Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

LA RENOVATION DE LA DINANDERIE D’ART MOSANE (1888 - 2001).

19 décembre 2016 - Georges Degaudinne

Michel Coleau, historien et archiviste de la Ville de Dinant, vient de publier dans un catalogue édité par la Société archéologique de Namur, un article très fouillé sur la dinanderie.

Si aujourd’hui, presque plus rien n’évoque le souvenir de la prestigieuse activité artisanale et marchande de la cité mosane, ce n’est pas sans compter les tentatives pour sa rénovation entreprises depuis 1888.

Le Moyen Age et la Renaissance constituent incontestablement l’age d’or de la dinanderie. Cette dernière va pourtant montrer des signes d’essoufflement à partir du Siècle des Lumières pour enfin voir son déclin au XIXe siècle par l’utilisation de l’estampage et l’introduction de la fabrication en série.

En 1896, seul un établissement occupant 4 ouvriers est encore en activité à Dinant. Mais la ville qui devient un centre industriel lainier et un centre de villégiature est en pleine mutation et explose démographiquement. En dépit de la création d’un éphémère musée d’œuvres d’art, la disparition de la dinanderie semble inévitable.

En 1903, un groupe de passionnés, épaulés par des mandataires communaux se met en tête de monter une exposition de dinanderies d’art dans un hôtel de ville transformé en palais de la Renaissance. Ce sera un énorme succès de foule.

Dans la foulée de cette exposition, puis d’une seconde en 1907, une école de dinanderie est créée. Malheureusement, le projet s’essoufflera rapidement et l’établissement fermera ses portes en 1911.

Cependant, des investisseurs avisées saisissent l’opportunité d’une reprise de cet artisanat et vont proposer dans leurs magasins, une large variété d’objets (articles de ménage, appareils de chauffage, d’éclairage,...).

L’été 1914, la cité des Copères est anéantie par l’extrême sauvagerie dont l’envahisseur allemand se rend coupable.

Le dinandier Ernest Houbion, suivi de plusieurs autres, relève l’artisanat dès 1919. De nombreux dinandiers vont se mettre au travail et emploieront une main d’œuvre très qualifiée. La concurrence des autres villes du pays, la production trop stéréotypée et la grande crise du début des années trente vont provoquer un ralentissement des productions de dinanderies.

Mais des voix ne tarderont pas à s’élever, dont celle du chanoine Hayot de Bouvignes, plaidant en faveur du retour d’une production de dinanderie d’art. Le Bouvignois Albert Maudoux et son équipe vont s’illustrer à plusieurs reprises lors d’expositions internationales en présentant des pièces remarquables.

Profitant de bonnes dispositions des mandataires locaux à l’égard des tentatives de renouveau artistique, un jeune architecte, Edouard Frankinet fils, suggère le rétablissement d’une école de dinanderie dès la fin des années trente. Celle-ci ouvre ses portes en 1941 mais malheureusement n’affichera pas l’engouement espéré car peu de Dinantais se sentent concernés.

Les démarches sans cesse répétées des infatigables défenseurs de la dinanderie (Frankinet, Biettlot, Raulin,...) auprès des autorités communales pour le maintien de l’artisanat à Dinant se soldent par de cuisants échecs. La Ville ne souhaite plus investir le moindre franc dans l’aventure.

Lors de l’Exposition des Métiers d’Art à Namur, en juin 57, le désintérêt ou la mauvaise humeur des dinandiers à l’égard de certains politiciens et responsables du tourisme local est manifeste : une seule pièce en cuivre, perdue dans un stand est visible !

L’année suivante verra une remise à l’honneur de la dinanderie lors de l’Exposition universelle et internationale de Bruxelles. Une nouvelle exposition a lieu à Dinant simultanément qui réussira le pari de rassembler plus de 600 pièces anciennes et modernes. Mais les organisateurs sont consternés par le peu de visiteurs enregistrés ; la cause étant l’énorme attrait de ces derniers pour l’Exposition Universelle de Bruxelles. C’est sur un constat amer que l’exposition dinantaise fermera ses portes le 27 septembre 1958.

En 1967, c’est au tour du Dr. Beghin d’imprimer un nouvel essor à la dinanderie. Grâce à l’aide des « Services clubs » dinantais, il parvient à monter une nouvelle exposition dans les locaux de l’hôtel de ville, en 1969. Plus de 140 pièces sont exposées autour de la carte monumentale de la Belgique destinée au pavillon belge de l’exposition d’Osaka au Japon.

Les deux décennies suivantes constitueront une parenthèse. Le décès du « maître » Biettlot survient en 1983 et en 1985, le petit-fils d’Albert Maudoux, Philippe Gillain, renonce à l’activité. Signe qui ne trompe pas, les principaux acteurs, mobilisés jadis autour d’une cause commune, se sont assoupis.

En 1990, le fils de Fernand Biettlot est contraint de cesser ses activités, étranglé par le poids des charges sociales. L’atelier est repri par Jean-Paul Brichet qui tente, en dépit de nombreuses difficultés, de prospecter des marchés mais la dinanderie est moribonde et les ennuis financiers ne tardent pas à poindre. En été 1993, c’est dans un ancien relais de batellerie de Neffe qu’un musée permanent consacré au cuivre et à la dinanderie voit le jour à l’initiative de Pierre Brichet, père de Jean-Paul. Malheureusement, l’aventure sera de courte durée, en 1995, c’est la faillite...

La cité mosane ne compte plus, à ce moment que deux dinandiers, Guy Guillaume à Bouvignes (qui cessera ses activités en 2003) et Guy Clabots, installé à Leffe depuis 1996.

La disparition de la dinanderie de la cité mosane est-elle inéluctable ? Les esprits chagrins le pensent. Guy Clabots, le dernier dinandier à porter le flambeau d’un des plus beaux fleurons de la ville de Dinant, préfère voir dans l’attrait exercé par cet artisanat auprès du public, des signes d’espérance. L’Histoire dira si ses espoirs étaient fondés.

Michel Coleau

Les Echos de Crèvecoeur, n° 20 2005