Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

HISTOIRE DES FETES PUBLIQUES ET DES MARCHES DINANTAIS

7 juillet 2009 - Michel HUBERT

Nous aborderons cette fois l’étude historique du sens festif qui a certainement été au centre des préoccupations de nos ancêtres copères.
Dans une seconde partie nous étudierons l’importance que revêtaient les marchés au cours des différentes périodes historiques

DINANT A TRAVERS LES AGES :
LES FETES PUBLIQUES SOUS L’ANCIEN REGIME,

Comme le note justement M. DD. Brouwers dans son intéressante étude sur les Fêtes publiques à Dinant du XVe au XVIIIe siècle - étude que nous résumons - parmi les plus grandes fêtes des siècles écoulés, il faut ranger les processions, avec leur brillant cortège d’ordres religieux, de confréries militaires, de corporations de métiers, Ce fut pendant toute l’époque de la domination des princes des maisons de Bourgogne et d’Autriche, que ces fêtes déployèrent leur plus grande splendeur dans nos contrées.

Lorsque les blessures causées par l’armée du Téméraire se furent quelque peu cicatrisées, lorsque l’industrie des batteurs eut ramené, sinon la richesse, tout au moins l’aisance dans la malheureuse cité, relevée de ses ruines, les Dinantais organisèrent des fêtes et des cérémonies brillantes, à l’instar de celles qui animèrent à cette époque, la plupart des villes des Pays-bas. Non seulement les processions, les cortèges religieux, mais aussi les représentations de jeux de personnages, les joyeuses entrées des princes-évêques, jetèrent un éclat extraordinaire durant l’espace d’un siècle à peu près.

L’on voit les dépenses faites à cette occasion par le magistrat augmenter d’année en année, par suite de l’apparition de nouveaux ordres religieux à Dinant, et surtout à cause d’un goût de plus en plus développé pour les manifestations extérieures d’un luxe plus profane que religieux.

En 1500, on remit huit homes (espèce de monnaie) aux frères-mineurs, aux sœurs grises, aux croisiers, aux carmes déchaussés de Mézières, à l’abbé séculier et au doyen du chapitre Notre-Dame. Les années suivantes, le nombre des porteurs de torches s’accroît sans cesse ; on y adjoint des chapeaux de fleurs pour les enfants qui entourent le dais. Le conseil achetait également des tonnes de goudron pour faire des torches, qu’on allumait aux principales portes et tours de la ville.
Quelques années plus tard, au lieu d’argent, les ordres religieux reçurent des distributions de vin.

A mesure que l’industrie et l’aisance renaissent à Dinant, les fêtes s’organisent plus riches et plus nombreuses, le luxe se déploie davantage. Le magistrat, tout comme les bourgeois, prend sa part des cérémonies et des frais qu’el1es occasionnent : aux sociétés d’archers et d’arbalétriers qui se fondent à Dinant, il accorde des gratifications. Il fait venir des tambourins et des ménestrels étrangers, de Mézières, de Namur. Aux ordres religieux, aux compagnies civiles et militaires qui prennent part à la procession, aux serviteurs du conseil, il fait d’amples distributions de vin et de deniers.
C’est surtout le 15 août que les Dinantais organisaient de luxueuses processions et des fêtes auxquelles toutes les classes de la population prenaient une part active.

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Parmi les groupes de la procession il y avait des rhétoriciens qui jouaient des mystères et des miracles. Les enfants des écoles à la fin du XVIe siècle furent chargés de donner des représentations dramatiques : ces petits acteurs figuraient, costumés, dans le cortège, où l’on trouvait également le dragon, le cheval godin, la roue de la fortune ; il y avait aussi des chars et en 1540 apparaît, pour la première fois dons la procession, le Géant. Il était armé d’une hache dorée, d’une épée et d’une hal1ebarde qu’il tenait dans une de ses mains gantées Son chef était orné d’un bonnet garni de trois grandes plumes blanches. Cette machine très lourde était portée par plusieurs hommes et entourée de musiciens et de gardes qui en dirigeaient la marche.

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Le jeu de balle existait déjà au XVe siècle à Dinant, le goût de ce sport y fut même poussé si loin que les autorités durent intervenir pour le réglementer. Mais les arrêtés du conseil ne suffirent pas ; il fallut une ordonnance spéciale du prince-évêque, le 10 juin 1586, Ernest de Bavière ordonnait au magistrat cie Dinant de « pourvoir contre les messéances et les excès de ceux, qui aux jours de festes, et signamment au temps du service divin en l’église collégiale, joueroient à l’esteuf » (à la balle). (1)

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A la fin du XVIe siècle, il existait à Dinant plusieurs sociétés qui organisaient des jeux à l’occasion de la fête du 15 août. En 1595 apparaît la compagnie Espère en mieulx dont les « historiens » firent faire un guidon aux armes du prince-évêque et de la ville et représentèrent « certaines histoires par personnaiges ». Cette société vit ses statuts renouvelés et solennellement approuvés par le magistrat de la ville du 7 août 1601. Ce qui caractérise les confrères de la société Espère en mieulx c’est le fait que tous les ans ils jouèrent la Passion pendant les fêtes de Pâques.

Ces représentations obtinrent tant de succès qu’en 1663 le magistrat fut obligé de prendre des mesures pour éviter du désordre. II était interdit « de se rendre au spectacle avec des armes à feu ». Il. n’était pas permis aux acteurs de s’asseoir sur le dehors. du theatre quand ils n ont rien a y faire. afin que le peuple regardant ne soit pas empêché de voir. Etant pareillement défendu à ’tous autres qui soient placés sur le marché et aux environs du théâtre de se lever sur leur sièqe et ainsi empêcher les autres sous peine de trois florins d’amende. »
Ces prescriptions étaient pleines de sagesse.

Le 30 août 1730, les écoliers du collège des jésuites jouèrent une comédie L’Avarice corrigée, Le programme est publié par M.Brouwers.
II contient le canevas de la pièce et le nom des acteurs. Nous notons : Gilles Dargent, Pierre-Joseph Renson, Antoine Dona, J..J. Ignace de Halloy, Charles Bodest, Gilbert Develette, Perpète Renson, André Pierlet, Joseph de Holloy, de Dinant ; Jean-Joseph Gauthier, Jean Valentin et Nicolas Dausoigne, de Givet ; Philippe Thiery de Charlemont ; Ignace de Villenfagne, de Sorines ; François Bourette, de Vireux.

Outre ces personnages. qui occupaient les premières places, il y avait parmi les assistants, les ecclésiastiques, les officiers du princes, le magistrat et les serviteurs de la ville. Comme c’était le cas dans les autres collèges, à Dinant, la représentation se donnait en deux fois : le premier jour était réservé aux dames ; le second jour les hommes étaient seuls admis.

A côté de ces cérémonies religieuses ou civiles qui constituaient les distractions des Dinantais. d’autres occasions se présentèrent, au cours des siècles, qui enlevèrent les bourgeois à leurs boutiques ou à leurs établis. Tels étaient le passage des personnages importants, l’inauguration et la Joyeuse-Entrée des Princes. Ces réceptions fréquentes étaient pour la ville la source de lourdes charges. Chaque fois ses finances avaient à solder les présents qu’il était d’usage d’octroyer aux illustres visiteurs, les redevances en nature pour les banquets et les dons de joyeux avènements.
Il était d’usage, dans les villes, d’offrir le vin d’honneur aux personnages de marque hébergés dans leurs murs, On en trouve des traces dès la fin du XVe siècle dans les archives de Dinant. En septembre 1496 Charles de Croy, prince de Chimay et sa femme arrivent sur les bords de la Meuse en compagnie d’hommes d’armes et de serviteurs ; le magistrat s’empresse de leur porter, en hommage, huit pots de vin. Puis surviennent Monseigneur de Houfalize, l’archidiacre du Hainaut et le chancelier du prince-évêque de Liége auxquels sont faites de nouvelles offrandes.

Parmi les princes et princesses qui passèrent par la cité des copères, citons la reine Marie de Hongrie. Ce fut en 1540 ; on fit à Marie de Hongrie une réception vraiment royale. La ville lui offrit deux tonneaux de vin de bourgogne et un cerf. Une cavalcade fut organisée avec les corporations de métiers, les chars de triomphe, le cheval godin, les compagnies militaires ; on illumina les maisons et les tours de la ville ; les bombardes du château et de Montfort firent entendre leurs grondements,

Au siècle suivant, Dinant reçut encore la visite de plusieurs grands personnages en outre celle du fameux cardinal de Mazarin qui avait fui la France au mois de février 1651.

Quelques années auparavant on note le séjour des ambassadeurs français qui se rendaient à Munster en 1643, lors des négociations qui mirent fin à la terrible guerre de Trente ans. Les envoyés français étaient Henri d’Orléans, duc de Longueville, chef officiel de l’ambassade et d’autres personnages importants.
Le 21 septembre 1643 le Conseil de Dinant décidait d’acheter 300 livres de poudres, de mettre hors tous les canons et arquebuses ; il ordonnait aux bourgeois de se mettre en armes à l’arrivée des plénipotentiaires français, il y aurait une décharge générale, ainsi qu’à leur départ ; on offrirait le vin d’honneur.
Dans les derniers jours d’octobre, on apprenait l’approche de l’ambassade, qui avait quitté Charleville le 29, pour se rendre à Fumay où elle logerait. Le lendemain elle devait se mettre en route pour aller diner à Givet et prendre quelque repos à Dinant.

Détail pittoresque, il était conseillé au bourgmestre de recommander aux bourgeois de mettre le soir des chandelles allumées aux fenêtres des maisons, afin probablement de mieux régler les rues si étroites de la vieille cité,

FOIRES ET MARCHES.

La principale foire, pour les Dinantais, était celle qui avait lieu à la Saint-Martin en novembre. Elle existait très vraisemblablement avant la destruction de la ville par le Téméraire : en 1458, le Conseil payait des gardes spéciaux pour faire le guet aux portes de la ville le jour de la Saint-Martin.

L’année même de la mort du duc de Bourgogne et du rétablissement des franchises rendues, Louis de Bourbon instituait à Dinant un franc marché de trois jours à commencer le 11 novembre (1) pour «  remettre sur et en état notre ville désolée ».

A cette foire. « toutes denrées, marchandises et provisions pourront être achetées,vendues et distribuées par toutes personnes qui mestier en auront et qui vouldront entremettre ».

La foire était annoncée en ville le jour même au matin par un « cri fait aux carrefours et sur les places publiques ».
Une ordonnance du 11 novembre 1484 est acompagnée d’un édit qui assignait à chaque corporation un emplacement fixe pour se livrer à ses transactions : les drapiers étaient établis à la halle près de l’église Notre-Dame ; tout autour d’elle, les marchands de drap de qualité inférieure, les peaussiers, les vendeurs de cuir blanc, les marchands de gants ; du pont vers la rue Neuve, devant le grand portail de la collégiale et aux alentours, se trouvaient des étaux de fripiers ; à côté du perron, en Montferrant, les vendeurs de toile et de fil, derrière lesquels se plaçaient les marchands de mannes, paniers. « jusses. d’ognons et d’aulx. »

Tout autour sur la place de l’église, et dans la rue Neuve jusqu’à l’à porte Chapon, s’étendaient les boutiques des marchands de grains, des épiciers,des quincaillers, des merciers, des pelletiers ; les maréchaux-ferrants voisinaient avec les bouchers ; les tanneurs et les cordonniers vendaient leurs produits dans la rue des Veaux, près de la Collégiale ; plus loin, la rue était réservée aux marchands de bestiaux.

Cette énumération nous donne une idée exacte de l’importance de cette foire et des objets si disparates qui y étaient offerts en vente.

Au milieu du marché, s’élevait un mat surmonté d’une bannière portant les armoiries du prince-évêque de Liége et de la ville de Dinant.

Au cours des années qui suivirent, les emplacements particuliers changèrent parfois ; les cordonniers et les vendeurs de pelles et de ferrailles furent établis dans la rue Neuve, tandis que les cordiers et les potiers occupaient le devant du pont.
En 1537, le Conseil fut même obligé de porter un nouvel édit « pour ce que annuellement et à chacune fois il est question et débat entre les hayenans et vendans auz festes ».
Désormais les marchands furent tenus de s’établir aux endroits que le sort leur avait désignés.
Evrard de la Marck avait établi en 1520 un franc marché qui se tenait tous les lundis sur la place de la Fontaine et Maximilien Henri, en 1 667, un marché aux chevaux qui avait lieu chaque semaine, du dimanche au mardi à midi, entre la tour Maire et la porte Sibert (dans l’allée des tilleuls du quai Saint-Nicolas).

Le dernier édit renferme des dispositions frappantes par leur analogie avec les faveurs accordées dans les institutions modernes du même genre ; on y stimule le zèle des marchands et des cultivateurs par l’appât des récompenses ; des primes sont décernées à ceux qui y auront amené et vendu les plus beaux chevaux.

Les ordonnances sur la police de la foire se multipliaient pendant les époques troublées de la fin du XVIe siècle : on interdit l’accès en ville aux étrangers en armes, on défend les jeux de hasard, sous peine d’amendes considérables ; les bourgeois qui viennent des endroits où règne une maladie contagieuse ne sont pas admis,
A plusieurs reprises, cette dernière circonstance amena la suppression de la foire : ce fut le cas en 1564, en 1577 et en 1579.

Comme les autres fêtes, la foire de la Saint-Martin eut beaucoup à souffrir des guerres de la fin du XVIe siècle : après l’époque des archiducs, elle a perdu tout son ancien éclat ; elle n’est plus qu’un bazar où quelques marchands viennent étaler leur pacotille. Au XVIIe siècle, par suite de la construction de nouvelles routes, les relations commerciales sont rendues plus faciles ; à cette circonstance si importante se joint l’hostilité des commerçants de la ville qui fut aussi une des causes de la décadence de ce marché.

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Parmi les ordonnances de la ville de la fin du XVI" siècle, citons celle qui décide le pavement général et régulier des rues. une autre proscrivant l’usage de la paille pour la couverture des toits des maisons aux faubourgs (1599), enfin une troisième décrétant la construction en pierre du pont Saint-Jean, au confluent de la Lesse et de la Meuse (en 1567).

E.CLOSE

(1)Au XV’ siècle, une femme, Margot du Hainaut, née à Mons en 1402 excellait au jeu de balle. Pendant trois semaines de l’été 1427, le duc Philippe-le-Bon résidait à Paris ; Margot du Hainaut l’y suivit ; elle fit l’admiration de la noblesse qui s’adonnait elle-même au jeu de paume avec une belle ardeur. Fière de ses succès,. Margot revint au pays de Hainaut avecsune bonne somme d’argent gagnée à Paris. Elle se rendit ensuite à’Namur, à Dinant" (en I 432)’ ; luttant avec les plus forts et recueillant partout d’éclatants succès populaires, (E. Close, Gilly à travers les âges, t. II)

(2) Cartulaire de Dinant, t. III. p. 216. DD. Brouwers

Extrait de « Sambre-et-Meuse » Organe officiel du Cercle des XV 2ème série n°6 décembre 1935

Michel M.E. HUBERT