Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

LA CITADELLE DE DINANT

27 novembre 2009 - Michel HUBERT

Image unique dans l’inconscient collectif : qui ne connait l’aspect exceptionnel de la juxtaposition de la Citadelle, de la Collégiale et du pont qui ont fait de Dinant une ville universellement connue, tant de fois visitée et représentée ;

Nous allons nous intéresser ici à l’histoire de cette Citadelle que les anciens dinantais appellaient aussi "le Fort".

La citadelle, la collégiale et la roche à Bayard sont les joyaux de la couronne dinantaise. Adossée aux rochers qui, à cet endroit, surplombent la Meuse, l’antique Dionantum des Romains - ce qui peut se traduire par « endroit aimé des dieux » - s’étire le long du fleuve sur près d’une lieue de longueur. Qui ne connaît Dinant, la charmeuse, la tendre, dont le sourire accueillant, aux portes de l’Ardenne, attire les rêveurs, les poètes et aussi le flot des touristes .
N’est-elle point délicieuse cette villette dont le tragique passé n’a pas supprimé la grâce et qui, avec une volonté, un courage et une ténacité remarquables, redresse ses ruines après chaque agression.
Car Dinant est un passage, une porte qui s’ouvre sur la vallée mosane. C’est la route naturelle des invasions.

Et la citadelle qui, de loin, apparaît comme la proue d’un immense navire ancré au bord de l’eau, monte une garde éternelle à côté de la vieille collégiale au clocher bulbeux.
Il y a neuf siècles, en 1040 exactement, l’évêque de Liège, Nilhard, fit édifier le premier château-fort de Dinant. Depuis 870, date du partage de la Lotharingie entre le roi de France Charles Chauve et son frère, Louis le Germanique, Dinant appartenait aux princes-évêques
de Liège, tandis que Bouvignes, la cité voisine, était l’apanage du comte de Namur.

Vers le milieu du XVe siècle, Dinant, où l’industrie du cuivre fIorissait, était une ville très riche comptant près de trente mille habitants, ce qui, pour l’époque, était un chiffre représentant une assez forte densité de population. Elle possédait douze églises paroissiales, sept abbayes. Enfermée dans une ceinture de muraille percée de huit portes et hérissée de tours, la ville, dominée par son château-fort, connaissait une prospérité inouïe. Ses fonderies de cuivre occupaient huit mille ouvriers. Elle était la seule, parmi les villes belges de langue romane, à faire partie de la fameuse ligue hanséatique.

Le comté de Namur était, depuis 1429, un fief du duc de Bourgogne. Pour se venger de la démolition de la tour Montorgueil, imposée par le duc de Bourgogne, les Dinantais allèrent insulter le comte de Charolais, son fils, jusque sous les murs du château de Bouvignes. La vengeance fut terrible. Pour laver cet affront, Charles le Téméraire en personne, à la tête d’une armée de trente mille hommes, vint mettre en 1466, le siége devant Dinant. Le Téméraire , précédé de son grand étendard noir, contraignit les Dinantais à capituler après treize mois de siège.
La ville fut pillée puis incendiée. Huit cents Dinantais, liés deux par deux, furent précipités du haut du pont dans le fleuve et noyés.
Ce qui restait de l’opulente cité fut complètement rasé.
Le château-fort, l’enceinte, les églises, les maisons ne furent bientôt plus que poussière:Dinant devint un vaste désert. Si les armes sont devenues plus efficientes au cours des siècles, il semble bien que les méthodes de guerre n’ont guère varié. Le sac de Dinant est un acte de barbarie et de férocité qui entache la mémoire de Charles le Téméraire, prince hautain et brutal.
Onze ans plus tard, Nancy allait venger Dinant. C’est en effet, au cours du siège de cette ville que Le Téméraire trouva la mort. Son cadavre, à moitié dévoré par les loups, fut retrouvé dans la campagne environnante.
Ce n est qu’en 1472 que les chanoines de la collégiale, réfugiés à Huy, obtinrent l’autorisation de reconstruire l’église et quelques maisons pour se loger.

En 1530, Evrard de la Marck, trente-neuvième évêque de Liège, rebâtit le château. Depuis lors, l’histoire de la citadelle est intimement liée à celle de la cité.
En 1554, le duc de Nevers, envoyé par le roi de France Henri Il, vint assiéger et prendre la ville qui à peine reconstruite, fut détruite à nouveau. Mais l’obstination des Dinantais est légendaire. Ils ne se laissèrent pas abattre et parvinrent, à force de persévérance à réédifier leur cité. Certes, ce n’était plus la fière et riche ville de marchands du début du XVe siècle, mais elle connut cependant une nouvelle période de paix et de prospérité.

Le 19 mai 1675, Louis XIV vint, à son tour assiéger Dinant. On dit que pour livrer passage à son armée il fit percer la roche qui barrait la route sur la rive droite du fleuve et réalisa ainsi, sans le vouloir cette merveille qu’est la roche à Bayard. Mme de Maintenon accompagnait le Roi-Soleil et visita le château. Elle parle dans une de ses lettres, de quatre cent degrés qu’il fallait gravir pour y accéder.

Les Français apportèrent d’importantes modifications aux défenses de la citadelle. Celle•ci couvrait alors une étendue de terrain beaucoup plus considérable qu’à présent. Elle se composait du château proprement dit dont la superficie correspondait à celle du fort actuel, et de constructions défensives importantes sur le plateau. Le saillant le plus éloigné se trouvait à 225 mètres de l’entrée du château qui comprenait des casernes et une chapelle. Un rempart descendait en ligne droite vers la route de Ciney. Après la signature du traité de Ryswick en 1697, la citadelle, qui avait été assiégée dix-sept fois, fut démantelée.

Le XVIIIe siècle marque la complète décadence de la jolie petite ville mosane Le 20 juin 1815 après la défaite de Waterloo, c’est de Dinant que le général Grouchy signe son rapport à l’Empereur.

En 1818, le gouvernement des Pays-Bas fit construire les bâtiments de la citadelle qui existent encore de nos jours. Les travaux furent terminés en 1820 ainsi que l’atteste une inscription gravée au-dessus de la porte d’entrée.

En 1830, quelques patriotes réso1us s’emparèrent du fort et mirent la garnison hollandaise en déroute.
En 1853, il fut déclassé et abrita, pendant quelques années, une compagnie disciplinaire.

Penchée sur le calme paysage de la Meuse dinantaise, la citadelle pouvait croire que sa carrière militaire avait pris fin ..

Hélas ! Deux fois au cours de ce siècle, en 1914 puis en 1944, elle devint le centre de combats acharnés.

Le 8 août 1914, les Français occupèrent les bâtiments du fort ; le 15 août, une lutte terrible qui dura de cinq heures du matin à midi, se déroula entre deux compagnies du 33e régiment d’infanterie• française et les éléments d’une division de chasseurs saxons.
Les Français, écrasés par le nombre, durent battre en retraite dans les galeries , où de sanglants corps à• corps à la baïonnette se poursuivirent pendant plusieurs heures. Un épisode de ce fait d’armes a été reconstitué au moyen de mannequins à l’endroit même où une poignée de soldats français résistèrent jusqu’à la mort.

Les corps des victimes furent brûlés à l’entrée de la citadelle et les cendres déposées dans une urne. Celle-ci fut enfermée, par la suite, dans un petit monument que l’on aperçoit, enfoui sous les jeunes frondaisons, dès que l’on a franchi la barbacane.

De 1940 à 1944, la citadelle servit aux Allemands de dépôt de munitions.
Au moment du passage d’importants convois militaires sur le pont de la Meuse, la « Flak » s’y installait.
Lors de la libération de la Belgique, la citadelle était occupée par une compagnie d’infanterie de marine et par des S.S

Le lundi 4 septembre, les Américains, arrivant par la route de Philippeville, installèrent quelques chars sur les plateaux de la rive droite et lancèrent des obus sur la citadelle, Le lendemain ils faisaient intervenir leur artillerie lourde (155 long). Le bombardement de la citadelle, qui causa cent soixante-six brèches différentes dans l’ouvrage, continua jusqu’au mercredi 6 , dans la soirée. Le 7 septembre à l’aube, les premières troupes américaines franchissaient la Meuse et occupaient la citadelle sur laquelle fut hissé, à 7 heures du matin, le drapeau national.

Restaurée en un temps record, la citadelle, avec ses coins d’ombre, ses murailles qui semblent sortir du rocher, ses meurtrières qui emprisonnent une portion congrue mais lumineuse du splendide paysage de la val1ée, avec son point de vue d’où l’on découvre l’un des plus beaux panoramas du pays, avec ses dioramas qui évoquent l’histoire de la ville, est devenue le grand centre de ralliement des touristes.

Par une claire journée de printemps, la découverte de la citadelle" dont de nombreux aspects sont encore inconnus, mystérieux, offre d’agréables sensations.
Les marronniers pleurent leurs dernières fleurs. De lourds chalands tirés par de minuscules remorqueurs, remontent lentement le fleuve.
Là-haut, parmi les vieux arbres, la citadelle aux pierres patinées vous attend. Vous y verrez inscrits dans le rocher neuf siècles d’histoire. Et quelle histoire !

D’après un article de Roger Crouquet.in Le Soir Illustré du 29 mai 1947

Clichés coll.M.Hubert

Michel M.E. HUBERT