Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

LA GUERRE DE LA VACHE (1272-1274). Première partie

13 février 2006 - Georges Degaudinne

...les " fehtes " au moyen âge, de plus en plus luxuriantes, attirant grandes foules, marchands d’animaux et autres plus ou moins scrupuleux ne laissaient pas indifférents les malfrats de l’endroit.

Nouvel extrait de la bibliothèque de notre ami Albert...

Voici ce que nous dit en 1887 Victor MIRGUET dans son "Essai d’une histoire des Belges, bref résumé d’une période d’existence de nos ancêtres".

La guerre de la vache (1272-1274) :

Des fêtes se préparaient à Andenne où le comte de Namur donnait un tournoi. Les paysans des environs y amenèrent, à cette occasion, des provisions de toutes espèces et notamment du bétail. On avait, quatre jours auparavant, pris une vache à un habitant de Ciney. Il se rendit à Andenne dans l’espoir de retrouver la bête dérobée et, en effet, aussitôt arrivé sur la place, il l’aperçut exposée en vente par un habitant de Jallet. Le Cinacien signala le voleur au bailli du Condroz ; mais ni Andenne ni Ciney n’appartenaient à la juridiction de ce magistrat , celui-ci usa de ruse pour s’emparer du voleur, lui promettant le pardon de son méfait s’il ramenait à Ciney l’objet du larcin.
Le voleur, sur la foi de cette personne, s’exécuta. Mais le bailli du Condroz, violant sa parole, donna l’ordre de l’arrêter et, après en avoir obtenu l’aveu de sa faute, le fit pendre.

C’était là porter atteinte à la justice du seigneur de Jallet . Celui-ci se vengeât en pillant les environs de Ciney. Les Cinaciens, usant de représailles, incendièrent le village de Jallet, alors, les sires de Beaufort et de Fallais, frères du sire de Jallet, prenant son parti, vinrent à leur tour dévaster le Condroz. Mais les Hutois et les Liégeois, compatriotes des Condruziens, intervinrent à ce moment. Les premiers assiégèrent le château de Beaufort, d’où ils furent repoussés . Quand aux Liégeois, ils bloquèrent Fallais, et cette place fut bientôt à toute extrémité. Le sire de Fallais, dans ce péril, fit hommage de sa seigneurie au duc de Brabant, Jean Ier , tandis que les seigneurs de Jallet et de Beaufort se plaçaient sous la suzeraineté du comte de Namur, Guy de Dampierre. Le Brabançons, joints aux Namurois, entrèrent alors en ligne et vinrent ravager l’évêché de Liège. Mais de leur côté, les milices liégeoises et hutoises pénétrèrent dans le comté de Namur et y mirent le pays à feu et à sang. Guy de Namur, se sentant trop faible pour l’emporter dans cette terrible lutte, s’adressa à sa mère, Marguerite de Flandre, et au comte de Luxembourg. Tous deux lui promirent leur concours. En présence de cette formidable coalition, les Liégeois levèrent précipitamment le siège de Fallais. Guy put ainsi dévaster tout le pays de Warnant, pillant et livrant aux flammes cette localité. En même temps, le comte de Luxembourg forçait la ville de Ciney et en massacrait tous les habitants, allant jusqu’à mettre le feu contre toute règle à l’église où se réfugiaient les derniers défenseurs de la place...

Les liégeois, furieux de ces excès, pénétrèrent à leur tour dans le Luxembourg et saccagèrent dans le canton de Randache, plus trente villages. En même temps, les Dinantais, vassaux de l’évêque de Liège, livrèrent au pillage toute la contrée située au sud de Namur. Si cette guerre sauvage avait continué à s’étendre quelque peu, la Belgique toute entière eût été ravagée et ruinée ; tout cela pour une vache. Heureusement, on s’arrêta enfin à l’idée d’un arbitrage et la guerre pris fin.

De cette fehte furieuse et stupide, dont la cause était si futile, quinze mille hommes avaient péri et plus de cent villages avaient été pillés, livrés aux flammes et leurs champs dévastés.