Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

HISTOIRE DE LA DINANDERIE (PREMIERE PARTIE)

3 mai 2008 - Michel HUBERT

Beaucoup de Dinantais, généalogistes ou non, ont certainement parmi leurs ancêtres l’un au l’autre de Godinne ou de Saint Hubert qui furent batteurs de cuivres et donc dinandiers .

Il était temps de décrire et de développer sur ce site l’épopée de la principale activité artistique qui fit à travers l’histoire le renom de Dinant et de ses Copères.

Le premier article sera emprunté à Edouard Gérard qui s’y était fort intéressé dans une petite plaquette parue en 1958 mais malheureusement introuvable de nos jours

LES ORIGINES

On dénomme âge de la pierre, la première période des temps préhistoriques, la seconde est dite âge du bronze. Le bronze n’est autre chose que ce que les anciens appelaient : airain de « aes » = cuivre. Le cuivre a été connu dès les origines de l’humanité parce qu’il est brillant à l’état natif et se distinguait ainsi facilement. Il est relativement rare en cet état et l’île de Chypre où il était abondant a pris son nom de ce métal « kupros ». L’airain ou bronze n’était qu’un alliage où le cuivre entrait pour la plus grande partie associé à l’étain et au zinc parfois au plomb. Dans l’antiquité, on a réalisé des alliages de cuivre avec l’or et l’argent.

Le zinc qui n’a été connu comme métal particulier qu’assez tard, se tire d’un minerai dit calamine (Cadmium) ou blende. Le cuivre, qui est un métal rouge brun, allié au zinc, a donné le laiton ou cuivre jaune (orikalcos), Pline (t 79 av. J.-Ch) parle de l’aurichalque et du cadmium.

Le laiton était le métal dont usaient les métallurgistes de la vallée de la Meuse. A Dinant, les batteurs de cuivre ne sont pas désignés autrement dans les textes que sous la dénomination de « ouvriers de jaune ouvrage ».

Le laiton s’oxydant facilement et revêtant un aspect gris verdâtre, le vert de gris, devait être protégé par un enduit protecteur si on voulait lui conserver son éclat jaune doré. Dans la pratique, les détenteurs d’objets en laiton, notamment de batteries de cuisine, se trouvaient forcés à « récurer » fréquemment ces objets.
Jusqu’à la fin du siècle dernier dans nos régions, le recurage du vendredi était un des gros soucis des ménagères Les guerres ayant absorbé le bronze et le cuivre, le goût prononcé pour le laiton a disparu au profit du cuivre rouge qui n’exige pas de soin.

Un âge du cuivre a dû précéder l’âge du bronze, le cuivre et l’étain, composés du bronze se trouvant à l’état natif et assez facilement.

Tout récemment, dans les grottes préhistoriques du mont Cronio à Sciacca (Sicile) on a trouvé de très curieux vestiges de la période de transition dite âge du cuivre qui, en Sicile, a duré plusieurs siècles, de 2500 à 1800 avant Jésus-Christ. En Moyen-Orient et en Asie, il a été encore d’une plus longue durée.

Cet âge du bronze correspond à la période des habitations lacustres (palaffites) trouvées surtout dans les Iles Britanniques, en Suisse et en Danemark. Auprès de ces habitats, on a trouvé des armes et des objets de parure et d’ornementation.

Plus tard, le bronze a été employé à divers usages, mais spécialement pour la statuaire.

L’âge du fer n’est apparu que plus tard, ce métal ne se trouvant qu’à l’état de minerai. Or, ce minerai est particulièrement abondant dans la province de Namur, comme d’ailleurs, toute la région de l’Ardenne et de l’Eifel l’est dans toutes les sortes de minerais.

Il y a lieu de signaler que la région abonde en gisements de terre plastique, la derle (en wallon : dielle) réfractaire à la chaleur. Cette terre a servi au parement des fourneaux et la fabrication de creusets pour la fonte. Dinant en a fourni des milliers qui hors d’usage, servaient de témoin de la mitoyenneté des murs séparatifs des maisons. La proximité d’importantes mines de zinc à Moresnet, La Calamine et Ait-Berg a particulièrement bien servi les intérêts des métallurgistes qui allaient travailler le laiton et s’illustrer sous le nom de batteurs de cuivre.

La métallurgie du fer dans nos régions remonte à la plus haute antiquité, ainsi que cela a été démontré par l’existence de nombreux bas fourneaux témoins de la fonte primitive. Après l’apparition des hauts-fourneaux, on a pu réemployer avec grand profit les « crayats de Sarasins » expression populaire pour désigner les scories provenant des fourneaux anciens. " n’est pas surprenant que la population de métallurgistes en dehors des témoignages antérieurs à l’ère chrétienne ait donné à l’époque romaine des établissements du genre de celui découvert à Anhée datant du /le siècle où le travail des métaux a laissé des preuves certaines de l’habileté des ouvriers de l’époque.

Le travail de la métallurgie n’a pas cessé et s’est traduit par l’installation sur les moindres cours d’eau de forges, fourneaux, marteaux où ils ont proliféré de façon incroyable, faisant la fortune de leurs exploitants. Le métier des ferons, en liégeois on disait febvres, le plus important des métiers de Namur, a étendu sa réglementation à tous les nombreux centres de travail du fer du Namurois. Rien de surprenant que le travail du cuivre délaissé à Huy, ville liégeoise , ait été continué avec profit et éclat à Dinant-, autre ville liégeoise et à Bouvignes, deuxième ville du comté de Namur, limitrophe de Dinant.

Déjà dès les Mérovingiens, la renommée des « orfèvres » de la vallée de la Meuse était faite ; elle prit une grande ampleur avec les Carolingiens originaires de la région mosane et qui firent d’Aix-la-Chapelle le centre de leur empire. Les nombreuses abbayes protégées par les empereurs (Stavelot-Malmédy, Cornelimunster, Inde, Lobbes, Brogne, Waulsort, Hastière, etc) devinrent des foyers de culture artistique dont les œuvres de Godefroid de Claire, Renier de Huy, Nicolas de Verdun, Hugo d’Oignies et Combien d’autres fournissent le témoignage.

Trévoux dans son dictionnaire écrit : On appelle Dinanderies les marchandises de cuivre jaune que la ville de Dinant envoie par toute l’Europe. On appelle même en plusieurs lieux les chaudronniers « Dinandiers ». Ces ouvrages se nommaient COPERERIES de Dinant. du mot latin Cuprum (cuivre) et les Ouvriers COPERES, sobriquet resté aux Dinantais.

Michelet, dans son Histoire de France, écrit que 1’on appelle dinanderie les grandes œuvres de chaudronnerie historiée. Cette orfèvrerie de cuisine se fabriquait surtout à Dinant et à Lyon. On exécutait au marteau les figures et les personnages dont on décorait les plats, les bassins et les coquemars (vases à anse et à gros ventre). Après le sac de Dinant par Charles le Téméraire, les habitants de cette ville vinrent en France ; ils se répandirent dans les provinces et nos chaudronniers d’Auvergne et de Normandie, déjà artistes et bons imitateurs de Dinant se dirent dès lors « dinandiers de Dinant ».

En fait, la production des objets en cuivre dans la vallée de la Meuse, au début, portait sur de la chaudronnerie : chaudrons, bassins, poêles, etc. La ville de Huy semble avoir lancé le produit ; ce n’est qu’au XIIème siècle que Dinant supplanta Huy et finit par exercer un monopole de fait pour arriver bientôt à donner son nom à l’industrie tout entière.

Jehan Renart (1190-1240) auteur du roman de la Rose ou de Guillaume de Dôle écrit à un moment de son récit que l’empereur ne grâciera pas le sénéchal coupable

Por tant d’or com il a d’archal

A Hui, ou l’on fet les chaudières.


Ce qui prouve qu’aux environs de 1210, la renommée des « orfèvres » hutois n’était pas complètement perdue. Renier de Huy, auteur des Fonts de Saint-Barthélemy, n’était pas mort depuis bien longtemps. On voit par là que la fabrication d’objets d’usage n’empêchait pas les « orfèvres » de réaliser de purs chefs-d’œuvre.
Il est naturel d’ailleurs d’entamer une production en la faisant porter sur des objets d’usage courant et d’écoulement facile. Ainsi Dinantais et Hutois firent-ils d’abord chaudières et bassins qui étaient empilés par séries pour faciliter le transport et la négociation.

Le tarif du port de Damme de 1252 porte textuellement, en fixant les droits dus sur les objets en cuivre : « si plures sint cacabus vel pelvis vel olla cuprea) in uno ligamine facto apud Dinant vel alibi ubi fieri salent... ». Il s’agit bien de marchandises vendues en gros et sériées
« in uno ligamine » ; en effet, les chaudières et bassins étaient emboîtés les uns dans les autres, protégés par des sortes de mannes en osier.

Les ateliers de batteurs comportaient un batteur et trois aides : ces batteurs entreprenaient à façon un nombre déterminé d’objets pour lesquels les grands marchands leur fournissaient cuivre, étain et zinc et ils assuraient les débouchés. Les pièces spéciales de caractère artistique : lutrins, chandeliers, fonts, faisaient l’objet de contrats spéciaux. Cette « orfèvrerie » surtout destinée aux églises était fondue ou coulée et travaillée au burin, etc.

Il y avait, c’est certain : une vraie émulation entre batteurs bouvignois et batteurs dinantais. Je ne crois pas cependant qu’elle ait jamais pris l’allure d’une rivalité hargneuse allant jusqu’au point où certains chroniqueurs de l’époque veulent la faire aller.

Suivant une ordonnance du comte de Namur Guillaume I, les Bouvignois étaient divisés en trois groupes de batteurs : les hialmeliers, faiseurs de chaudrons et de pièces de harnachement ; les pailiers, faiseurs de poêles et poêIons ; les faiseurs de bachiens .

Leur travail se différenciait du travail dinantais puisque Philippe le Bon, autorisant l’établissement du métier à Namur après le sac de 1466, dit formellement : «  attendu que ... les ouvraiges de batrye que l’on faisoit et ouvroit audit lieu de Dynant estoient autres et d’autre façon que ceulx que l’on fait et euvre en nostre ville de Bouvignes ».

LE METIER DES BATTEURS DE CUIVRE

Il n’est pas possible de fixer, même approximativement la date de naissance de la corporation des batteurs de cuivre. Elle doit avoir pris corps au début du XIII" siècle et, en raison de l’importance de son commerce d’exportation, elle ne tarda pas à jouer un rôle de premier plan, tant dans la vie politique que dans la vie économique de Dinant.

Le premier document qui parle des batteurs, comme tels, est du 14 décembre 1255 ; c’est le règlement imposé à la corporation par Henri de Gueldre, prince élu de Liège. Ce règlement politique et corporatif remplaçait la charte de privilèges originaire du métier. Cette charte fut remise en mains du prince Jean de Bavière après la bataille d’Othée (1408) à la suite de la sentence du 24 octobre qui abolissait les corporations. Elle ne fut jamais restituée, ce qui explique que les premiers statuts des batteurs nous sont inconnus. La modération de la sentence d’octobre 1408 intervenue en août 1409, imposait aux métiers l’obligation de demander au prince une nouvelle réglementation.

Le 11 mars 1411, à l’occasion d’une visite à Dinant, Jean de Bavière donna aux batteurs et sans doute contre finances, une nouvelle charte. Celle-ci fixait au dimanche avant la saint-Jean-Baptiste la réunion générale du métier dont les membres devaient élire vingt prudhommes non parents jusqu’au 4ème degré ; ces prudhommes désignaient quatre maîtres appelés mayeurs, qui devaient prêter serment devant le maire et les échevins de Dinant ; ces mayeurs élisaient alors six maîtres et les échevins en nommaient six autres qui tous ensemble formaient le corps des Douze, juridiction du métier. Mayeurs et Douze avaient ensemble la direction de celui-ci. Ils ne pouvaient s’écarter des prescriptions de la charte, ni rien faire pour la modifier ; ils renonçaient formellement à tout autre réglementation ou privilège.

A cette époque, Dinant faisait avec l’Angleterre, un important commerce d’articles de cuivre. Pour des raisons que nous ignorons, des batteurs quittèrent furtivement la ville, emportant avec eux tous leurs outils et biens meubles. Les mayeurs et douze s’émurent de ce départ et firent intervenir la ville pour que le projet des fugitifs ne put être mis à exécution, eu égard au très grand préjudice que cela causerait et à la ville et au prince lui-même ; en effet, ce dernier percevait une large part des amendes prononcées par la juridiction du métier (7 septembre 1455).

Pour l’industrie des batteurs, le sac de Dinant, en 1466, fut véritablement un coup mortel ; elle était au plus haut degré de prospérité et du jour au lendemain, elle disparaissait avec la ville trop orgueilleuse qui l’avait abritée avec un soin jaloux. Pour les survivants de la catastrophe, ils se réfugièrent où ils purent : à Namur, à Huy, à Liège, à Middelbourg en Flandre, à Aix-la-Chapelle, en France.

Le 15 septembre 1466 - un mois ne s’était pas écoulé depuis le sac - que Charles le Téméraire autorisait les marchands batteurs et leurs ouvriers à s’installer à Namur.
Il donnait satisfaction à une requête de la ville de Namur qui avait estimé l’occasion favorable d’implanter chez elle l’industrie dinantaise. Le 18 septembre - on ne perdait pas de temps, - Philippe le Bon confirmait cette autorisation - et, le lendemain, il faisait publier les statuts des batteurs namurois calqués sur ceux qui régissaient ce métier à Dinant. Les maîtres batteurs furent reçus comme tels à Namur et il ne manqua pas de Dinantais pour s’inscrire.

Cependant, dès le début de 1467, on voulut les astreindre à un serment dont malheureusement nous ne connaissons pas les termes, ce qui décida beaucoup d’entre eux à quitter Namur. L’antagonisme entre Liégeois et Bourguignons restait fort vif ; c’est ainsi que les Liégeois devaient obtenir des sûretés ou sauf-conduits pour pouvoir séjourner sur les terres du duc de Bourgogne.

Le chevalier Pierre Bladelin, conseiller et maître d’hôtel de Charles le Téméraire, avait attiré dans sa seigneurie de Middelbourg, plusieurs batteurs dinantais et désirait les faire bénéficier de la situation privilégiée que Dinant occupait en Angleterre au titre de ville hanséatique. D’autre part, les Dinantais résidant à Londres s’étaient vus retirer leurs privilèges en raison de leur attitude politique, - ils s’étaient prononcés pour le comte de Warvick. - Edouard IV, après sa défaite à Nottingham, avait trouvé refuge dans les états de son beau-frère Charles de Bourgogne et Pierre Bladelin, profitant de sa situation à la cour du duc, s’empressa de solliciter le roi Edouard pour qu’il restituat aux Dinantais réfugiés dans sa seigneurie les privilèges dont les batteurs jouissaient autrefois dans ses états.

Enfin, le 18 décembre 1478, Louis de Bourbon rendait aux batteurs la jouissance des statuts qui leur avaient été accordés en 1411 par Jean de Bavière. Ces statuts furent à nouveau confirmés par Georges d’Autriche (5 décembre 1555) parce que l’octroi de 1478 avait disparu lors de l’occupation de la ville par les Français. Les batteurs de Namur et de Bouvignes ayant décidé de suspendre leur activité pendant le mois d’août, le notifièrent en juillet 1484, aux batteurs de Dinant qui, le 30 juillet, répondirent à leurs confrères que leur misère ne leur permettait pas de cesser le travail.

En 1492, Jean de Hornes se voyait forcé sur plainte des Dinantais, d’inviter les Namurois à cesser d’importuner les Dinantais et de mettre des entraves à leur commerce.

Le 25 mars 1542, le maieur et les douze des batteurs de Bouvignes se plaignirent à Henry de Lespinée, conseiller de l’empereur, de ce que les PP. Croisiers de Dinant tiraient de la derle du pays de Namur. Le prieur des Croisiers soutint que cela n’était pas exact et qu’il fallait qu’il fut prouvé que l’extraction se faisait dans le comté, il ajoutait qu’il offrait de céder la derle aux Bouvignois au même prix que celui qu’il exigeait des Dinantais. Les plaignants furent mis en demeure d’établir avant les Pâques que la derle était extraite au pays de Namur.

Les Français ayant pris et saccagé Bouvignes, une dizaine de jours après ce désastre, le 17 juillet 1554, Jehan Andrieu, Thomas de Villenfagne, François de Verenne, Jean de Godinne et autres batteurs agissant au nom de tout le métier, requirent les batteurs de Dinant de les admettre dans leur compagnie au même titre que les Dinantais. Ceux-ci « esmeus de compassion et charité » accordèrent l’inscription dans leur métier à la condition qu’elle fut sollicitée avant la saint-Gilles et ils disaient donner leur assentiment «  soubz espoire que si semblable fortune et dangir en temps future advenoit a nous ou nos successeurs (que Dieu ne veuille) qu’ils nous feroient les semblables ». C’était donner un bel exemple de solidarité. Il fut entériné par la cour des échevins le 8 février 1555.

En mai 1537, les batteurs avaient décidé que tout confrère qui ferait travailler hors ville serait passible d’amende. Cette décision avait été mise en warde de loi le 7 février 1538. Cependant, elle n’avait pas été approuvée comme faire se devait par le prince-évêque et ce ne fut que le 9 janvier 1570 que Gérard de Groesbeek l’approuva, à la demande des frères Lombart et Jean Tabollet. A cette époque, la batterie dinantaise n’arrivait pas à suffire aux demandes du marché d’Anvers. Cette pénurie de marchandise de batterie doit se trouver à l’origine de ce débat.

Vers 1600, la ville de Dinant se plaint au prince de ce que depuis deux ou trois ans « quelcques espritz esventez et inquiets du corps des batteurs se sont transportez ailleurs avec leurs outilz et instrumentz et communicquent l’arte et manufacture aux estrangers laquelle a esté de tout temps propre et particulière a vostre dite ville et appelée pour ceste cause des François, Dinanderie qui cause qu’icelle s’en va despeuplée, déserte et abandonnée ».
La ville réclame des mesures sévères contre les absents s’ils ne rentrent dans les trois mois. Cette plainte démontre bien, et l’importance de la batterie et aussi que des temps difficiles sont venus qui préludent à la décadence de cette industrie.

En 1622, pour la première fois, on voit paraître le métier des potiers et fondeurs qui a fait approuver ses statuts par le prince-évêque, statuts reproduits d’autres leur accordés, en 1511. Du texte on doit conclure que précédemment ce métier vivait dans l’orbite du métier des batteurs car, jusqu’à la date de 1622, on n’en voit pas trace et leur règlement qui prévoit comme chef-d’œuvre un saint Lambert ou un saint Perpète ou encore des chandeliers d’église ou un robinet, l’apparente singulièrement aux batteurs. Comme ceux-ci les potiers et fondeurs se plaignent qu’on débauche leurs ouvriers qui « commencent à se retirer ailleurs invités de plusieurs offices d’immunités et privilèges ».

Les batteurs avaient un hôpital avec chapelle que la ville reconnaît comme complèternent exempt d’impôts. Ils ont aussi un moulin que le métier met en location (mai 1649) ; ce qui constitue une nouvelle preuve de la décadence. Le 23 novembre 1699, le métier des potiers, fondeurs et chaudronniers obtient ratification du règlement de 1622 avec interdiction pour quiconque ne faisant pas partie du groupe, de vendre poterie, quincaillerie et autres pareilles marchandises de cuivre. Cette interdiction mit en émoi le métier des merciers qui possédait le droit exclusif de vendre de la quincaillerie, fut-elle de cuivre. Aussi, au mois de décembre, la ville confirme le privilège des merciers et dit que les potiers qui ne sont que neuf ou dix ne pourront faire les objets dont ils veulent enlever la vente aux merciers. Ceux-ci sont de loin plus nombreux et cela va les amener à aller en France où on les attire par des avantages de toutes sortes ; ils iront à Givet alors que la ville se dépeuple et que quantité de maisons sont vides.

Pourtant, le métier des batteurs existe toujours, mais il est exsangue et au mois de février 1717, constatant que les membres ne sont plus en nombre pour élire leurs dignitaires, il est obligé de solliciter le prince pour qu’il lui adjoigne douze citoyens notables et capables. Capables de quoi ? On ne le dit pas. Il suffit de maintenir un groupe fictivement pour que ses adhérents bénéficient des privilèges qu’on tient à conserver ... Les batteurs ajoutent qu’en leur donnant satisfaction, le prince « conservera le repos et la tranquillité dans le peuple que quelques personnes mal intentionnées de la mesme ville tachent de détruire et de brouiller ». Le prince adjoignit les douze citoyens que le métier demandait, mais dès lors il n’y avait plus de batteurs. Il resta le métier de potiers dont le dernier règlement est du 29 janvier 1788 ; il y avait alors une dizaine de gens du métier et « plusieurs s’ingérant d’en faire profession ores qu’ils n’y entendaient rien » leur registre constate une absolue décadence, c’est presque la misère. Sic transit !

Article tiré de l’ouvrage DINANT Ville d’art. La Dinanderie par Edouard GERARD Editions Heraldic Ardenne Belge A.S.B.L. Dinant 1958

Michel M.E. HUBERT