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Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

HISTOIRE DE BEAURAING ET DE SON CHATEAU

11 avril 2008 - Michel HUBERT

Eloignons nous un peu de Dinant et allons nous promener vers le sud-est pas très éloigné ; allons à Beauraing.

J’ai pu retrouver deux articles des années 1930 décrivant ce que fut et ce qu’était Beauraing et son chateau avant l’épisode des apparitions mariales..

BEAURAING

« Beauraing, situé au sein d’une contrée fertile, écrivait un auteur en 1846, placé sur une route qui lie l’Ardenne au bassin de la Meuse, est destiné à acquérir une grande importance lorsque des communications vers Rochefort lui permettront de participer aux avantages de la ligne du chemin de fer du grand Luxembourg, et cette importance sera beaucoup plus considérable encore quand Philippeville et Rochefort, ainsi que les pays qui les avoisinent, jusqu’ici privés de communications directes, séparés par deux impitoyables barrières de douanes, pourront accéder réciproquement à cette ligne de chemin de fer, ainsi qu’à celle d’Entre-Sambre-et-Meuse ; car, il n’y a pas le moindre doute que l’établissement de ces lignes n’amène la levée de l’interdiction dans laquelle l’Entre-Sambre-et-Meuse et l’ Ardenne sont depuis tant d’années vis-à-vis l’un de l’autre »

Beauraing est devenu célèbre, mais pour une autre raison que celle prédite par cet auteur.

Si l’on en croit les vieilles chroniques, l’ancienne seigneurie de Beauraing daterait des croisades. Elle a été baronnie dépendant du duché de Luxembourg. Au XIIIe siècle, elle passa aux mains de la famille de Beaufort. .
Possédée ensuite par le prince de Gavre, les de Berlaymont, les de Brandenbourg, etc., elle revint aux de Beaufort-Spontin en 1737.
Au XV• siècle, Beauraing acquit une triste célébrité par les bandes de rodeurs ou de bohémiens, formées par Tristan de Morialmé et qui ravageaient le pays de Liége ; elles suivaient le cours de la Meuse et occupaient les châteaux forts entre Fosse, Thuin, Chimay, Orchimont et Beauraing. Si l’on consulte les Mémoires de Jehan de Stavelot et les Chroniques de Philippe Mouskes, on verra que les rodeurs, qui occupaient Beauraing, exerçaient leurs ravages dans les fourrés de Baronville et de Focant et qu’ils attaquèrent Château-Thierry. Ces bohémiens avaient le visage basané, parlaient un baragouin particulier. et faisaient métier de dérober et de dire la bonne aventure.
La forteresse de Beauraing fut assiégée et détruite en 1445 par une armée de Philippe-le-Bon, duc de Bourgogne. Après sa reconstruction, elle fut habitée temporairement par l’ïnfortuné comte d’Egmont.
En 1555, la garnison se rendit au duc de Nevers, évitant ainsi un nouveau désastre. Le comte de Beaufort réédifia, en 1775, le château, qui venait d’être atteint par la foudre. En 1793, le maire de Givet, Lecolle, vint saccager et réduire en cendres ce superbe manoir. Celui-ci resta ainsi à l’état de ruines jusqu’en 1855, époque où il fut complètement et magnifiquement réédifié par le duc dOssuna, qui y consacra une partie de son immense fortune. Le château, très luxueusement meublé, renfermait alors de riches armures et trophées, des objets précieux, une importante bibliothèque, etc.

Il est maintenant la propriété de M. Charles Lénelle qui a entrepris de rendre au vieux manoir quelque chose de son passé. Les dépendances primitives - non détruites - ont été aménagées, sans rien enlever à leur ancien cachet, et transformées en une charmante résidence, ornementée d’une imposante terrasse. Il y a lieu de féliciter M. Lénelle pour le bel effort qu’il a accompli en conservant à ces vestiges leur aspect séculaire et en assurant leur conservation pour de nombreuses années (1).
Une allée de marronniers, qui gravit les pentes du parc, vous conduit bientôt devant les impressionnantes ruines du château.

Les énormes tours rondes, à l’est du château, autrefois couronnées de toitures à poivrières terminées par des girouettes, ont 45 mètres de circonférence et datent du XII" siècle. La tour Charles-Quint, bâtie en 1552, était la chapelle ; restaurée en 1930. elle a été transformée en salle d’archives . Contre les anciennes dépendances se trouve la tour du Fou.

Du côté sud, le regard se repose sur la grande pelouse qui s’y étale et, au delà, sur la riche végétation du parc boisé qui l’environne. La façade nord commande la grande plaine de Famenne, qui s’étend au loin jusqu’aux limites d’un horizon indéfini. Ce contraste est très frappant ; d’un côté se montre un charmant paysage de verdure ; de l’ autre se déroule le panorama d’un pays vivement éclairé,largement ouvert et semé de villages ou de hameaux.

Lorsque l’ on circule sur la terrasse et à l’intérieur des ruines, encore d’une solidité à défier les siècles, on songe involontairement à la splendeur qui régnait dans cette demeure seigneuriale d’autrefois, un des plus somptueux châteaux de notre pays !

Extrait de « Sambre-et-Meuse » Organe Officiel du Cercle des XV 2ème série n°2 janvier 1934

LE CHATEAU DE BEAURAING

En 1932

Beauraing, coquette cité située aux confins de la Famenne, non loin des superbes vallées de la Meuse et de la Lesse, avec ses rues que le modernisme n’a pas banalisées, est trop peu connue de nos excursionnistes.

La cité de Beauraing doit son origine à un passé lointain, son étymologie s’échelonnant dans : Bellus-Ramus, Beiram, Beaurameau, Beaurin.
Elle constituait autrefois une baronnie dépendant du comté de Laroche, et l’on trouve trace de ses premiers seigneurs en Drogo et Robert de Eelrem, dont l’un d’eux meurt au siège de Ptolemais (St-Jean d’Acre), en 1180.

Apparaissent ensuite les seigneurs : Walcher le Borgne, Hustin de Bailles, Nicolle de Saule, Parochiaux de Revogne et Tristan de Morialme, ennemi juré du prince-évêque de Lièqe, J. de Heinsberg

L’an 1199 donne à la vieille cité Gérard de Beauraing, auquel succède Simon de Beauraing, à qui les bourgeois de l’endroit doivent la première charte.

Beauraing fut ravagée en 1430 par les seigneurs d’Agimont et d’Orchimont.
Leurs bandes - avec Jehan II de Herbigny- dénommées « les écorcheurs », entreprirent de résister au duc Philippe de Bourgogne, dont l’influence était toujours croissante.

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Le château au XVème siècle

En 1436, le prince-évêque de Liége, à la demande du duc, assiégea et détruisit le château, qui constituait déjà à ce moment une forteresse redoutable.

Il fut reconstruit par Jehan II de Herbigny, dit « le Féroce », qui le fortifia de quatre énormes tours de 45 mètres de circonférence (toujours existantes) qu’il dénomma : Brabant. Namur, Rethel et Hainaut. Jehan II comptant sur sa puissance, s’allia au célèbre Erard de la Marck, seigneur d’Agimont et de Rochefort, et réédita ses ravages à la tête de ses bandes d’écorcheurs.
Le prince-évêque de Liége intervint de nouveau. Rochefort capitula.
Agimont fut enlevé et Beauraing incendié et démantelé en 1554.
En 1554, Charles de Berlaymont prit possession de la seigneurie. Une cinquième tour fut édifiée en l’honneur de Charles-Quint et servit à l’usage de chapelle. Le manoir fut entièrement restauré et fortifié ; son parc entièrement clôturé d’un mur de 3 mètres de hauteur.

La grille de l’entrée principale porte encore une pierre au blason de Berlaymont, avec les dates 1567-1570. Seigneur très puissant, Charles de Berlaymont fut le chef des finances de CharlesQuint. C’est lui qui lança le mot de « Gueux » à l’adresse des nobles qui protestaient contre les horreurs de l’Inquisition. Il fut chargé par Charles-Quint de construire la forteresse de Charlemont et devint, par après, gouverneur des Pays-Bas et titulaire de la Toison d’Or.
Son successeur fut Lancelot de Berlaymont, dont le cœur a été conservé jusqu’en 1857, dans la tour « Charles-Quint », sous la pierre dite « Au squelette ».
En interrègne, le château abrita la famille de Brandebourg et eut encore pour hôte la toute puissante famille de Beaufort-Spontin, originaire des environs de Huy. Une branche de cette famille détenait Spontin, Freyr et Beauraing depuis 1740. Incendié en partie par la foudre, le château de Beauraing fut réédifié en 1785 par les soins des seigneurs de Beaufort. Ces derniers lui donnèrent l’allure et le luxe d’un séjour princier.
Après avoir été assiégé et démantelé en 1790, sous le commandement de Schoenfeld, et livré au pillage en 1793, par les « Sans-Culottes », sous le commandement du maire Lecolle, le château fut la proie des flammes.

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La chateau après la Révolution

Depuis 1817, le duc d’Ossuna, Grand d’Espagne, était devenu propriétaire du domaine, de par son union avec Dame Françoise Philippe, comtesse de Beaufort - dont la statue monumentale est dans le parc - et, à son décès, la propriété passa aux mains de son frère, Mariano-Tellez-Giron, duc d’Ossuna.

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La château avant 1889

Reconstruit vers 1855- 1857, le château allait connaître une ère nouvelle de somptueuse grandeur ; les châtelains y entretinrent une véritable cour de Roi : des fêtes splendides s’y donnèrent et des réceptions eurent lieu.
Le duc d’Ossuna épousa en 1866 la princesse Eléonore de Salm ; la population fut conviée à prendre part à de multiples réjouissances et bénéficia durant de longues années des largesses de ses seigneurs.
En 1880 le prince de Galles, futur Edouard VII, y est reçu au cours de fêtes grandioses.
Le duc d’Ossuna mourut à Beauraing le 2 Juin 1882. Ce fut pour l’endroit un deuil général ; la duchesse épousa en secondes noces le duc Rodolphe de Croy-Dulmen, en la chapelle SaintPierre, toujours existante dans le parc, et ce le 27 Septembre 1884.
Le château fut entièrement détruit par un incendie le 5 décembre 1889.
La duchesse d’Ossuna mourut, entièrement ruinée, à Dülmen le 18 Juin 1891.
Le domaine privé et son château seigneurial passa ensuite aux créanciers hypothécaires « La Concordia », de Cologne, puis à divers propriétaires qui se complurent à en habiter les dépendances anciennement à l’usage des régisseurs.

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Le château après l’incendie

LA RESTAURATION DU CHATEAU.

Ce n’est qu’en 1927 que le propriétaire actuel envisagea de rendre au vieux manoir quelque chose de son passé. Les dépendances primitives - non détruites - ont été aménagées, sans rien enlever à leur ancien cachet, et transformées en une charmante résidence, ornementée d’une imposante terrasse.
Dans le petit hall, on peut voir la mangeoire avec plaque de marbre de l’un des superbes chevaux de la duchesse d’Ossuna, ramené de Russie, où il avait été acheté pour une fortune au prince Orloff.
Quant aux ruines du grand manoir, elles sont entièrement débarrassées de leurs décombres ; les murs branlants ont été consolidés et cimentés, pour en assurer la conservation ; les murailles formant les fondations, épaisses de trois mètres, servent de promenoir et contournent l’ancienne cour d’honneur, qui a repris son aspect d’antan ; elle est agréablement ornementée d’un pavillon italien, sous lequel est suspendue la cloche de l’ancien campanile, qui, restée muette pendant de longues années, se fait à présent souvent entendre, à la grande satisfaction des Beaurinois.
Il y existe des archives de quatre siècles, avec quantité d’ordonnances, de cachets secrets des seigneurs des dites époques et d’autographes.
Le parc, toujours clôturé de la muraille élevée par Charles de Berlaymont en 1567, avec six étangs, forme un cadre admirable à ce château, dont la destinée fut maintes fois tragique.

LA MAJESTE DES RUINES.

Dès son arrivée au château, le visiteur aperçoit une porte monumentale, avec grille, en face de l’allée dite du Nondeux. Elle porte la date du XVIe siècle, et une pierre aux armes de Berlaymont, formant clef de voûte, est datée 1567 - 1570.

Franchissons cette porte et suivons une allée de marronniers séculaires qui nous conduit au pied du château.
A droite, les anciennes dépendances des Ossuna.
Plus haut, un massif de marronniers atteignant la hauteur des ruines.

Dirigeons-nous vers le Point de Vue, d’où l’on découvre toute la plaine famennoise et au loin la Tour Coloniale du château d’Ardenne, puis franchissons, près de la conciergerie, une seconde porte monumentale en pierre de taille, ornée des armes des Spontin-Beaufort, pour la visite des ruines.

Une allée nous conduit à l’ancienne cour d’honneur. Nous parcourons d’abord l’ancien rez-de-chaussée. Il y reste trace d’une cheminée et d’une taque, du hall des Ossuna, du salon, d’un ancien balcon en pierres de taille, duquel on voit l’ensemble de l’aile droite du château, avec ses deux énormes tours, de 45 mètres de circonférence, dont les bases, taillées dans le roc, datent du XIIe siècle.

Les murs des tours ont quatre mètres d’épaisseurs, de même que le mur, transformé en promenoir. Ce mur conduit vers la troisième tour, de mêmes dimensions, qui constitua, au cours du dernier siècle, les appartements des duc et duchesse d’Ossuna.

La tour Charles-Quint était la chapelle ; elle date de 1552 et est restaurée depuis 1930, transformée en salle des archives. Une plaque reproduisant celle s’y trouvant anciennement apprend que la dite tour fut construite par Charles-Quint pendant que ses armées faisaient le siège de Metz. Deux pierres en marbre noir en furent enlevées en 1857 ; l’une représentait un squelette, l’autre portait une inscription disant que « le cœur de Lancelot était conservé sous ces pierres ».

Son intérieur consiste en un véritable petit musée, avec tous souvenirs du passé ainsi que les archives dont il a été fait mention plus haut. On peut s’y procurer également l’histoire complète de Beauraing, en un volume, ainsi que deux magnifiques albums, avec une rétrospective sur l’histoire de Beauraing

Les souterrains creusés dans le roc, sont la partie la plus ancienne de ces ruines. L’étage inférieur d’une des grosses tours, voûtée en coupole, avec une ancienne oubliette très intéressante de par son originalité, était l’ancienne salle d’armes. Dans le bas de la tour Charles-Quint, on voit un curieux corps de garde, dont un des murs est taillé à même le roc, alors qu’un ancien canon, datant de 1740, en serait un des créneaux.

La sortie des ruines s’effectue par un ancien couloir, long de 40 mètres, orné de portes de style ogival, et qui conduit à l’ancien puits, profond et souterrain à la fois, taillé dans la pierre. Depuis Jehan de Herbigny (XVe siècle), l’enceinte du château comprenait quatre tours d’angle : deux accolées au logis et deux à l’arrière-logis.
Par une magnifique allée de tilleuls, on se rend dans une de ces dernières tours, appelée Tour du Fou, ornée de deux créneaux. On y voit un cachot possédant encore le trou par lequel on passait la pitance aux malheureux prisonniers ; à droite, on aperçoit, dans l’épaisseur du mur, l’escalier en pierre du donjon.

De la terrasse occupée par le château, on découvre une vaste vue panoramique de Beauraing et de la plaine de la Famenne.

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Vue de Beauraing

Puis l’on s’en va par une allée nouvellement établie, passant au-dessus des anciennes glacières des Ossuna.

Le visiteur peut alors s’en retourner le cœur et l’esprit pleins de ces vestiges du passé, mis en relief dans l’opulent présent, sans que celui-ci ait estompé le mystère que dégagent toujours ces reliques médiévales, où revivent encore les hautaines figures des seigneurs qui dominèrent les lieux.

Bref, cette intéressante visite, constitue un pèlerinage à travers les siècles. Il ne nous reste plus qu’à féliciter notre aimable cicerone, en lui adressant, en même temps que nos remerciements pour son charmant accueil, nos félicitations les plus sincères pour l’effort qu’il a accompli en conservant à ces ruines leur cachet vénérable et en assurant leur conservation pour de nombreuses années.

D’après Gustave DEBIERE.
Extrait de « Sambre-et-Meuse », Organe officiel du Cercle des XV n°6 Décembre 1932

Clichés Nels Coll.Michel HUBERT

Michel M.E.HUBERT