Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

LA MEUSE DE FREYR A HASTIERE : LES MYSTERES DU COLEBI

30 octobre 2008 - Michel HUBERT

Déjà cité dans le précédent article sur la région de Freyr à quelques kms de Dinant , vers Falmignoul, la visite du Colebi et de ses « cuves » était un lieu de promenade et de pique-nique très prisé par nos parents ou grands-parents dinantais ou de la région, à une époque où on ne se précipitait pas pour avaler des kms pendant les week-ends
Je ne sais s’il est encore fort visité aujourd’hui.

COLEBI signifie, dans le pays, colombier. On trouve d’ailleurs dans un texte de 1729 l’appellation « Le Colombier ». Quelle est la circonstance qui permit de désigner ainsi le sauvage ravin ? On ne sait.

Les noms de lieux-dits sont dus aux habitants, bücherons et cultivateurs ; jamais ils ne se préoccupent ni du caractère pittoresque ni des causes scientifiques. Pour eux, un beau bois est celui dont le rendement est bon, et une laide côte est un versant peu productif. Il n’aurait pas été étonnant que le Colébi s’appelât la laide vallée, parce que l’exploitation forestière y est malaisée.

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Le Colébi Gravure ancienne (Coll.M.Hubert)

Le Colébi présente deux particularités :

1. C’est un torrent à pente rapide, dont les eaux, en tourbillonnant, ont creusé des « cuves ».

2. Le ruisseau est absorbé dans le calcaire et le ravin est sec, sauf après les pluies violentes

LES CUVES DU COLEBI -

Le lit à sec du Colèbi est à l’altitude 180 là où il s’encaisse brusquement ; la Meuse, qu’il atteint après un trajet de 600 mètres est à l’altitude 90, soit donc pour cette partie du vallon, une pente de 15 %’
Le phénomène est le suivant : l’eau, glissant rapidement sur des parois raides, acquiert une certaine vitesse et tourbillonne à certains endroits ; dans ce mouvement giratoire, les particules de sable quartzeux entraînées par l’eau usent la roche et forment des espèces de cuves ou marmites .

La formation des cuves peut s’observer sur le vif dans un sol schisteux.
Le ruisseau disparu du Colébi a effectué un travail identique dans la roche calcaire. Ces deux exemples permettent d’affirmer qu’il s’agit bien d’une action mécanique, et non chimique, indépendante de la nature de la roche.

Primitivement, le niveau de la Meuse, était beaucoup plus élevé. A mesure que ce niveau s’est abaissé, pour atteindre finalement le niveau actuel, le ravin s’est approfondi aussi, vers l’aval d’abord, l’érosion se poursuivant progressivement d’aval en amont, jusqu’à ce que le profil en long du vallon soit parabolique, c’est-à-dire à forte pente vers l’amont, pente s’adoucissant jusqu’à devenir insensible à l’embouchure. C’est dans la partie amont du défilé que l’on rencontre la pente la plus accusée et des cascades remarquables y existèrent. C’est là que sont les cuves. Si l’érosion se poursuivait, ces cuves se démantèleraient comme les cuves d’aval se sont jadis démantelées et le ravin en amont continuerait à s’approfondir. .

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Schéma des cuves du Colébi

On reconnaît nettement une série de grandes cuves A, B, C, D et E (voir schéma). Les seuils des gradins sont plus élevés que les fonds des cuves et l’eau pluviale séjourne donc ; ainsi le seuil 2 dépasse le fond de A de 0 m. 80. D’une cuve à l’autre, la dénivellation est de 1 à 2 mètres.

En réalité, le phénomène se complique : ainsi des cuves se sont amorcées en A’, A", B’, B", C’, mais la direction de l’eau ayant dévié, d’autres cuves se sont creusées et ont provoqué la destruction des premières cuves, dont un seul côté subsiste.

L’ORAGE DE 1865. - « Le 21 juillet 1865, un orage produisit de grands ravages dans ce ravin. Le rocher, constitué par la dolomie silicieuse et par les calcaires à phtanites, fut creusé à une profondeur de 3 et même 4 mètres en quelques heures, par les torrents d’.eau qui se précipitèrent dans le ravin. La quantité de pierres arrachées sur la longueur d’un kilomètre fut telle que le cours de la Meuse en fut presque obstrué. On a dü extraire du fleuve plus de 12.000 mètres cubes de ces pierres pour y rétablir la navigation. » (Ed. Dupont, 1883)

A la suite de cet événement, on s’est demandé si le Colébi n’était pas de formation récente. La question a été mise au point : « Les calcaires gris clairs dolomitiques, mal stratifiés du Colébi, et parsemés de bandes de phtanites blonds sont par eux-mêmes fortement fendillés et fissurés, sur une certaine épaisseur, dans leurs affleurements. Pendant l’hiver, la gelée tend à dissocier de plus en plus les roches et l’irrégularité de leur structure hétérogène, causé par la présence des rognons siliceux de cherts, ne fait qu’accentuer leur désagrégation. On comprend qu’une surface rocheuse ainsi préparée pendant de longues années d’intempéries et de pluies ordinaires, se prêtera à une ablation mécanique formidable le jour où des torrents d’eau viendront brusquement pénétrer ses masses inconsistantes. Les durs et solides rognons silicieux, étant dégagés, doivent former projectiles, achevant d’émietter les massifs fendillés d’aval. Ainsi peut s’expliquer, non comme une application normale des lois de l’érosion mécanique dans les calcaires, mais comme un cas exceptionnel et fort rare, du moins dans les calcaires du Primaire belge, l’abaissement de 3 à 4 mètres observé au Colébi. » (Vandenbroeck, Martel et Rahir, Cavernes et Rivières souterraines de la Belgique, 1910).

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Plan du site

Les fouilles pratiquées dans une caverne du Colèbi ont révélé l’absence complète de dépôt quaternaire ; jusqu’à présent, aucune trace de dépôt quaternaire n’a été découverte. On a voulu en déduire que la formation du Colèbi était post-quaternaire. Or, dans la grotte précitée, on a découvert un cailloutis qui s’est déposé après la période quaternaire, ce qui prouve qu’un ruisseau souterrain en sortait, après l’époque quaternaire. Les trouvailles néolithiques du Trou Félix prouvent, d’autre part, qu’à l’époque néolithique (quaternaire) la caverne était accessible par le vallon, celui-ci existait donc certainement. L’absence de terrain quaternaire déposé dans le vallon prouve simplement que ces dépôts ont été arrachés par les crues.

Comment se fait-il que le Colébi de même que les Crétias et les Vaux, soient dépourvus de ruisseau ? Voici le phénomène : l’eau des ruisseaux contient de l’acide carbonique. Cet acide a la propriété de dissoudre le calcaire ; celui-ci se fissure et, le travail se poursuivant toujours, un passage souterrain finit par être créé.
Jadis, les eaux ruisselaient sur le plateau, avant la formation de nos vallées actuelles ; peu à peu elles attaquèrent le calcaire et y forèrent des galeries. Mais, dans celles-ci, le même travail s’opéra et ainsi des galeries superposées se formèrent. A Remouchamps et à Rochefort on en observe deux, à Tilff, on en observe quatre. A Remouchamps, on connaît un grand nombre de points d’engouffrement ou chantoirs dans la vallée appelée Sècheval ; on a pu démontrer que ces eaux réapparaissent dans la grotte de Remouchamps et alimentent le ruisseau traversant la grotte.

Ici le phénomène paraît moins clair. On sait que le ruisseau de Falmignoul, qui est assez important, se perd dans le calcaire, après avoir coulé sur un sol psammitlque ; il disparaît en une série de points ; en 1905 on en signalait 4 ; en 1907, on en signalait une dizaine, sans compter des points d’engouffrement qui ne fonctionnent qu’en temps de crue. Le ruisseau des Crétias se perd également.

S’il est facile de voir où l’eau s’engouffre, il est plus difficile de savoir où elle sort. Il y a bien une tradition locale qui veut que les eaux du ruisseau de Falmignoul sortent en F (voir carte), en face de Waulsort, à côté de l’ossuaire néolithique ou en G. Mals, certains habitants le contestent. Ces venues d’eau se troublent parfois après une crue du ruisseau de Falmignoul.

Il existe en J, au passage d’eau de Waulsort .une venue d’eau ; elle ne se trouble jamais et débite 1.000 mètres cubes par 24 heures ; l’eau dépose une forte quantité de tuf calcaire, ce qui prouve souvent une longue élaboration. A 25 mètres en aval, à l’issue du ravin des Crétias, il existe une résurgence G. La résurgence de l’ossuaire néolithique, F, est à 120 mètres de là. Les sources F et G ont la même température, et cette température est celle habituelle des vraies sources. Au débouché du Colébi il y a aussi deux résurgences L et L’, mals leur débit est très faible. Des expériences à la fluorescéine ont été faites ; jamais on n’a retrouvé de coloration dans les eaux de ces diverses sources. Le problème reste donc à résoudre. Il existe, en outre, des résurgences, dans le lit même de la Meuse, sous le niveau habituel des eaux.

LE MYSTERE DU SOUS-SOL DU COLEBI. - Il est certain que la région du Colèbi et de Château-Thierry contient un réseau compliqué de conduits souterrains et tout concourt à montrer la complexité du phénomène.

Il y a 50 ans, Ed. Dupont visita le chantoir du ruisseau de Falmignoul : « C’est une caverne avec des salles assez étendues et une riche ornementation de stalactites. Après l’avoir parcourue sur une longueur de 100 mètres, j’ai dû m’arrêter à cause des difficultés d’une descente abrupte. » (Dupont, 1880). Aux environs, au cours de travaux divers, on a trouvé des puits, des abîmes comblés ou non, en des points C, D et E. En H on a relevé un ancien point d’absorption, que l’on n’arrive pas à combler.

En 1860, Narcisse Baileux de Waulsort a observé dans le ravin du Colèbi un « tournoiement localisé de hautes herbes paraissant onduler en tourbillon. M. Baileux reconnut que cette agitation des herbes était due à un fort courant d’air sortant d’une fente de rocher. Cette crevasse n’avait guère plus de 0 m. 50 de long et 0 m. 02 de large. Le courant d’air souterrain implique l’existence de galeries et, par conséquent, de communications internes entre le haut et le bas du massif calcaire du Colèbi ». (Van den Broeck, Martel et Rahir, Cavernes et Rivières souterraines de Belgique). Cette crevasse a disparu.

Nous avons exposé plus haut comment progresse le phénomène de l’attaque du calcaire par l’eau et la formation progressive de galeries. Il va de soi que ces galeries ne se creusent pas dans une direction déterminée. Ainsi les eaux engouffrées dans le chantoir dit de Sècheval à Remouchamps reparaissent dans la grotte, située à 1 kilomètre de là, après 9 heures de trajet mystérieux. De même, la Lesse met 24 heures du Gouffre de Belvaux à la Salle d’Armes, dans la grotte de Han. Des effondrements et des obstructions interviennent ; il peut également se produire que des siphons s’amorcent ou se désamorcent. Rien d’étonnant à ce que des galeries abandonnées par les eaux, soient un jour reprises, soit de façon permanente, soit par temps de crue seulement.

MM. Van den Broeck, Martel et Rahir, qui ont fait l’étude de ces phénomènes, émettent une hypothèse qui, sans avoir pu être démontrée, a le mérite d’expliquer ce que l’on a pu observer : il existerait une sorte de réservoir souterrain, constitué sans doute de galeries gorgées d’eau, alimenté par les ruisseaux de Falmignoul et des Crétias. Le trop-plein constituerait les résurgences de Waulsort, le réservoir étant suffisamment important pour que ces sources ne soient jamais troublées. Parfois, des venues d’eau supplémentaires se produiraient, à la suite de crues, par des galeries habituellement sèches. D’où le trouble observé parfois à la suite d’un orage dans la région de Falmignoul.

Les eaux engouffrées entraînent, en temps de crue, des boues, des branches d’arbres et on s’étonne à juste titre de la pureté des eaux des résurgences, dont la fontaine de Vaucluse est l’exemple le plus illustre.

D’après Maurice Cosyn in Guide des Ardennes Belges DINANT Touring Club de Belgique.1936

Michel M.E.HUBERT