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LA COLLEGIALE DE DINANT : ETUDE ARCHITECTURALE

10 décembre 2006 - Michel HUBERT

Nous empruntons encore au Baron Ferdinand del Marmol et à deux autres auteurs les extraits suivants.

Cet article est généalogiquement intéressant car il cite quelques personnalités dinantaises de l’époque

La Collégiale de Dinant est regardée par les archéologues comme une des plus belles églises de Belgique. « C’est incontestablement, dit Schayes dans son Histoire de l’architecture de : Belgique (t. III, p. 161), « une des églises les plus complètes et les plus belles d’architecture ogivale primaire »

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La Collégiale Notre-Dame

Le caractère architectural de l’église Notre-Dame a été analysé et défini par Schayes (directeur de l’architecture en Belgique) et rapporté par MM. Sidérius (1859) et Rodenbach (1879).

Voici ce qu’en dit SIDERIUS

Plusieurs vestiges attestent la présence d’une ancienne église romane. Tels sont au bas côté gauche une porte bouchée à plein cintre et dont l’archivolte est couverte de bas reliefs fort curieux et au style le plus barbare, et au bas côté opposé, la chapelle baptismale, oratoire carré à voûte en anse de panier. Le mur contre lequel est placé l’autel est décoré d’un grand arc roman, dont les voussures sont chargées de bas-reliefs. Les fonds baptismaux sont aussi fort anciens
Ses triples nefs offrent l’aspect le plus noble par la grandeur et la beauté de leurs proportions et par l’élévation des voûtes de la nef centrale ; les colonnes qui forment leurs divisions sont cylindriques à chapiteaux très simples et sans crochets. Les chapiteaux de colonnettes de triforium ne se composent également que de simples dés ; ses bas côtés n’ont pas de chapelles. Le chœur, peu étendu, paraît être la partie la plus récente de l’église L’énorme rocher qui le surplombe a empêché de donner les dimensions nécessaires aux collatéraux qui l’entourent et qui sont fort étroits. Les colonnes cylindriques très effilées ont des chapiteaux à crochets ; il en est de même des colonnettes du triforium, qui portent des arceaux trilobés, tandis que ceux de la grande nef se composent d’une simple ogive. Derrière le maître-autel, le chevet du chœur est décoré d’une grande arcade bouchée à voussures formées de plusieurs torses en retraite et fortement prononcées. Les fenêtres des trois nefs sont de style flamboyant, mais celles des murs droits qui terminent les transepts, offrent des triples lancettes, et celles du chœur, des lancettes simples. L’extérieur de l’église a pour ornements deux très beaux porches, l’un à la façade l’autre au côté droit de l’édifice. De grandes statues en pierre en décoraient les flancs avant 1794, et de nombreuses statuettes couvrent encore les voussures en retraite de leurs arcs ogivaux. Une grosse tour carrée de 110 pieds de hauteur, bâtie en grès et d’une construction simple et grossière, surmonte le porche principal. La flêche en bois de forme contournée qui la couronne, ne paraît dater que du XVIe ou XVIIe siècle. »
Il paraît que le plan de l’architecte donnait de plus vastes proportions aux aîles de l’édifice, mais soit, comme le présume Schayes, défaut d’espace, soit pénurie de ressources, son œuvre est demeurée inachevée ; on ne peut guère s’expliquer autrement, les colonnades et les nervures des murs de la sacristie et de ses dépendances qui ont évidemment usurpé une partie de l’ancienne enceinte de l’église. Quoiqu’il en soit, sa construction ne date que de 1474 ; et cela ne contredit en rien les suppositions de Schayes, car les chanoines ont bien pu construire au XVe siècle, une église d’après le style architectural du XIIIe, d’autant plus que la forme de l’édifice consumé était sans doute demeurée intacte.

Et le Baron de MARMOL de poursuivre :

Nous y ajouterons quelques détails.
Au fond de la chapelle baptismale, se dessine une vieille voûte romane supportée par des colonnettes remises à jour et en partie renouvelées. Cette voûte romane couvrait un passage donnant primitivement accès dans l’ancienne église.
M. Flémal abaissa, en 1877, de 0m20 le sol de cette chapelle baptismale, découvrit le pied du baptistère et lui rendit ainsi son cachet véritable.
M. Reusens, dans son ouvrage sur les Eléments d’archéologie chrétienne, t. II, p. 329, 1885, dit : « Le baptistère de l’église Notre-Dame de Dinant offre une particularité fort rare en ce qu’une petite cuve destinée à recevoir les eaux qui ont servi à baptiser se trouve à côté du réservoir principal. »

Le dessin de M. Heusens, représentant le baptistère est incomplet ; l’ancien pied n’y figure pas.

La voûte de cette chapelle baptismale est ogivale à nervure.

La grille d’entrée s’ouvrait primitivement vers l’intérieur de l’église ; aujourd’hui, elle s’ouvre vers l’intérieur de la chapelle ; cette différence provient de l’exhaussement du sol de l’église.

Le style architectural de transition (mi-roman, mi. gothique) se remarque dans tout le pourtour inférieur du chœur. Les voûtes sont de la même époque et ont échappé à la destruction de 1466.

Ce style de transition se montre encore derrière les autels latéraux du transept et se caractérise par les tympans des fenêtres.
Les quatre époques du style ogival du XIIIe, XIVe, XVs et XVIe siècle caractérisées par M. de Caumont. (Voy. Abécédaire ou Rudiment archéologique.1870) s’observent dans l’église Notre-Dame de Dinant.
Le transept présente le style ogival primaire du XIII" siècle sans avoir subi de modifications, sauf le grand vitrail sud reconstruit vers la fin du XVè siècle ainsi que la voûte.

Les balustres du triforium sont à arcs lancéolés de la première époque ainsi que dans le choeur, tandis que dans la grande nef, les balustres sont trilobés et de la deuxième époque ogivale.

Les fenêtres du transept sont à triples lancettes de la première époque.

Toute la partie supérieure du chœur, au-dessus du triforium, a été détruite, voûtes et murs, probablement en 1466, à l’époque du sac de Dinant. Elle a été rétablie dans la seconde moitié du XVe siècle, dans le style de la deuxième époque ogivale, et le chœur était orné d’arcs-boutants extérieurs, aujourd’hui disparus.

Cette seconde époque ogivale se montre dans les arcatures des fenêtres, la forme élancée des voûtes et dans la disposition grêle de leurs nervures.

En 1877, on a restauré cette partie supérieure du chœur (lanterneau) ; on y a rétabli les fenêtres avec lancettes du style ogival primitif d’après le modèle des fenêtres du transept ; seulement, elles sont à deux lumières au lieu de trois à cause des dimensions proportionnelles de leur emplacement.

Les fenêtres des petites nefs sont restaurées encore actuellement dans leur style flamboyant du XVè siècle selon la troisième époque ogivale, sauf quelques-uns qui avaient été dépourvues de leurs tympans et qui sont rétablies dans le style de la seconde époque.

Le grand vitrail placé au-dessus de la porte d’entrée ouest est aussi de la troisième époque, caractérisée par la grande rosace,

La voûte de la grande nef a été reconstruite probablement en même temps que celle du chœur ; mais par ses nervures, ses filets, ses cul-de-lampes ornés d’écussons, elle rappelle complètement le style ogival quaternaire.

La tribune mise à jour au-dessus de l’autel de la Vierge est de la même époque que celle de la grande nef.

Les voûtes des deux petites nefs sont restées de la seconde époque, plus solides et à simples nervures croisées.

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Porche nord

Les deux porches de l’église sont à voussures profondes avec figures, statuettes, rosaces, aujourd’hui presque détruites. La partie supérieure du porche sud est rétablie actuellement selon l’architecture appropriée à son style.
Porche avant : entrée principale
Une ancienne porte très curieuse est murée du côté nord et n’apparaît qu’à l’extérieur. Elle faisait partie de la vieille église romane.

Une voûte plate très remarquable, formée de claveaux en pierre de taille, surmonte le porche d’entrée sud ; elle recouvre la porte formée de deux passages de 1m40 chacun, séparés par un montant carré en pierre polie.

La construction de cette voûte est la reproduction d’une même voûte plate recouvrant le passage de la vieille chapelle baptismale au transept. La coupe des claveaux est à noter : elle est, pour les joins, moitié courbe et moitié droite.

Le chœur de l’église s’élevait autrefois en amphithéâtre ; les bases des quatre colonnes du fond sont à 0m70 plus haut que les bases des quatre colonnes du devant. En 1877, le sol du choeur et d’une partie du transept furent abaissés de 0m70

Derrière le choeur, on voit apparaître, dans l’église même, le rocher nu de la montagne ; sur une grande partie de l’ambulacre, ce rocher est couvert de pierres de taille d’environ 5 centimètres d’épaisseur seulement.

M. Flémal pense que l’autel saint Perpète, construit derrière le chœur en style roman, n’était autrefois qu’une sorte de crédence principale (on en a découvert deux autres de chaque coté, noyées dans les murs) sur lesquelles était déposé le Saint-Sacrement ou un Saint-Sépulcre.

Une preuve d’ancienneté des murs de l’église existe dans les excavations pratiquées aux : montants en pierre de plusieurs vieilles portes dans lesquelles, au lieu de serrure, on laissait descendre des pièces de bois destinées à fermer ces portes d’entrée.
L’église mesure cinquante mètres et demi de long sur trente mètres et demi de large ; la nef principale mesure vingt•deux mètres cinquante et les latérales treize mètres soixante-quinze de hauteur" ; le clocher, avec ses tours, soixante•dix mètres de haut.

En exécutant des travaux de réparations, on découvrit dans le transept de gauche une tombe en pierre sculptée représentant un chevalier couché ; à ses pieds se trouve un griffon. Cette tombe porte l’inscription : Ci gist Gerar Blamostier, ci fondat cest atel z morut lan de grasde MCCC z VI, XXIII jor en sedtebre. Priies pos lui.

Ce monument a été exhaussé et remis récemment au niveau du sol.

Le fond de la niche qui le recouvre était autrefois garni de cuivre, faisant probablement partie de l’autel.

La tribune privilégiée, située au dessus de l’autel de la Vierge, a été remise à jour, en 1876, par M. Flémal, au moyen de l’enlèvement d’un pan de mur. Cette tribune, communiquait autrefois avec la sacristie par un escalier pratiqué dans l’épaisseur de la maçonnerie.
Nous y avons relevé six écussons avec armoiries.
L’un d’eux se trouve au sommet de la voûte, quatre aux pieds des quatre nervures et le sixième est répété quatre fois au milieu de chaque nervure.

L’écusson central paraît être celui de Trèves. Marc de Bade, parent de Jacques, archevêque et électeur de Trèves en 1503, et de Rodolphe de Bade, chanoine à Cologne, était mambour des États de Liège et fit sa joyeuse entrée à Dinant en 1465. Jacques de Bade portait la croix rouge sur fond argent de Trèves. (Tour et Taxis, t. 2, p. 363). En 1498, le pays de Liège était incorporé à la Confédération germanique, cercle de Westphalie (diète de Worms),

L’écusson quatre fois répété est celui des rois d’Angleterre, de 1413 à 1603.

Les écussons de droite placés aux pieds des nervures sont ceux d’un prince d’Angleterre et de la ville de Londres ; ceux de gauche, également aux pieds des nervures, représentent des armoiries analogues à celles de Cologne et celles d’un personnage non encore reconnu.
Un point essentiel à noter est que tous ces écussons sont en pierre sculptée faisant partie intégrante des nervures de la voûte et datent, par conséquent, de l’époque de la reconstruction de l’édifice. Les nervures sont encore dorées sur leurs arêtes.

Les Dinantais avaient de puissantes relations en Angleterre et en Allemagne, à cause de leurs relations commerciales et de leur alliance avec la Hanse d’Allemagne.
Cette association considérable soutint les Dinantais après le sac de leur ville ; de même Henri VI d’Angleterre, cousin germain de Charles le Téméraire et son ennemi, protégea les batteurs dinantais établis à Londres. Édouard IV, beau-frère d’Henri VI d’Angleterre, les favorisa également et leur promit une indemnité de 10,000 livres en compensation de certaines pertes commerciales.

Le rapprochement de ces faits et de l’existence de ces écussons permettra sans doute de reconstituer un jour un épisode intéressant de l’histoire de la Collégiale de Dinant.

Dans la même tribune, se trouve un restant de parquet losangé en poterie rappelant les armoiries de Bavière ; cependant les émaux différent, ceux de Bavière étant argent et azur, tandis que ceux du parquet, autant qu’on peut en juger, sont or gueule et sinople.

Sur la vieille porte en chêne du côté sud, on lit la date de 1445 en fer forgé.

Les noms de trente-deux familles de Dinant sont inscrits sur les fûts en cuivre du banc de communion :

Hubert Ansiau et Anne du Gerny, 1701 ;
Catherine Tendebin (Gendebien), veuve Goderneau ;
Lallemand, marchand bourgeois de Dinant, 1701 ;
Pierre Clichet, marchand de fer (écusson à trois flammes) ;
Henri Saentelet, 1701 (écusson avec trois flèches surmonté d’une tête percée d’une flèche) ;

Jehan de Jehennieaux de Rochefort, 1701 ;
Jean-Antoine Dona et Janne Chaboteaux , 1708 ;
Martin Jehennicaux et Anne ]ehenniaux sa sœur, 1702 ;
Antoine Rostain et Marie Frigadie, sa compagne ;
Pierre-François de Wespin ;
Nicolas de St-Hubert, bourgmaitre de Dinant, 1701 ;
Martin Condrelier, 1702 ;

Gérard de Villiers, chanoine de cette église, 1702 ;
Jean Moiset, cân. et Doien de cette église, 1701 ;
R. D. ac F. Corolus Paheau, Câno. rglis. Ord. S. Crucis Dionanti, 1702 ;
Lion, bourgmaitre de Dinant et Dlle A. F. L’Houst, son espouse, 1701 ;
Bertrand Levage, Mard Orfèvre M.Jeanne Muselle, sa compagne, 1702 ;

Dominique Gibonet, grand entrepreneur du Roy très chrétien , 1701 ;
François Sergerand et Agnès Toly, son espouse, 1701 ;
Catherine Toly, veuvc de Bertrand Jehennieaux ;
Pierre Muselle et Marie Dumont, sa compagne, 1709 ;
Jacque Bouille, membre du St Rosaire, 1701 ;
Elisabet Jaspart, jeune fille, 1701 ;
Jenne Douille, vefve Dauffe, 1701 ;

Catherine Lallemant et Marie Lallemant ;
Marie Liégoy et Catherine Liégoy ;
Martin joseph, Marguerite Jehenniraux, vefve à feu Gille Demoulin, 1701 ;
Nicolas Bodart , résident à Dinant ;

Marguerite Molin, vefve de St Gilles Jehennieaux, 1701 ;
Jean Delvaux et Jeanne Mouchy, son espouse, 1701 ;
Hugues Joseph Bodlet, marchand de Dinant, et Marie Toly , son espouse, 1701.

Enfin nous évoquerons l’évolution architecturale de l’édifice au cours des 3 derniers siècles,gràce à la description qu’en a fait le Chanoine HAYOT

LE XVIIIème, période de paix et de prospérite nous fait assister à des améliorations et des embellissements intérieurs

En 1722, le Chapitre, sacrifiant à la mode du temps, fait enrober d’une couche de plafonnage les murs et les colonnes de l’église, et consteller la voûte de 189 étoiles en bois doré (1).

En 1726, placement d’une nouvelle chaire de prédication (2) et, en 1731, d’un nouveau lutrin en cuivre (3).

La même année, construction d’une grande sacristie aux frais surtout du nouvel abbé, le Baron de Glismes, dont elle porte les armoiries (4).

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Le transept et le choeur

En 1738, le chœur des chanoines qui occupait la croisée du transept. orné de tapisseries depuis 1692, reçoit une nouvelle décoration en cuirs de Malines (5).
En. 1764, on démolit le jubé à l’entrée du chœur, on reblanchit les murs de l’église, on redore les étoiles de la voûte et on remplace les cuirs de Malines par des lambris en marbre (6).
En 1773, pose de nouvelles stalles sculptées par les frères Pierrard, de Dinant, d’après les dessins du peintre Lion (7).
Enfin, en 1776, Hubert Boreux place deux petits autels en marbre blanc et noir de part et d’autre de l’entrée du chœur qui reçoit en outre
un nouveau frontispice (8).
Le XVIIIe siècle s’acheva, hélas sur une nouvelle série de calamités.

La Révolution brabançonne, d’abord, n’épargna pas la collégiale : un boulet des patriotes traversa le bulbe d’outre en outre.

Vint ensuite la Révolution française qui dispersa les chanoines. Pour la troisième fois, la collégiale fut pillée à fond. On arracha même le plomb des toitures qui fut, avec les cloches, transporté à Givet. La châsse de saint Perpète et les objets les plus précieux prirent, par la Meuse, le chemin de l’Allemagne d’où ils ne revinrent jamais (9). Les meubles et les ornements furent vendus à l’encan. Ainsi disparurent à jamais les trésors artistiques accumulés par la généreuse piété de nos ancêtres. Un exemple : des 76 tableaux que comporte l’inventaire dressé par l’administration des domaines en exécution de la loi du 5 brumaire an VI, la collégiale n’en possède plus que neuf.
Et pendant de longues années, l’édifice subit les injures du temps et des hommes sans qu’on y apportât le moindre remède. Aussi, lorsqu ’enfin le Concordat rendit la paix à l’Église, il se trouvait dans un tel état de délabrement que les pouvoirs publics se crurent obligés d’intervenir sans délai.
Le 8 décembre 1806, sur l’ordre du sous-préfet, un employé du génie militaire, Dousther, dressa les plans et devis des travaux les plus urgents, lesquels ne furent toutefois mis en adjudication qu’en 1811 : démolition, pour cause de danger public, des arcs-boutants du côté sud, les seuls qui existaient encore ; arasement au niveau de la sablière et réfection de la plupart des contreforts, réparation du bulbe et des toitures, restauration du jubé, blanchissage de l’intérieur de l’eglise (1).

La collégiale ayant perdu son chapitre, il n’y avait plus de raison de conserver le chœur des chanoines à la croisée du transept : en 1819, on le fit disparaître malgré les protestations d’une grande partie de la population.

Le 18 février 1828, en vue de l’exhaussement du sol de la collégiale, le conseil de fabrique mit en vente, avec charge d’enlèvement, et adjugea pour la somme de 400 florins, toutes les pierres tombales dont les nefs étaient littéralement pavées, mesure nécessaire peut-être, mais combien regrettable quand même, car ces pierres renfermaient tout l’armorial du pays de Dinant et l’histoire de ses plus anciennes familles.

Ces différents travaux avaient pour but de mettre l’église dans l’état de propreté et de décence qu’exige sa destination, mais ils étaient insuffisants : l’édifice avait besoin d’une vraie restauration.

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Nef de la Collégiale

Celle-ci commença enfin en 1855 et fut confiée à l’architecte Schoonejans auquel succéda, en 1865, l’architecte Van Ysendyck. Après la mort de ce dernier on fit appel, en 1874, à M. Van Assche auquel on adjoignit M. Jean Béthume et M. Jules Helbig pour le mobilier et la décoration intérieure.

Les architectes dégagèrent l’église en faisant disparaître les petites maisons qui, au cours des siècles, s’étaient blotties contre elle sur tout son pourtour, empiétant même sur le grand portail occidental. Mais tandis que les deux premiers s’en tenaient scrupuleusement au rétablissement de l’état antérieur, Van Assche, sous prétexte de consolidation et malgré les protestations de la Commission royale des Monuments, reconstruisit à neuf certains éléments de l’édifice et, au nom du principe alors en vogue de l’unité de style, s’appliqua à faire disparaître tous les apports du XVe siècle et à remettre le tout dans la note du XIIIe siècle. Bien plus, ainsi que nous le verrons plus loin, il n’hésita pas à enlever des éléments authentiques du XIIIe siècle, pour leur en substituer d’autres qui cadraient mieux avec ses idées préconçues.

Van Assche avait aussi conçu le projet de supprimer le clocher bulbeux et de le remplacer par deux flèches à quatre pans, et ce projet répondait aux vœux du conseil communal qui aurait voulu le voir exécuter immédiatement, mais la Commission des Monuments s’y opposa et le fit classer parmi les travaux non urgents à réaliser ultérieurement. Ce fut seulement en 1903 que la question du bulbe revint à l’ordre du jour. Cette fois, la Commission des Monuments était favorable au projet Van Assche mais par contre le conseil communal, l’Évêque de Namur, le gouverneur de la province et la députation permanente lui étaient opposés. M. Van den Heuvel, ministre de la justice, se prononça contre le projet et le bulbe, au lieu de disparaître, reçut une réfection complète.pour la première fois, depuis sa ruine en 1466, l’église Notre-Dame était entièrement en bon état et semblait pouvoir défier les siècles.
Hélas ! Ce n’était pas pour longtemps. Tout au début de la première guerre mondiale le 23 aout 1914, elle était de nouveau incendiée et réduite en quelques heures à l’état dans lequel l’avaient laissée, en 1466, les soudards de Philippe le Bon
La paix venue, M. Chrétien Veraart fut chargé de sa restauration.

Les questions qui se posaient à lui étaient d’importance. Fallait-il conserver à la collégiale l’aspect sévère et quelque peu indigent qu’on lui avait toujours connu. et lui restituer le bulbe dont elle avait été si singulièrement coiffée en 1566 ? Ou bien fallait-il profiter de l’occasion inespérée qui se présentait, pour achever 1es deux tours de façade dans la tradition du XIIIè siècle, et embellir l’église en lui rendant les éléments décoratifs qu’elle pouvait avoir perdus ? Comme il fallait s’y attendre, de vives discussions s’élevèrent qui devinrent bientôt âpres et passionnées, et les problèmes à résoudre, au lieu d’être réservés aux architectes, aux archéologues et aux administrations intéressées, furent, par la presse, portées devant le grand public
Au sein de la Commission des Monuments, les avis étaient partagés, et les décisions prises font montre d’éclectisme et donnent tour à tour raison aux deux partis en présence.

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Choeur

D’une part, M. Veraart était autorisé à reconstruire les arcs-boutants, les pinacles, les garde-corps et les pignons que l’église avait perdus au cours des siècles : d’autre part, il devait rétablir le clocher bulbeux tel qu’il avait été construit au XVIe siècle par Jean de Laillarbe.
Les travaux de la troisième restauration de la collégiale prirent fin en 1924.

Extraits de

1° Baron Ferdinand del MARMOL DINANT Art histoire et généalogie (Dinant 1888)

2° SIDERIUS Dinant et ses environs (Dinant 1859)

3° Chanoine HAYOT La Collégiale Notre-Dame de Dinant (Société archéologique de Namur 1951)