au chapitre de la collégiale. Les religieuses pouvaient recevoir la sépulture dans leur église ou dans l’enclos du couvent, mais ne pouvaient donner la sépulture aux étrangers.

Les sœurs grises se dévouèrent aux malades jusqu’à la révolution française qui les dispersa ; leur couvent fut vendu comme bien national. Les sœurs grises étaient encore au nombre de douze à Dinant, lorsqu’éclata la révolution ; sous la conduite de leur supérieure, Mère Marie Josèphe Dupont, elles quittèrent Dinant le 27 mai, pour y rentrer l’année suivante, mais furent bientôt forcées de se séparer.

Les Croisiers

L’Ordre des Croisiers de la Ste-Croix, ordre religieux et militaire, fut fondé en 1225 par Théodoric de Celles, chanoine de St-Lambert, qui renonça à sa prébende et, aidé par Hugues de Pierpont, établit à Huy une maison qui devint maison mère. Après la croisade contre les Albigeois que cet ordre prêcha, il abandonna la carrière des armes pour se vouer exclusivement à la contemplation et à la prière.

Lors de leur installation chez nous, les frères croisiers construisirent sur la lisière de l’Ile un vaste cloître dans l’enceinte duquel ils enclavèrent une église ruinée par l’âge (St-Laurent) qu’ils durent restaurer. Dispersés lors de la tourmente de 1466, momentanément ils se retirèrent à Huy. Quelques années plus tard, ils revinrent à Dinant où ils s’ingénièrent, au prix des plus lourds sacrifices, à remettre en état ce qui restait de leur prieuré.

Les Croisiers s’établirent donc à nouveau à Dinant, en 1491, dans la partie de la ville dite ason Dinant entre la Meuse, le bras de Meuse qui formait le quartier dit en Isle et la porte Martin sise au pied de la montagne. (2)

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Le couvent longeait les fortifications et les fossés remplis d’eau qui entouraient la ville en cet endroit ; ces religieux construisirent à leur usage l’église Saint-Laurent qui avait été détruite en 1466, et utilisèrent à cet effet les pierres de taille provenant des démolitions (1492).

En 1497, la ville leur accorda l’usage des fossés qui longeaient les murailles de l’enceinte, depuis la tour’ d’ason l’Ile jusqu’à la porte Martin (porte Saint-Nicolas depuis), c’est-à-dire sur toute la largeur de la ville depuis la Meuse jusqu’au pied de la montagne. Ces fossés devaient servir de vivier aux religieux, La ville se réservait, le droit de faire construire « tours, demi tours et autres forces dedans les dis fossés ou viviers ».

La généralité consultée, se rangea à l’avis du magistrat, et réserva, à son tour, la possibilité, pour les propriétaires d’héritages longeant les fossés pour le cas « où la rue encontre lesdits fossés se remaisonnast » d’accéder aux fossés, et d’avoir des escaliers menant à l’eau.

Pour enclore leur propriété, les Croisiers avaient obtenu l’aide financière de la ville, les bourgeois avaient vôté 40 florins et les batteurs et métiers avaient décidé de « contribuer selon que l’oweraige seroit »
Complètement restauré en 1498, le couvent des croisiers fut solennellement inauguré par Jean de Hornes, qui en consacra la nouvelle chapelle. Il semble que la ville ne s’exécutait pas, car, en 1541, les Croisiers demandèrent l’exécution de la promesse qui leur avait été faite.

En 1545, les maïeur et douze du métier de la batterie de Bouvignes, intentèrent procès aux Croisiers qui, affirmaient-ils, aux mépris de leurs privilèges, tiraient de certaine terre sise au pays de Namur, de la derle qu’ils vendaient à Dinant et ailleurs, en dehors du comté.

Les Bouvignois furent invités, par sentence du 25 mars 1542, à faire la preuve, avant les Pâques, que le terrain, dont provenait la derle, était dépendant du comté de Namur. Nous ne savons rien de plus de ce litige.
Augustin Jamar, prieur du couvent, en juin 1641, sollicitait réduction de la rente de dix muids d’épeautre, que devaient les Croisiers à l’hôpital de Dinant, il invoquait les frais que le couvent avait exposé pour la construction de la chapelle Notre-Dame, et le pillage des soldats qui s’exerça, notamment, au détriment de leur ferme de Lisogne. Le magistrat accorda une réduction de cinq muids.

L’église des Croisiers fut favorisée de la clientèle riche de la ville, et qu’il était devenu de mode pour les gens de condition, de se faire enterrer dans leur église. Le chapitre de la collégiale, dont les intérêts étaient lésés, prit ombrage de cette vogue, et signifia au prieur des Croisiers, d’avoir à refuser les demandes de sépulture dans son couvent. Le prieur refusa de s’incliner, et l’affaire fut soumise à arbitrage. La sentence d’arbitres, débouta les chanoines du chapitre de leur prétention.

Il est vraisemblable que cette vogue ne dura pas car, au commencement du XVIIIe siècle, le couvent n’était presque plus habité ; le magistrat fut obligé de demander au supérieur de l’ordre, à Huy, d’envoyer un nombre suffisant de religieux, pour satisfaire aux obligations que les Croisiers avaient contractées, en venant s’installer à Dinant ; il demandait,en outre, que les Dinantais qui faisaient profession dans le couvent de leur ville, ne fussent pas déplacés et envoyés dans d’autres communautés. (29 septembre 1729).

La décadence s’accentua, puisque les Croisiers quittèrent définitivement Dinant en 1779 ; à la révolution française, le commissaire de guerre, Muneret, fit servir de magasins à fourrages, les bâtiments abandonnés. Le couvent fut, par après, vendu comme bien national.

En 1830, le corps de logis et une partie des jardins ont été cédés aux frères Lion et ont passé ensuite aux mains du brasseur Piérard.

En 1874, en construisant, sur l’emplacement de l’église Saint Laurent, la maison Pierard actuelle, on trouva des monnaies anciennes de Guillaume II comte de Namur, de Ferdinand de Bar, etc., ainsi que plusieurs dinanderies qui furent offertes à M. Pierlot, ancien bourgmestre. (Hachez).

Liste chronologique des Prieurs des Pères Croisiers de Dinant :

Guillaume de Momale, 1502-1509 ;

Antoine de Brée, 1511 ;

Gérard de Montroyal, 1516-1520 ;

Antoine Roland, 1528 ;

Arndré Le Roy, 1531-1550 ;

Perpête Renard, 1560 ;

Mathieu Bauduin, 1573-1575 ;

Jean de Zande, 1582 ; encore cité en 1591 ;

Henri de Waremme, 1584 ;

Roland Ghenghellem, 1588 ;

Jean Landenne, 1590 ;

Roland Rolland, 1596-1598, dilapida les biens.

Jacques de Hodaige, 1605-1009 ;

Gérard Randaxhe, 1609 ;

Nicolas de Henri, 1610-1623 ; fut prieur dix-sept ans ;

Eustache Defresne, 1628-1631 ;

Augustin-Jamar, 1642-1664 ;

Gilles Wansoul, 1665-1676 ;

Nicolas Lambotte, 1680-1695 ; vivait encore en 1709 ;

Léonard Goffin, 1701-1707 ;

François Jehenneaux, 1709 ;

Louis Thiéry, 1719-1723 ;

Antoine Bauchaux, 1725-1736 ;

Lambert Englebert de Fisen, administrateur, 1736 ; prieur, 1737-1741 ; élu général de l’Ordre, 1742 ; démissionnaire, le 4 mai 1775 ;

P.-J. Piéret, 1775-1779.

Les Capucins

Les Capucins s’installèrent à Dinant au commencement du XVIIe siècle, à l’endroit où subsistent encore la plus grande’ partie des bâtiments conventuels et la chapelle qu’ils firent ériger sur la rive gauche de la Meuse, en amont du fauhourg Saint-Médard.

En 1612, le conseil de ville, ayant reçu avis de l’arrivée des Capucins, pour « ériger un Collège en ceste ville » , fit savoir au Père gardien de Namur ; qu’ils trouveraient difficilement un emplacement convenable.
Le 27 avril de l’année suivante, le prince-évêque, de l’assentiment du magistrat, autorisait l’érection du couvent,

Bien avisés, les Capucins avaient trouvé hors ville un emplacement idéal et ce qui reste de leur couvent constitue le plus ancien souvenir du Dinant d’autrefois. L’ensemble, qui a un réel cachet, a malheureusement été déparé par 1a construction voisine d’un hôpital civil, qui est bien la plus laide bâtisse qui soit.

Lors de la révolution française, les onze capucins qui habitaient le couvent émigrèrent ; ils quittèrent Dinant le 19 mai 1794 et revinrent en fin du. mois de juillet. Lorsque, le premier pluviôse de la quatrième année républicaine, la ville fit dresser la liste des émigrés, on constata que deux seulement d’entre eux étaient restés, les autres ayant à nouveau gagné l’étranger.

Ce couvent fut affecté à l’usage d’hospice et d’orphelinat ; en 1797.


Les Frères-Mineurs ou Cordeliers

Les frères mineurs vinrent s’installer à Dinant vers le commencement du XIIIe siècle, certainement avant 1232. Avec l’autorisation du magistrat, ils édifièrent leur monastère dans le voisinage de la porte Saint-André, qui donnait accès au faubourg de Leffe et qui fermait à l’occident l’entrée de la ville et englobèrent dans cette construction la vieille chapelle St-André, cédée par la ville.

La situation de ce couvent occasionna à ses occupants de nombreux déboires. En 1466, il pâtit en effet un des premiers de l’attaque des Bourguignons. Reconstruit en 1482, son cloître, par suite de l’extension donnée à la ligne de notre défense urbaine, dut être exproprié. Cette fois, il fut compris dans l’enceinte fortifiée, qui, avait été assez étendue, vers Leffe.

Cette abbaye perdit de plus une partie de ses jardins et de ses annexes, en sorte que les Moines s’y trouvaient très à l’étroit, quand un riche patricien, nommé Machurot, mit fin à cet état de choses en abandonnant une propriété contiguë qui leur permit de s’agrandir.

Saumery (Délices du pays de Liège, t, II, p. 265) en fait la description et signale qu’à son époque (1740), le couvent était enclavé entre trois gros bastions et d’autres ouvrages.

Cependant, les pauvres religieux n’étaient pas au bout de leurs mécomptes : En 1606, un ouragan renversa une partie des murailles de leur établissement et une cinquantaine d’années plus tard, l’occupation de notre place par les troupes de Louis le Grand remit en question son existence. Lors de l’occupation française de la fin du XVIIe siècle, les Français démolirent une partie du couvent (1690) qu’ils durent, reconstruire en vertu des clauses de la paix de Ryswyck (1698)qui, en mettant fin à l’occupation susdite, rendit aux moines leurs franches coudées ; ils en usèrent pour remettre leur maison dans l’état où elle se trouvait auparavant .

Le couvent des frères mineurs était une place franche aux assassins, c’est-à-dire que ceux qui, après avoir commis un homicide, pouvaient se réfugier dans son enceinte, étaient, tant qu’ils y demeuraient, à l’abri des atteintes de la justice. Nous ignorons à quelle cause le monastère des cordeliers dut ce privilège que seul à Dinant, il partageait avec le Perron, symbole de nos libertés communales.

Les Frères-Mineurs étaient dix à la Révolution française ; ils suivirent le mouvement d’émigration qui se produisit à Dinant en mai 1794 ; huit d’entre eux rentrèrent à Dinant, le premier mouvement d’affolement passé, après quelques mois ; mais il n’en restait que trois lorsque, en l’an IV, on dressa la liste des émigrés.

Ce couvent, devenu bien national, sert actuellement d’athénée et est propriété de la ville de Dinant (en 1936).

Les Jésuites

C’est à un Dinantais, Henri de Sommalle, né, vers 1534, reçu dans la Compagnie de Jésus en 1551, par saint Ignace de Loyola lui-même, que la ville de Dinant dut d’être dotée, une des premières en Belgique, d’un collège de Jésuites. Le 12 septembre1563, la généralité de la ville était convoquée, à l’initiative du Père de Sommalle, par le magistrat, pour décider de l’érection du collège projeté, dont le programme des études avait été publié quelques jours auparavant. Il devait y avoir trois classes : Grammaire, Syntaxe et Poésie.
L’écolage était gratuit.

Les messieurs d’emmy la ville estimaient qu’il y avait lieu d’attendre jusque Pâques ; quant aux batteurs et IX métiers, ils déclaraient faire confiance à Henry de Sommalle et à ceux à qui il jugerait bon de faire appel.
Le conseil de ville, se ralliant à la majorité, décida, six jours plus tard, que Henry de Sommalle serait le directeur des nouvelles écoles et qu’il recevr ait 80 florins par an payables, moitié par la ville, moitié par l’hôpital.
L’ouverture des cours eut lieu au mois d’octobre 1563.

Les Hutois, jaloux, semble-t-il, de l’initiative dinantaise, voulurent, eux aussi avoir leur collège, et ils firent des offres tentantes aux Jésuites de Dinant, à tel point que le magistrat dut intervenir auprès, du prince-êvêquc ,et que, par surcroît, il sollicita l’intervention de l’abbé séculier de la collégiale, Me Gérard Chevalier et de Me Henry de Vève, conseiller du prince-évêque, pour garder son collège.
Les Hutois avaient fait venir chez eux à la Saint-Jacques, Henry de Sommalle et lui avaient « présenté mirabilia comme maisons jardins pluisseurs et tout leur traitements », Ce sont des Dinantais qui parlent et ils ajoutent qu’il est possible que ce soient les parents des-jeunes gens de Huy qui font à Dinant leurs études, qui aient pensé à faire déplacer les. Jésuites.

Les alarmes des Dinantais ne furent pas longues, car, dès octobre de la même année, ils recevaient, de Gérard, de Groesbeek, et des félicitations et des encouragements à aider les Jésuites.
Le conseil, heureux du résultat de ses démarches, manifesta sa satisfaction en vôtant un supplément de traitement de 40 florins et 20 muids d’épeautre, à lever sur les biens de l’hôpital pour cette année 1564.

Les Jésuites ne tardèrent, pas à ouvrir une classe élémentaire, contrairement aux usages de leur ordre, puis encore deux nouvelles classes d’humanités. Mais les ressources manquaient ; il fallut payer le loyer des écoles, soit 50 florins, et subvenir aux besoins de douze personnes. Le subside annuel de, la commune ne suffisait .pas. La généralité, consultée une nouvelle fois, se prononça dans le sens indiqué par le magistrat et il fut octroyé aux Jésuites un subside annuel de 300 florins (28 avril 1565).

Mais comment trouver les 300 florins ? Ce n’était pas chose facile et on nomma une commission, qui... ne trouva rien.

En 1567, la situation devenait difficile ; le prince-évêque ne pouvant ou ne voulant intervenir, le conseil de ville proposa dé tirer100 florins hors des revenus des pieux lieux et de l’hôpital, jusqu’au moment où le prince-êvêque pourrait aider la ville et prendre sur soi la fondation et la dotation du collège.
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Les bourgeois d’emmy la ville et les IX métiers étaient favorables à cette proposition, mais les batteurs ne voulaient, rien entendre et ils proposèrent qu’on écrivit à nouveau à l’évêque.
C’est ce qu’on fit, en demandant à l’évêque de doter le collège des Jésuites de l’usufruit d’une prébende, à Fosses,Ciney ou Dinant (1er juillet 1567).

La ville revint à la charge, dans une missive du 5 août ; malheureusement, dès le lendemain, elle recevait une réponse désastreuse, le prince-évêque ne pouvait intervenir : « la cause en est par trop manifeste (écrit-il), asscavoir la malvaisté des temps passez qui encor continue » .

C’est le dernier document de ce siècle concernant les Jésuites, si bien qu’on ne sait au juste comment se termina l’affaire.
En 1573, le pont et la maison de ville avec la cloche porte, ayant été emportés par les eaux, la ville demandait au prince de l’aider à réparer les pertes qu’elle venait de faire et, notamment, lui signalait sa dette envers les Jésuites, qu’elle aurait voulu lui faire payer.

L’évêque promit son intervention et accorda aux religieux des bénéfices à sa collation à concurrence de 300 ducats ; la commune de son côté, s’obligeait au paiement d’une rente annuelle de 600 florins,
La ville de Dinant ne tint-elle pas ses promesses ? C’est à croire, car les Jésuites quittèrent la ville.

Il ne nous a pas été possible de déterminer le moment du départ des religieux, ni la durée exacte de leur absence de Dinant.
Nous savons simplement que, dès mai 1595, des bourgeois présentèrent requête au magistrat et au chapitre pour qu’on fît revenir les Jésuites pour l’enseignement de la jeunesse et le magistrat accueillit favorablement la requête, commettant, pour les négociations à entreprendre, deux des signataires de la requête, Jean Tyrion et Renier de Wespin, et maître France de Brumagne, Ces négociations n’avaient pas encore abouti en 1600, puisqu’au mois de mars de cette année, la ville écrivait au chapitre de la Collégiale que beaucoup de bourgeois réclamaient le retour des PP. Jésuites et elle suggérait au Provincial d’envoyer des religieux en résidence : « soubs espoir avec la commodité du temps accroissants la dévotion des personnes et moyens, de pouvoir procurer et dresser un collège complecte »

Le mois suivant, l’évêque Ernest de Bavière applaudit à ce projet et suggéra à la ville de provoquer les libéralités des bourgeois, pour rendre possible l’établissement définitif des Pères Jésuites à Dinant.

Le Provincial, Bernard Olivier, se montra entièrement favorable au projet, et des conférences eurent lieu entre lui, le doyen de Dinant et le grand vicaire de Liège, Jean Chapeaville. Le 14 juillet, le magistrat déléguait le chanoine Frésart auprès du prince-évêque, pour obtenir une subvention pour l’érection du collège. On n’aboutit pas,
En juillet 1607, nouvelle offensive du chapitre et du magistrat, sollicitant l’intervention de l’évêque. Le 15 juillet, celui-ci apostillait favorablement la requête et donnait mission à son chancelier de faire sans délai tout le nécessaire. Le 20 janvier 1608, enfin la ville de Dinant s’engageait à payer aux Pères Jésuites une rente annuelle de 300 florins, aussitôt qu’ils seraient de résidence à Dinant et 600 florins aussitôt que les écoles seraient ouvertes.

Les Pères devaient, comme autrefois, assurer l’enseignement primaire, qui serait gratuit.
Par testament, l’ancien bourgmestre, Antoine Wéry, et sa femme, avaient laissé 300 florins de rente aux Pères Jésuites, à la condition qu’ils donnassent l’enseignement (22 juin 1600).

La remontrance qui servit de base à la délibération de la généralité contient un passage qui mérite d’être reproduit et qui témoigne en faveur des administrateurs communaux de l’époque :
« Plus l’honneur qu’en recepverat cestedite ville laquelle en serait tant plus renommée et en bruict d’autant que les enfants des pauvres et riches seront instruits sans aucuns despens des parents, veeit tellement instruicte que des escolles d’ley se trouveront prestes pour ouyr la phylosophie ou bien entrer en monastère ou prendre estat sacerdotal voir pour estudier le droit là ou manquants les moyens aux pauvres plusieurs de bon esprit demeurent sans estre instruicts ny endoctrinez ».

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Plan des édifices religieux

Une difficulté se présenta ; la règle des Pères Jésuites n’admettait pas l’enseignement des abécédaires et la condition avait été formellement posée ; il fallut donc réunir à nouveau la généralité ; les bourgeois ne firent aucune difficulté pour la suppression de la condition mise à l’octroi du subside de 600 florins ; les batteurs donnèrent leur assentiment également, mais à la condition « que, de la part de son Altèze, seront constittués icy des maistres d’escolles pour enseigner lire, escrire, chiffrer et compter, au soulagement de la ville lesquels enseigneront les pauvres qui nouront moyens et dont leurs pères gaignent leur vyes à la force de leurs bras gratis, et les autres ayant les moyens payeront comme de coustume ».
Quant aux neuf métiers, ils refusèrent de modifier leur décision. Le magistrat passa outre à cette opposition et dispensa les Jésuites de l’enseignement primaire (24 mai 1608).
Par lettre du 26 janvier 1610, Ernest de Bavière confirma et amortit la rente de 600 florins accordée au collège des Jésuites.

Trois mois auparavant, le prince-évêque avait incorporé l’église Saint-Vincent aux propriétés que les Jésuites venaient d’acquérir pour servir de collège. C’étaient la maison de feu Claude Chevalier, échevin de Dinant, et celle fort vaste de Jean de Nollet, châtelain de Beaumont, sises rue Grande, auxquelles les Révérends Pères ajoutèrent ; en juin 1610, la maison du chanoine Bossaeus.

Cet ensemble d’immeubles faisait face à l’actuelle rue du Collège, qui a tiré son nom du fait qu’elle menait au collège des Jésuites.
Jusqu’alors, la résidence des Jésuites se trouvait dans le quartier Saint-Nicolas. La suppression de la paroisse de Saint-Vincent accrut d’autant les paroisses voisines de Saint-Michel et de Saint-Martin. L’abbé séculier du chapitre collégial de Dinant, Winand de Marotte, le prévôt, David Clichet, et le chapitre, avaient consenti à ce changement.
Le recteur de Saint-Vincent, le chanoine Adam du Miroir, avait remis sa démission à l’abbé séculier, qui était le collateur ordinaire de la cure de Saint-Vincent.

La ville aussi adressa une requête à l’abbé, pour obtenir la cession de la chapelle Saint-Vincent aux Jésuites. Le supérieur de la résidence de Dinant, Perpète Martin, prit possession solennellement de la chapelle, le 12 novembre 1609 ; les Jésuites reçurent de Ferdinand de Bavière, en 1614, l’autorisation d’inhumer dans leur chapelle leurs bienfaiteurs et amis et celui de prêcher pour le peuple les dimanches, les jours de fête pendant l’Avent et le Carême.

La confrérie de Saint-Quentin, qui était érigée en la chapelle Saint-Vincent, passa à l’église Saint-Michel ; quant aux fondations, elle furent attribuées à l’autel de Saint-Vincent et Sainte-Barbe en la collégiale.
Quelques mois après cette nouvelle affectation de la chapelle Saint-Vincent, la ville octroyait un subside aux Pères pour leur permettre d’agrandir leur église par un jubé . La ville prenait, en outre, la charge de l’entretien de l’horloge de l’église.

Au mois de janvier 1917, Ferdinand, de Bavière écrivait à la ville de Dinant pour la prier de prendre à sa charge la mise en état et l’entretien des locaux du collège, « entendu que les escoles qu’ils ont en nostre ville de Dinant sont bien ruyneuses et malpropres ».

La chapelle de l’ancienne paroisse Saint-Vincent s’avéra bientôt de dimensions trop exiguës et les Pères conçurent le projet de bâtir une nouvelle église ; ils acquirent un jardin ; appelé le cortil Daniel, avec l’intention de l’offrir en échange à la compagnie dès arbalétriers, contre le jardin dans lequel on s’exerçait au tir à l’arbalète.
Le prince-évêque écrivit à la ville et aux arbalétriers pour obtenir leur assentiment, insistant pour que le projet des Jésuites se réalisât « comme chose qui nous est fort à cœur ». (février 1625).

L’église des Jésuites devint bientôt une des plus belles et des plus importantes de la ville. Saumery en donne la description (1740) et affirme que la première pierre en fut posée en 1661. Il y a donc, lieu de penser que les pourparlers pour cession du terrain des arbalétriers furent de longue durée ; même en 1661, on voit le prince-évêque Maxilien-Henri intervenir, pour que la ville cède aux Jésuites une ruelle qui devait permettre de donner à la nef gauche, toute son ampleur. La ville présenta des observations à cette cession et répondit au prince-évêque que la généralité assemblée déjà par deux fois, s’était montrée hostile.

L’année suivante, le prince-évêque dotait les Jésuites de la maison, des biens et revenus de la léproserie de Ham, à la condition de donner le cathéchisme et d’assurer le service du culte à Ham et, éventuellement, de donner le vivre et le couvert aux lépreux, s’il en, survenait encore dans la région de la fondation de cette léproserie.

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Les Jésuites avaient l’obligation de tenir cinq classes latines, suivant l’accord qu’ils avaient pris avec la ville ; il se fit que, en 1672, ils n’avaient que quatre professeurs, dont deux prêtres. La ville menaça de supprimer son subside annuel, si la convention n’était respectée. Le Provincial fit savoir à la ville que l’Ordre avait perdu, sur, l’espace de deux ans, dans la seule province de Belgique, plus de quatre-vingt membres de la compagnie, et qu’il avait dû réduire le nombre .des professeurs partout, sur mandement du Supérieur généraI de l’Ordre.
La ville s’entêta et le conflit fit long feu, et nous savons qu’en fin de compte les Pères fermèrent le collège.

Le différend se termina en 1683 ; la ville consentit, à payer aux Jésuites une subvention annuelle de 800 florins pour ouvrir à nouveau le collège et y tenir cinq classes distinctes d’humanités, savoir : figure, grammaire, syntaxe, poésie et rhétorique.

Les Jésuites, pour garantie donnaient leur petite cense et une terre sur Gemmechenne et aussi quatre cents florins de rente que Jeanne Thirion donnait le jour même aux Jésuites pour que fut réalisée la condition imposée par la ville de Dinant (5juin 1683)
Déjà, en 1671, Jean le Febvre, chanoine de N.D. de Dinant, avait légué aux Jésuites, diverses rentes a la condition que le collège entretint cinq professeurs.

Le collège des Jésuites de Dinant jouit d’une solide réputation et, notamment, il y a lieu de signaler son activité dans le domaine littéraire.

En 1760, une discussion s’amorça entre les Jésuites et le bourgmestre Rossius ; la question du subside annuel fut remise en jeu et la généralité assemblée.
Il fut décidé de continuer le subside tel qu’il avait été fixé en 1683 et l’économie à réaliser par la suppression du banquet annuel fut envisagée comme de trop peu d’importance.

La suppression de l’ordre, ayant été décidée dans les Pays-Bas autrichiens (1773), le prince-êvêque de Liége racheta à la Compagnie les biens qui lui appartenait à Dinant..

Le conseil de ville et les couvents au XVIIème siècle

Au XVIIème siècle, le magistrat de Dinant s’opposa’ à diverses reprises à l’installation dans la ville de nouvelles communautés religieuses ; ainsi, en 1626, il ne donna aucune suite à une requête de l’abbesse des Bénédictines de la Paix-Notre-Dame, à Namur , qui demandait ses « faveurs, bienveulance et crédit pour l’ érection d’un Cloître de Bénédictines, L’abbesse avait déjà acquis une maison en Ile à cette fin ».

En 1639, la supérieure des Annonciades célestes de Liège sollicita l’autorisation de fonder, à Dinant, un couvent de cet ordre ; elle disait avoir l’appui du prince-êvêque ; l’affaire fit long feu car huit mois plus tard, aucune décision n’avait été prise et le prince-êvêque, étant intervenu, le magistrat convoqua la généralité ; en suite de la ’réunion des bourgeois, il fut décidé d’escrire une lettre d’excuses à S. A. pour regarde que la ville est chargée d’aultres cloîtres de religieux et religieuses.

Le magistrat de Dinant intervint même lorsque, en 1648, les Carmes déchaussés voulurent s’établir à Foy-Notre-Dame. Le conseil écrivit au suffragant de Liége, pour le prier d’empêcher cette nouvelle fondation ; L’évêque fit savoir que, puisque l’avis du magistrat et du clergé était défavorable, l’autorisation ne serait pas accordée.

Les magistrats communaux, écrit Brouwers, considéraient que l’installation de ces nouveaux couvents constituait une charge sérieuse pour la communauté des habitants, ce qui explique leur hostilité ; et, il ajoute, que l’attitude des princes-êvêques de Liége, contrastait avec celle des gouverneurs des Pays-Bas, qui,à maintes reprises, obligèrent les magistrats communaux, non seulement,à, recevoir les nouveaux ordres religieux, mais aussi à leur fournir des subsides spéciaux pour subvenir à la construction et à l’embellissement de leurs couvents, (O. D. Brouwers, Namurcum. 8ème année 1931 pp. 25-28)

Il y a lieu de noter que les Jésuites écossais de Douai, ayant, en 1765, sollicité du prince-évêque, l’autorisation d’ouvrir un établissement d’enseignement dans une ville de la principauté, les bourgeois de Dinant et le magistrat consultés, furent unanimes à donner un avis favorable à ce projet, qui, croyons-nous, n’eut pas de suite, car nous n’avons trouvé aucune trace de l’installation des Jésuites écossais dans notre ville.

Mais cette décision montre quelle faveur rencontraient, à Dinant, les ordres religieux qui s’occupaient de l’instruction de la jeunesse.


Les Béguinages et les recluses.

Les XIIème et XIIIème siècles virent dans nos contrées l’éclosion d’un vif sentiment religieux, qui se traduisit par les manifestations les plus diverses et spécialement par quantité de donations aux églises et couvents et par des fondations de bienfaisance.

Auprès des églises et des couvents, on vit s’installer, dans de modestes retraites, des recluses qui consacraient leur temps à la prière ou à des œuvres de charité. Ainsi on en voit souvent auprès des hôpitaux et des léproseries.
Dinant eût ses recluses. Marie de Hour, recluse de Saint-Jacques, fait en 1229 et en 1236, des donations à l’abbaye de Leffe ; le curieux testament de Marguerite, fille du seigneur Aubry de l’Ile, daté de 1264, mentionne des recluses à Saint-Pierre, à Saint-Menge et aux Grands-Malades.

A la même époque, il est fait mention de béguinages ; une béguine de Leffe, Elaïde vend une maison située à Leffe, près du pont sur le ruisseau, en 1242 ; il semble que c’est à Leffe que s’établit à Dinant, le premier béguinage dinantais, le testament d’une béguine, Heilhewis Soutre, de Dinant (1302), fait allusion à ce béguinage et à son hôpital ; la testatrice institue pour ses légataires, entr’autres institutions de bienfaisance, l’ hôpital StJean, celui des Grands-Malades, la table des pauvres et les béguines de Dinant et de Leffe ; elle stipule qu’une de ses maisons, servira de refuge pour des béguines qui « soient bonnes et honnestes ».

Un document cite, en 1312, le couvent d’Arras, sis près la porte Saint-André, qui sera appelé, au XV" siècle, le béguinage d’Arras. En 1344, l’abbé de Brogne, Alard fonde un béguinage dans la rue En Rhée ; l’hôpital des béguines, fondé par Lambert le Sage, est cité en 1430 et 1452 ; en 1458, on trouve mention aux comptes de la ville, du béguinage Wautier de Corenne, à Saint-Médard. Ces institutions furent généralement éphémères ; un seul de ces béguinages eut une vie assez longue, c’est le béguinage dit de Saint-Jean l’Evangéliste et de Sainte-Marie-Madeleine, fondé à Leffe, par le testament d’une béguine, Anne Besselle,

C’était plutôt un hôpital pour femmes âgées situé hors des murs de la ville et qui avait sa chapelle particulière. Il est cité dans plusieurs documents dès le dernier quart du XIV siècle. En 1455, les béguines furent remplacées par des Carmélites. Le pape Pie II, dans une bulle du 4 janvier 1458, parle ainsi de cette maison : « quamdam domum, seu hospitale seu beghinagium, sub vocabulo Sti Joannis Evang., extra muros oppidi Dionentensis, in qua seu quo certae mulieres in senio constitutae degebant ».
Le béguinage ou l’hôpital de béguines, possédait des biens importants et de nombreux revenus ; l’abbé de Leffe en est cité comme souverain mambour, en 1378, et c’est à ce titre qu’il fit des difficultés aux Carmélites, lorsqu’elles succédèrent aux béguines en 1455 .

Les Prémontrés et l’abbaye de Leffe

Cette partie, trop copieuse, fera l’objet d’ un article ultérieur

(1) Le couvent des Sœurs grises était situé sur l’emplacement actuel de la rue don Palais de Justice, et comprenait la largeur de rue allant, avant guerre, jusqu’à la ruelle dite du Lombard, soit les immeubles Burton, Henin, Pirot, actuels ; la ruelle du Lombard, supprimée en 1919, débouchait en face de la porte de la propriété de M. le juge de paix Laurent)

(2) Cela représente actuellement parti des propriétés Paul Henry, Camille Piérard, Emile Laurent et Georges Monin (vers 1932)

Extraits de « Histoire de Dinant » par Henri Hachez Ed.Willems-Vandenborre Bruxelles 1932 et
« Histoire de la Ville de Dinant » par Edouard Gerard Ed. Vers l’Avenir Namur 1936

Clichés coll . M Hubert

Michel M E HUBERT