Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

LA COLLEGIALE DE DINANT : ETUDE HISTORIQUE ET ARTISTIQUE

27 novembre 2006 - Michel HUBERT

LA COLLEGIALE NOTRE DAME DE DINANT

Nous empruntons au Baron Ferdinand del Marmol les extraits suivants tirés de son ouvrage DINANT Art histoire et généalogie (Dinant 1888)

La plus belle production de l’art à Dinant, et la plus intéressante, est l’église Notre-Dame.

En voici l’histoire abrégée.

Saint Materne, parti de Rome, vint évangéliser notre pays ; les uns le font disciple de Saint Pierre, d’autres disent qu’il vivait au IIème siècle.
Une lettre de Charles le Téméraire, datée de Bruges (1472) apprend que l’église de Dinant a été fondée et dédiée par « Monseigneur Saint Materne de toute ancienneté et mesmemen dez l’an de l’incarnacion de Nostre Seigneur courant cent et unze » (Cart. de Dinant, t, 2, p. 165).
D’autres auteurs encore prétendu qu’i1 mourut en 328. Il fonda des chapelles à Walcourt, Ciney et Dinant.
Saint Materne bâtit deux chapelles : l’une à l’endroit où s’élève aujourd’hui la collégiale, l’autre sur l’emplacement de l’abbaye de Leffe. Il consacra la première à Notre-Dame et la seconde à St Etienne.
Vers 934, l’évêque de Liège, Richei , probablement, remplaça l’antique chapelle par une église consacrée à Notre Dame et à Saint Perpète,23ème évêque de Tongres, qui vint se fixer à Dinant en 604 et y mourut en 614 .. (Cart. t. 1, p. 65.)
Saint Perpète érigea, dit la tradition, l’église Saint Vincent, remplacée en 1661 par l’église des Jésuites, démolie en 1818. (Maison Eug. Henri).
L’église élevée vers 934, était sans doute l’église romane dont on admire encore quelques beaux vestiges, le baptistère, les bas côtés du choeur et une porte ornée de sculptures au Nord.
L’église Sainte Marie et Saint Perpète, à Dinant, recevait l’an 1096, d’Otbert, évêque de Liège, le tonlieu sur les marchandises et d’autres droits, A cette époque, l’abbé séculier de Dinant était nécessairement choisi parmi les tréfonciers de la cathédrale Saint Lambert à Liège. (Cartulaires...)
Elle..recevait de Herman de Sorinne, son droit sur la dîme de l’île à Dinant, et en 1217 ; la collégiale Notre-Dame avait la juridiction sur la chapelle de l’hôpital Saint Jean-Baptiste.

En 1223, elle possédait la petite dîme de Dinant, revendiquée par les bourgeois et maintenue à la Collégiale par l’abbé de Leffe.

Le 22 décembre 1227, un énorme bloc se détacha du rocher, vint écraser une grande partie de l’édifice et tuer 30 à 40 personnes qui s’y trouvaient

V ers 1250 on rebâtit, sur l’emplacement de l’église romane, une église gothique. « La pureté de ses lignes, dit Rodenbach, indique que sa construction ne devait guère dépasser cette époque. »

En 1271, Henri de Gueldre, évêque de Liège, racheta au chapitre Notre-Dame, pour 20 livres de blanc le tonlieu qu’elle avait le droit de lever dans la ville.

En 1466, au fameux sac de Dinant, par Charles le Téméraire, l’église gothique de 1250 fut presque détruite. Il n’en resta que quelques pans de murs. L’église « chey toutte en cendre réservé les murailles ». (Cart. de Dinant, 1, 3, p. 41) ; semblablement les onze églises paroissiales, les Frères mineurs, les Carmes ; la ville est totalement brûlée, château, tour, pont murs minés et renversés ; les pavés des rues sont enlevés. Le corps de Saint Perpète, le ciboire, les saintes reliques sont enlevés de l’église ainsi que les joyaux, vêtements ; les ornements sont dérobés et pillés. Le feu y fut mis volontairement ; la flamme était « horrible ».

Pendant onze ans, écrivent les Dinantais aux Etats en 1484, personne de la ville n’osa y réclamer ses biens, sous peine de vie.
Ce ne fut qu’en 1472, le 4 mai, que Charles le Téméraire, dans le but de rétablir le service divin, autorisa les chanoines de la Collégiale, réfugiés à Huy, à rebâtir leur église et à élever tout autour treize maisons à leurs frais, dépens et moyennant « l’ayde des braves gens » , à condition, toutefois que deux gens d’église seulement pourraient résider dans chacune ; quant au reste, il maintint sévèrement sa défense de ne jamais réédifier autre chose à Dinant
Le 14 juin de la même année ; Louis de Bourbon, évêque de Liège, affecta pour dix ans, à la reconstruction de l’église Notre- Dame, les revenus des hôpitaux de la ville.
Le 12 mai 1474, Gui de Brimen, lieutenant de Charles le Téméraire, transmet l’ordre à tous les débiteurs de rentes de la Collégiale ou des hôpitaux de Dinant, de les payer au receveur du chapitre Notre-Dame, ce qui parait n’avoir pas plu aux susdits débiteurs, car les chanoines durent demander et obtinrent de Gui de Brimen, une lettre de sauvegarde. (Cart., t. 2, p. 329).
C’est en 1474, que la charpente des combles était posée.
Charles le Téméraire ordonnait, le 5 juillet de cette année, de Malines, aux Bouvignois, de rendre à l’église de Dinant, le corps de Monseigneur Saint Perpète, sa châsse avec l’or et !’argent qui y était ; au comte de Bouchem, seigneur de la Verre en Zélande, de restituer le chef de Saint Perpète enchassé d’or et d’argent, qu’il avait fait transporter en l’église de la
Verre, ou si non, qu’ils seront assignés devant le Conseil de Malines.

Les Bouvignois, qui prétendaient que la destruction de Dinant avait été autorisée par le Pape, furent condamnés par le Conseil de Malines, à restituer le tout, acheté ou non, reliques, calices, croix, joyaux, livres, chandeliers, cloches, chappes, chasubles et autres ornements dépendant de Notre-Dame et de ses chapelles. La châsse Saint Perpète était évaluée à 200 marcs d’argent.
Cette châsse, enrichie d’ornements en argent d’un beau travail, porte sous l’écusson des Tabollet l’inscription : F. Tabollet, abbas secul. : Dion. En dessous, à gauche, un second écusson représente un évêque avec l’inscription : Capitulum Dionantense, et à droite, en dessous, un troisième écusson représentant le lion de Dinant avec l’inscription : Oppidum Dionantense, 1671. La draperie en velours bleu, qui entoure le socle, porte, brodé en argent, un écusson, mi-partie à gauche trois merlettes à droite une colombe, avec la date 1666.

En 1476, les Dinantais qui, en nombre bien restreint, avaient survécu au massacre de 1466, apprirent avec soulagement la mort de Charles le Téméraire et revinrent au milieu des ruines, chercher l’emplacement de leurs anciennes demeures.

Le 6 janvier 1477, on réintégra solennellement, de Bouvignes à Dinant, les reliques de saint Perpète. « Les joiaux de la fie1tre saint Perpette sont aux Lombards, à Namur, en péril d’être perdus en forgagière »l (Cart. t. 3, p. 43.)

La reconstruction de l’église se continuait, car nous lisons (Cart. t. 3, p. 38) que le 20 août 1481, la ville autorisait le doyen de la Collégiale à empieter de trois pieds sur la rue, le long dle la Grande Halle (rue Neuve) ; en 1484, on plaça le grand vitrail de la nef droite, et une horloge en 1487.
Afin d’empêcher les détérioration ; de l’église, les « trois partiez de la ville décident d’un accord, que « pour ceux qui demorrent ens es petis staux et maisonnettes entour l’église Notre-Dame tockans de lengue (brûlant du bois) et autrement induement fesant fumerées, par quoi les weireres et les volsures nouvellement blanchies se f’ondent et deviennent obscures et noires de ce jour en avant qu’ils mettent jus leur chemyneez sans plus y tocker »)
(1497•)
La voûte de l’église fut terminée vers 1500, dit Sidérius ; en tout cas, le 6 aoù t 1509, le chapitre de Notre-Dame autorise le magistrat à se servir des cloches données par la ville. (Cart, t.3, p. 202.)
En même temps qu’on relevait Notre Dame de ses cendres, on reconstruisait l’église Saint Menge, celle des Croisiers, l’abbaye de Leffe, les Frères Mineurs, les Sœurs Grises, l’église Saint-Nicolas, la porte de l’Aploix, la citadelle, le pont Beaurepaire, la tour Chapon, la porte d’Asson-Dinant, les hopitaux. Saint-Jacques, Saint-Jean , le moulin de la ville et le pont de Meuse.
On peut juger du désastre que la ville avait eu à supporter.
Cependant, en 1554, les Français vinrent assaillir Dinant, la pillèrent, enlevèrent les cloches de Notre-Dame et les envoyèrent à Mézières.
En 1556, on éleva le clocher actuel en trois ajoutes successives ; les deux parties supérieures coûtèrent 700 florins plus une robe et une coiffure de 10 florins pour la femme de l’entrepreneur. Le coq coûta 21 aidans. Ce clocher était l’agrandissement de celui qui devait remplacer l’ancien beffroi du pont dont la cloche pesait deux milliers ; mais cette lourde cloche fut remplacée par une horloge en 1566.

Au bout de cinquante ans, le clocher fit un mouvement tel qu’il fut constaté un hors-plomb d’environ un pied. Sa démolition fut par deux fois décidée, mais faute d’argent on suspendit l’opération. Aujourd’hui il existe encore et, depuis plus de trois cents ans, il brave les intempéries et les tempêtes telle que celle de 1.376. Il subit, il est vrai, en 1703 et 1784, diverses réparations, mais secondaires.

L’église Notre-Dame reçut des orgues en 1561, un jubé en 1582, aujourd’hui remplacé, et en 1572, on dressa un inventaire des images, joyaux et ornements.

En 1573, une crue terrible de la Meuse amena 95 centimètres d’eau au-dessus du sol actuel de l’église ; la maison de ville, le pont, la tour Chapon et quantité de maisons furent enlevées.

On lit sur l’une des colonnes de l’église, près des fonds baptismaux, trois inscriptions rappelant les grandes crues de la Meuse ;
1re. Vigilia Thomae, apostoli undae huc usque venerunt. - 1739 -1m11 .
2°. 1573 0m95.
3e. Ultima Februari hue usque ascendit aqua , 1784. - 0m89•
En 1880, l’eau s’éleva à 0m32.

Le niveau du sol actuel, établi en 1825, était auparavant d’environ 0m60 en contre-bas.

La Meuse avait déjà fait auparavant de désastreuses visites dans la ville, car en 1400 l’abbé de Leffe fut noyé dans son abbaye (V.Quinaux, curé de Leffe, Histoire de l’abbaye, p. 34 )

La Collégiale ne semble pas avoir eu à souffrir des désordres qu’amenèrent la peste de 1577, la famine de 1587, celle de 16I7 à 1626, les assauts des Impériaux en 1674, la prise de la ville en 1675, sous Louis XIV, les pillages des Français pendant une occupation de vingt-trois ans. Mais la Révolution française amena des mutilations sans nombre et diverses réparations furent faites sans ensemble.

En 1885, on commença, sons la direction de MM. Vanysendyck et Schowejans, une restauration sérieuse du monument. Elle se continua avec vigueur sous l’impulsion énergique du doyen actuel, M. Houba, et sous l’intelligente surveillance de M. Flérnal, qui s’en occupe depuis le 9 avril 1875 jusqu’à ce jour où elle touche à sa [in.

Les nouveaux confessionnaux sont de M Van Asche, de Gand (1887).
Telle est l’histoire succincte de l’église Notre-Dame de Dinant. (en 1888)