Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

LA COLLEGIALE DE DINANT

19 décembre 2016 - Albert OTJACQUES

Voici une histoire de la collégiale Notre- Dame, extraite de la revue Dinant et la Haute Meuse éditée en 1946. Administration Jacques FOLDVARY.

Pas plus qu’il ne conçoit Nice sans sa promenade des Anglais ou Paris sans sa tour Effel, l’étranger découvre du premier coup d’oeil, en arrivant à Dinant, le bloc de la Collégiale au pied du fameux rocher à pic que surmonte la citadelle.

La collégiale Notre-Dame est le type le plus remarquable du style gothique primaire en Belgique. La première origine de l’église remonte à l’évêque Richer en 934. Endommagée par un éboulement en 1228, détruite par Charles le Téméraire en 1466, lors du fameux sac de la ville, elle fut reconstruite deux cents ans plus tard et définitivement restaurée en 1855.

Aux cours de ses différentes restaurations, elle ne subit pourtant aucune mutilation qui aurait pu lui faire perdre son caractère primitif. Le bleu sombre de ses pierres calcaires s’harmonise parfaitement avec le rocher voisin.

On est frappé par ses vastes dimensions, le vaisseau est long de 50 mètres et large de 30 entre les transepts. La nef centrale, avec clés de voûtes écussonnées a 22 m de hauteur, les nefs latérales environ 14 mètres.
De grandes arcades sont portées par des colonnes cylindriques. Le chour adossé au rocher est forcément de dimensions restreintes. Une impression de grandeur et de majesté se dégage dès qu’on franchit la porte du temple. On peut encore remarquer des traces des transformations successives. Parmi celles-ci, signalons l’arcade romane surplombant l’autel de Saint-Perpète, derrière le maître autel dont les voussures font mieux ressortir les moulures en boudins tombant sur des triples colonnettes avec chapiteaux dorés (XIIe siècle), l’autel de la chapelle baptismale, des bas-reliefs et des figures ornant cette chapelle, les fonts baptismaux du XIe siècle.

Le dessin des fenêtres du transept est celui d’origine. De superbes vitraux filtrant la lumière pour donner au lieu une plus grande atmosphère de majesté, furent malheureusement détruits en 1940. L’ornementation est très sobre, aucune des couleurs vives dont les architectes religieux ont trop abusé ces dernières années ne nuit à l’austérité des lieux. Plusieurs objets d’art doivent pourtant être admirés, tout d’abord, autour du remarquable autel de Saint-Perpète, on verra de grands chandeliers de cuivre battu datant de l’époque où la dinanderie connaissait son plein essor. Un chandelier pascal, haut de plus de trois mètres est des plus remarquables. Le lutrin en cuivre battu et fondu est très original et en le contemplant on ne peut qu’admirer la valeur et le talent des batteurs qui, autrefois, firent la renommée de Dinant.

L’ornementation picturale se compose de plusieurs toiles de valeur dont les plus jolies sont celles du grand peintre WIERTZ, enfant de Dinant, créateur de l’école romantique en Belgique où l’on trouve toute la valeur et la vigueur du maître.

En sortant de l’église, le visiteur jettera aussi un coup d’oeil sur le portail central à ogives retraitées et à voussures décorées de statuettes que les révolutionnaires de 1793 n’ont malheureusement pas épargnées. Deux tronçons de tours carrées surplombent l’édifice, et au dessus de ces tours carrées, se trouve le fameux clocher bulbeux, qui fut tant de fois l’objet d’âpres discussions et que Victor Hugo, dans une lettre, qualifiait un peu justement « d’immense pot à eau ».

Ce clocher avait été construit pour recouvrir le beffroi, se trouvant au milieu du pont de pierre. Les architectes du XVe siècle n’avaient qu’une vague notion de la résistance des matériaux, et lorsque l’ouvrage fut terminé, ils constatèrent que son poids était trop lourd pour le pont. Les chanoines de la collégiale, qui malgré les dons et les aumônes, n’avaient jamais pu terminer leur temple, profitèrent de l’occasion. - Posons le clocher sur l’église, dirent ils, et ainsi toute la ville pourra le contempler-

Ceci se passait en 1566. A partir de ce moment, Dinant avait trouvé l’aspect qui lui resterait traditionnel. Ce fut certes un travail de titan que de couronner l’édifice par cet immense bulbe, il fut pourtant mené à bonne fin. Malheureusement, on constata, peu de temps plus tard que le clocher penchait dangereusement, les copères s’en émurent et on décida, en 1591 de l’abattre. Le travail devait être exécuté, après bien des palabres, dans les premiers mois de 1611. Comme les finances de la ville étaient plutôt mauvaises, le paiement des ouvriers chargés de la démolition ne put être envisagé, c’est ce qui sauva le clocher. Plus tard, on le consolida à plusieurs reprises, malgré que certains experts continuaient à déclarer qu’il constituait un danger permanent. Mais finalement on dut conclure que les 90 centimètres d’inclinaison qu’il possédait ne l’empêchait pas, malgré tout, de se tenir relativement droit.

Ce que la nature et le temps n’avaient pu faire, des hommes s’en chargèrent..

Le 23 août 1914, les allemands arrivaient à Dinant, et dans leur rage de détruire la jolie cité mosane, ils mirent volontairement le feu au bulbe. L’incendie fut si violent que les cloches elles-mêmes fondirent.
On eût pu croire que cette fois, ç’aurait été la fin du vieux clocher légendaire. Et en effet, lors de la reconstruction, après la guerre mondiale, il y eut des architectes et des gens bien pensants qui émirent le projet de placer au-dessus de l’église un clocher correspondant parfaitement au style gothique de l’édifice. C’eût peut-être été joli, mais en tous cas, l’aspect de Dinant eût complètement été modifié. Les Copères s’en émurent, protestèrent et finalement, on leur donna raison. Le bulbe fut reconstruit, après quelques légères modifications de détails. Ce fut très bien ainsi.

Et c’est pourquoi, aujourd’hui comme autrefois, on peut encore admirer « l’immense pot à eau », la plus belle originalité de Dinant , dont la flèche surplombe la Meuse de plus de cent mètres.