Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

L’ HERITAGE DE JACQUES DUBOIS.

22 décembre 2006 - Joseph GONZE

Qui un jour n’a pas rêvé de faire un héritage fabuleux ou du moins considérable, et partant, de laisser libre cours à son imagination : vie de nabab, achat de propriété, voyages lointains, cadeaux somptueux, ....C’est à cette capacité de rêves et de bonheurs fous que songeaient certainement des généalogistes peu scrupuleux ou, pour tout dire, plutôt filous et aigrefins qu’honnêtes.

(A)

Un abonné du Cercle d’Histoire de Cerfontaine ( par l’intermédiaire de Mr Lépine), dont les aïeux sont originaires de Senzeilles, a retrouvé une note concernant cette affaire qui avait défrayé la chronique familiale comme ce fut certainement le cas dans beaucoup de foyers il y a plus d’un siècle. Il ajoutait qu’on lui avait raconté que des grands-parents alors âgés, avaient lu dans un journal que l’on recherchait les descendants de Jacques Dubois, ancien gouverneur de Sumatra, afin de liquider son héritage (1).

Ce personnage avait, paraît-il, laissé une succession très importante ; comme il n’avait apparemment pas d’héritiers proches, on conseillait aux porteurs du nom de DUBOIS de faire valoir leurs droits, à condition qu’ils apportent bien sûr la preuve de liens de parenté avec notre gouverneur. Il fallait se rendre en Hollande pour en savoir plus, ce que certains ancêtres n’ont malheureusement pas fait car peu de temps après, ils apprenaient que des cousins de Namur, qui eux, avaient fait le déplacement en Batavie, avaient touché une part du pactole, c’est-à-dire de fortes sommes .....(pas de preuves) N’empêche, on peut dire qu’une frénésie s’empara dans nos contrées d’un bon nombre de personnes, d’autant plus que le nom de famille DUBOIS vient en tête des patronymes portés en Wallonie.

Le hasard faisant bien les choses, un Djobin avait signalé à Mr Gonze la même histoire ; que des personnes de son village natal (Villers-deux-Eglises) portant le patronyme DUBOIS avaient aussi été intéressés - on s’en doute un peu - à se mettre sur les rangs des candidats héritiers. Il y a quelques années, en vidant un grenier à Villers-deux-Eglises, on a retrouvé une affiche et ... des notes généalogiques destinées à des « avocats généalogistes », MM BELLEMY & BEYENS, rue de l’arbre, 9, Bruxelles (2). Ces notes sont reproduites in extenso ci-dessous.

Généalogie

Dieudonné Dubois et Jeanne Pirot, père et mère de Jacques Dubois, testateur de la succession.
Hubert Dubois, né à Frizet et marié le 15.04.1639 à Flawinne avec Anne Baudoin
Jean Dubois, né à Frizet le 11.01.1688 et marié à Jamagne avec Jeanne Brackgnies
Nicolas Dubois est décédé à V-2-E le 18.01.1782.
Jean-François Dubois né le 14.11.1751 et marié avec Anne, Marie Mirgaux, décédé à Nismes le 04.02.1819
Jean Dubois, marié avec Marie, Joseph Cuvelier, décédé à V-2-E le 27.01.1866, âgé de 86 ans.
Augustine Dubois née à V-2-E le 4.11.1811, fille de Jean, marié avec Jean, Baptiste Grawez

Généalogie d’Anastasie DUBOIS

Nicolas Dubois épousa vers l’an 1738 Jeanne Balle ; de ce mariage sont nés :
Le 18.02.1742 Marie-Agnès Dubois
Le 03.09.1744 Anne-Françoise Dubois
Le 10.04.1749 Philippe-Joseph Dubois
Le 14.11.1751 Jean-François Dubois

Le 25.10.1779, mariage de Jean-François Dubois et d’Anne-Marie Mirgaux ; de ce mariage sont nés :
Le 15.05.1780 Jean-Joseph Dubois
Le 04.09.1784 François-Louis Dubois
Le 19.03.1788 Marguerite-Joseph Dubois
Le 26.03.1790 Anne, Joseph Dubois
Le ..... Jeanne Dubois

Le mariage de Jean-Joseph Dubois et de Marie-Joseph Cuvelier ; de ce mariage sont nés :
Jean-François, Augustine et Anastasie Dubois.

Anne-Joseph Dubois mariée avec François-Joseph Mayence ; de ce mariage sont nés :
Jean-Joseph-Remy, Adèle et Marguerite Mayence.

Généalogie

Nicolas Dubois avec Jeanne Balle
Jean-François Dubois et Anne-Marie Mirgaux
Jean-Joseph Dubois et Marie-Joseph Cuvelier
Anne-Joseph Dubois et François-Joseph Mayence
Jean-Joseph-Remy Mayence avec Anastasie Dubois

(B)

Le testament de Jacques DUBOIS, de Batavia (1704).

Voici un texte qui complétera les données déjà acquises (3).

Jacques Dubois (Jacobus Vandenbossche en néerlandais) né à Vedrin-Frizet près de Namur le 28 février 1638 et décédé, célibataire, à Batavia (ancien nom donné par les Hollandais en 1619 au fort qu’ils élevèrent sur le site de la ville de Djakarta) le 18 décembre 1704.
C’est le troisième des sept enfants de Dieudonné et Jeanne PIROT.
Il se rendit, suite certainement à des problèmes de mésententes familiales, aux Indes, par la Hollande, sur le bateau de la Compagnie des Indes.
On perd sa trace jusqu’au 2 août 1665, date d’achat d’un héritage à La Haye pour 6000 florins, en 1667, date d’achat d’un autre héritage pour 10.000 florins et le 9 avril 1679, achat d’une maison et installation définitive à Batavia.
Il deviendra un grand personnage du lieu ; une place portera son nom et un monument sera érigé en sa mémoire. Il trouvera en son compatriote , le sieur Crouvelinck, industriel, une aide précieuse et, plus tard, il héritera de ce dernier.
Il avait rédigé un testament, dont voici la teneur :

« L’an Tout-Puissant mil sept cent quatre, le dix-huit octobre, à Batavia.
Je suis le fils de Dieudonné et de Jeanne PIROT. Avant que de rendre mon âme à Dieu, ai résolu de donner mon bien à la Compagnie indienne, pour en jouir pendant quatre-vingt-dix-neuf ans. Après ce terme, le rendre aux descendants de mes frères et sœurs, enfants du dit Dieudonné Dubois et de Jeanne Pirot, et sans intérêt ni indemnité. Lesdits héritiers ne pourront réclamer le prix à la Compagnie à partir de quatre-vingt-dix-neuf ans révolus.
Mon bien se compose de la plantation de Jonaton, contenant quatre-vingt bonniers, sept bâtiments et le mobilier, que j’estime à la valeur de 1.500.000 écus de Hollande. De la plantation de Jalle-ma-Jeuri : soixante bonniers avec leurs quatre bâtiments que j’ai hérité de mon patron, le noble et aimable Crouvelinck, situé à Horeps, et dont le titre sera, avec mon testament, remis à la Compagnie, à mon décès. Ce dernier bien est évalué à la somme de 1.600.000 écus de Hollande.
A mon décès la Compagnie, par son secrétaire, se mettra en possession de mon bien, avec inventaire du mobilier et des frais.
Une copie authentique sera envoyée aujourd’hui, par moi-même à Batavia, le 18 octobre 1704.
(signé Jacques Dubois)

Le petit wallon, devenu nabab, fut inhumé à Weltevreden, ville voisine de Batavia. Sa fortune fut évaluée à 3.132.689 écus de Hollande, ainsi que le constatent les livres de consignations de la Première Chambre des Indes, à Amsterdam, en date du 7 septembre 1737.
Voici en bref, l’histoire de l’oncle de Batavia.
Pourquoi avoir frustré les siens d’un aussi fabuleux héritage en en donnant l’usufruit à la Compagnie des Indes pour un siècle ?
En 1845, suite à un appel lancé pour retrouvé les héritiers, un certain Henri Joseph Dubois, né à Evregnies (Belgique) le 7 octobre 1829 aurait recueilli l’héritage tant convoité.
Ce dernier s’embarqua pour l’Indonésie à l’âge de 16 ans, dut prendre possession de l’héritage, et revint à Evregnies en 1888, et retourna, peu après, vers son lointain pays d’adoption. Il mourut , aux îles de la Sonde, à l’âge de 92 ans.
Depuis le début du 20ème siècle, plus de 1200 personnes revendiquent la descendance de ce Henri, Joseph Dubois, héritier de l’oncle de Batavia.
En son temps, de nombreux djobins, descendant du frère de Jacques DUBOIS (décédé célibataire et sans descendance) auraient pu prétendre à l’héritage tant convoiter.
(1) Source - Généalogie magazine, octobre 2002

( A ) André LEPINE Bibliothèque Historique de l’Entre-Sambre-Meuse
Joseph GONZE Asbl Villers 2000

( B) idem

(1) courriel du 10.02.2001
(2) Affiche et notes de généalogie retrouvées à Villers-2-Eglises dans le grenier de Lucie Bayet et aimablement communiquées à Mr Gonze par M. André Goblet, aujourd’hui décédé
(3) Source Généalogie magazine Octobre 2002.