Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

LA RESTAURATION DE LA COLLEGIALE DE DINANT APRES LE SAC DE CHARLES LE TEMERAIRE

5 septembre 2006 - Michel HUBERT

Une première partie montre comment furent récoltées les sommes importantes nécessaires à la reconstuction.

Une seconde partie donne une description succincte de la Collégiale

Le 4 mai 1472, six ans après le sac de Dinant, le duc Charles de Bourgogne autorisa les chanoines de la Collégiale à rebâtir leur église et à édifier dans ses environs treize maisons pour leurs demeures. A vrai dire, il ne s’agissait pas pour la Collégiale d’une reconstruction, mais d’une restauration très importante, dont les frais devaient s’élever à une somme considérable pour l’époque. En effet, il résulte des comptes des cinq premières années, que les dépenses de réparations s’élevèrent à 80.000 francs.

Le 25 septembre 1472, l’évêque de Liége autorisa les chanoines à faire des quêtes dans la principauté et dans son diocèse.

Le 12 mars 1473, à la demande du Chapitre de Notre-Dame, le duc de Bourgogne lui donna une autorisation semblable pour ses Etats. Enfin, le 14 juin 1472, Louis de Bourbon affecta, pour dix ans, aux travaux de reconstruction de l’église Notre-Dame, les revenus des hôpitaux de Dinant. En vertu de ce mandement, un registre spécial fut ouvert pour inscrire les recettes des rentes des années 1473 à 1477. C’est au milieu de ce registre que l’abbé Tichon a trouvé un petit cahier des quêtes faites au pays de Liége par Jean Duchêne, chapelain de Dinant.

C’est un compte, de l’écriture cursive de l’époque, remis au net par le quêteur, pour servir de pièce justificative au receveur.

Maintenant, suivons le chapelain dans ses pérégrinations : Il part de Visé pour revenir à Herstal. Il fait un voyage circulaire compliqué de quelques zigzags, au sud-est de la province actuelle de Liége, effleurant le sommet de la province de Namur.

Le 23 janvier, dimanche après la Saint-Vincent, il est à Visé ; le lendemain à Haccourt et Hallebaye. Le 25, fête de Saint-Paul il est à Charneux dès le matin, et à Herve à l’heure de la grand’messe.Il passe le jeudi 27 et le vendredi 28 à Limbourg et le samedi à Theux.Le 31, il chante une messe spéciale à Jalhay, et à l’heure de la grand’messe il se trouve à Sart-lez-Spa. Le 1 et février il est à Spa ; le lendemain, jour de la Purification.
à Stavelot. Nous le trouvons à Malmédy le 4 et le 5. Le dimanche, 6 février, il collecte à Wanne et Lierneux. II arrive à Bra le lundi 7, à Chevron le mardi de grand matin, et à l’heure de la grandd’messe à Bodeux et à Rahier. IlI se rend à Grand-Menil le 9, à Malempré et à Odeigne le 10. De là, il remonte à Harzé où il arrive le 12 ; il consacre le dimanche 13 à Sougné et Aywaille. Le 14, il arrive à Sprimont ; puis il approche de Liége et est à Tilleur le 22 ; le lendemain, mercredi 23, il est à Seraing et termine sa tournée le jeudi 24 à Herstal.

C’est le seul voyage dont il nous donne le détail ; cependant il en fit d’autres : à Maestricht, où il fut précédé par un frère prêcheur ; à Montreuil, à Boulogne, à Arras, le pénultième jour de février 1476.

D’autres membres du Chapitre de Dinant se dévouèrent dans le même but. Le doyen Jean de Ruelle alla quêter à Saint-Trond, Curange, Namur, Huvy et Tournai. Le chanoine Jean de Reteit se rendit à Namur et en d’autres villes. Le prévôt alla quêter à Huy du « keuvre » pour les cloches. Le receveur Gérard de Lannoy, prêtre, chanoine, écolâtre, alla à Beauvais, Questine-Ie- Val et plusieurs autres « plaches ». Simon Cosson, Ansiau, Symon Fourcolle. Thomas, messire de Saint-Bertoul, dont on ignore les titres, fûrent envoyés comme quêteurs en différents pays ; ce dernier se munit de reliquaires pour parcourir le diocèse de Cambrai.

Le produit de la collecte de Jean Duchêne au pays de Liége est le plus important qui soit signalé au compte. Mais il est fort probable que de nombreux cahiers avaient été annexés au registre comme pièces justificatives, et qu’ils ont été perdus.

Le chapitre de cathédrale de Liége et l’évêque envoyèrent de généreuses cotisations.
Les aumônes se font surtout en monnaies. On trouve pourtant des dons en nature : avoine, épeautre, seigle, farine, lin, voile, essuie-mains (manuterges), cire, clous, anneaux, même de vieux pots. II n’est cité que quatre sortes de monnaie : le sol, l’aidant ordinaire, l’aidant Borbon ou Bourguignon et le florin du Rhin.

A propos de la collégiale, voici ce qu’écrivait Jean d’Ardenne dans son Guide du Touriste, en 1890 :

Notre-Dame de Dinant est un curieux édifice du XIIIe siècle, qui a subi aux siècles suivants les modifications et mutilations ordinaires, mais modérément et sans perdre son caractère primitif. On peut même dire que c’est le spécimen le plus complet qui subsiste en Belgique de l’architecture ogivale primaire.

Une restauration intelligente, sinon irréprochable, entreprise depuis 1855, sous la direction de MM. Van Ysendyck et Schoonejans, poursuivie par M. Van Assche, avec la collaboration de M. Bethune d’Idewalle, est en train de remettre l’édifice dans un état décent et de le débarrasser des ignominies accumulées, selon la formule, par les deux siècles précédents. L’intérieur, gratté, a repris sa physionomie rationnelle.

Le vaisseau, long de 50 mètres, large de 20, 30 entre les transepts, est à triple nef, sans chapelles latérales. La nef centrale, avec clefs de voûte écussonnées, a 22 mètres et demi de hauteur ; les autres, un peu moins de 14 mètres. Deux piles en faisceau, puis des colonnes cylindriques, à chapiteaux dépourvus d’ornements, portent les grandes arcades.

Le chœur, séparé de son collatéral par des colonnes plus minces surmontées de chapiteaux à crochets, est de dimensions restreintes, à cause du rocher auquel il est adossé. Un triforium à arcatures trilobées dans la nef, lancéolées dans le chœur, portées sur colonnettes, règne tout autour de l’édifice.

Evidemment bâtie sur les ruines d’un temple plus ancien, l’église montre encore dans ses parties basses les vestiges de cette construction primitive : au chevet du chœur, derrière l’autel. une grande arcade aveugle, à voussure formée de boudins en retraite, retombant sur des colonnettes triples à chapiteaux palmés : au collatéral gauche, une seconde arcade bouchée, en plein cintre, avec ornements tout autour de l’archivolte, et à l’extérieur, de curieux bas-reliefs ; enfin, du côté opposé, à droite du porche latéral, la chapelle des fonts baptismaux, espèce d’oratoire carré, en contre-bas du sol de l’église, à voûte en berceau, orné également d’une arcature à colonnettes ; le tout du style roman secondaire. Les fonts eux-mêmes sont du XIIe siècle.

La grande fenêtre du transept nord et les fenêtres du chœur ont seules conservé le caractère ogival du XIIIe siècle ; elles sont à triple lancette, avec roses trilobées au transept ; la grande fenêtre du transept qui regarde la place et celle de la nef sont bien postérieures et ont des meneaux flamboyants.

La lourde façade principale offre un portail unique à ogives retraitées, à voussures décorées de statuettes que la fièvre iconoclaste de 1793 vint mutiler ici comme partout ; il se partage en deux baies avec tympan décoré, percé d’une rose, et trumeau à colonnette (la statue que portait le chapiteau est absente.) Au-dessus, une grande fenêtre ogivale. Deux tronçons de tours carrées, massives, flanquent la façade qu’elles ne dépassent guère.

Le dix-septième siècle dressa, au milieu, cette flèche singulière, en forme de courge allongée, côtelée, revêtue d’ardoises, éternel sujet de moqueries et d’appréhensions, qui résista aux unes et aux autres, et contribue, malgré tout, à accentuer la physionomie originale de Dinant. Le jour où l’orgueilleux et assez inutile projet de l’achèvement des deux tours aura fait disparaître ce clocher, nous le regrettons fort et il manquera quelque chose à notre Dinant familier. (N. D. L. R. : On sait que ce projet a été abandonné.)

(1)D’après l’abbé Tichon, Bulletin de la Commission royale d’Histoire, t. 78.

Extrait de « Sambre-et-Meuse » Organe officiel du Cercle des XV 2ème série n°4 Janvier 1935.

Michel M.E. HUBERT