Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

LA GUERRE DE LA VACHE (1272-1274) Seconde partie

19 février 2006 - Marc Aubreby

Extrait de « La Geste de Liège » du chroniqueur Jean des Preis dit d’Outremeuse.

Le chroniqueur Jean des Preis a fait une description très imagée de la bataille de Dinant lors de la guerre de la vache :

Extrait de « La Geste de Liège » du chroniqueur Jean des Preis dit d’Outremeuse (né le 2 janvier 1338 ; décédé vers 1384), Deuxième Livre ; d’après le manuscrit du Comte d’Oultremont, dit « Manuscrit des Chartreux de Liège » daté de 1439 ; page 660 du tome V de la publication d’Ad. Borgnet à Bruxelles - Imprimerie Hayez - 1867.

« VIII jours dedens jenvier, sour l’an de suffissanche
XIIc et LX et XVI à ma bonne semblanche ;
...
Vers Dynant s’en alat en may XXII jours,
...
A la porte vinrent Dinantois sens retraire,
Dedens la vilhe entrent com gens de bon affaire.
Quant Flamens voient che forment les vat desplaire ;
Tant furent corochiés, ne se puelent substraire
Qu’en la vilhe n’en soit entreis XIc paire
Et plus ; si enchafeis furent li lucidaires
Qu’ils se buttent dedens ensi qu’en leur repaire ;
Tous y cuident entreir, felons et debonaires ;
Mais quant Henris Brebis, qui de Dynant fut maire,
Voit coment li Flamens se viennent à mort traire,
Les resteaus de la porte avalle sens contraire,
IIm IIIc et IIIIxx hommes de grant affaire
At enclous en la vilhe, et les altres braire ;
A defaut de la porte il ne poioit miés faire.
Dynantois sunt rengiés, si tournent leurs viaires,
Encontre les Flamens prist chescun son affaire,
Nus d’eaus ne fut lasseis tant les vat li fais plaire,
Flamens ont assegiés qui leurs volrent forfaire,
Qui plus sunt enbahis que je ne vos desclaire,
Attrapeis se voient par malvais exemplaire :
« Ranchon », vont-ils criant, li Flamens deputaire.
Li Dinantois dient : « de mort areis le haire,
Li venir chi n’astoit por vos point necessaire. »
Atant les courent sus, si ne durarent gaire,
Car chescun Dinantois à bin ferir se plaire ;
Trestous furent ochis, par les sains de Suaire,
Neis I n’y demorat jà tant soit secretaire.
Lendemain à matin drechat maistre Hilaire
Une engin de la vilhe là endroit eumi l’aire,
Les mors il at anchois, qui comenchent là flaire,
Getteis fours de la vilhe, erranment sens refaire
Leurs at getteis en l’ost des Flamens deputaires
De grant malivolenche. »

Extrait de « Ly Myreur des Histors » du chroniqueur Jean des Preis dit d’Outremeuse (né le 2 janvier 1338 ; décédé vers 1384), Livre troisième ; folio 104v° ; page 414 du tome V de la publication d’Ad. Borgnet à Bruxelles - Imprimerie Hayez - 1867.

« ...L’an del incarnation XIIc et LXXVII
...
le XXVème jour de may
...
Là commenchat une terrible batalhe, et Thiris de Rochefort si provat noblement ; ilh ochioit tout à diestre et à seneistre. La grant proieche de luy reculat les Namurois ; llh at ochis Gobier de la Maladrie, Johns de Lovangnis, Pires de Pondrelous et Henri de Flostre ; cascon le fuoit, et li sires de Spontin estoit deleis Thiri et Jaque qui fut son freire.
...
Et finablement les Namurois furent desconfis, si se metent al fuir, et les Dyonantois ont gangniet les treis des Namurois et tous leurs harnois, puis retournont vers Dynant ; et en allant, ont veut XIIIIm Flamens qui les voloient encloire, mains ilh falirent. - Et Thiris de Rochefort les dest : « Sangnours, retraions nos à Dynant, car nos estons lasseis, si ne poriens endureir l’estour sicom ilh feront » et ilh respondent « Faites de nos vostre plaisiers ». Atant les remenat vers Dynant ; mains ilh ne furent mie alleis IIII boniers, qu’ilh turent corus des Flamens, et toudis se sont defendus en reculant, tant qu’ilh rentront en la vilhe. - Et rentront avecque eaux des Flamens XXIIc, qui estoient si enchafeis qu’ilh n’orent sovenanche del reculeir ; mains quant Henris Brebis qui estoit maire de Dynant, veit que tous les Flamens y voloient entreir, si lassat jus les resteais de la porte, et ensi une partie fut enclouse dedens la vilhe et l’autre defours.
Adont cheaux de Dynant, clers et lais, femmes et enfans, ont assalhit les Flamens qu’ilh avoient enclouse en la vilhe, et cheas crient que ons les prende à ranchon ; mains che ne leur valut, car ilh furent tous ochis. »