Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

HISTOIRE ARTISTIQUE ET ARCHITECTURALE DES AUTRES PAROISSES DE DINANT

16 décembre 2016 - Michel HUBERT

Nous empruntons encore au Baron Ferdinand del Marmol la description des autres églises de Dinant telles qu’on pouvait les voir en 1888

Après la description générale de l’église Notre-Dame, nous ne pouvons passer sous silence les églises Saint•Pierre et Saint-Nicolas. Ces églises, mutilées par le désastre de 1466, ne mériteraient pas de mention sous le rapport architectural, mais elles offrent quelques témoignages de l’art et nous avons entrepris de les retracer fidèlement.
Depuis l’établissement de la foi dans notre pays jusque vers le milieu du XVIIIe siècle, toutes les classes de la société lièrent d’étroites relations avec l’Église. L’histoire des corporations le prouve à chaque page ; généralement chaque corporation de métier avait sa chapelle, son autel ou ses cérémonies religieuses. (V. Félix de Vigne, 1857, Mœurs et usages des corporations, Gand, p. 70.)

Saint Pierre

Saint-Pierre à Dinant était, en 1206, une chapelle qui fut donnée cette année au chapitre Notre-Dame. (Cart. de Dinant, t. I, p. 2.)
En 1279, elle était un des sept vicariats de la ville et le des servant ne pouvait donner ni le baptême ni l’extrême-onction. (Cart. de Dinant, t. I, p. 74.)
Au XIIIe siècle (V. Sidérius, p. 5) ainsi qu’en 1374 (Cart. de Dinant, t. I, p. 2), Saint Pierre était devenue église paroissiale.
Elle augmenta d’importance dès 1609 (V. Sidérius, p130 et suiv.) et à cette époque, elle était séparée de la ville par des murs et des fossés
Les fonds baptismaux y furent institués le 30 août 1617 par le nonce apostolique et, à la demande des paroissiens, le curé qui logeait en ville vint, par décision de Jean d’Enghien, évêque de Liège, habiter près de l’église.

Saumery (Délices du pays de Liège,1740) cite et décrit douze églises et sept couvents avec leurs dates de fondation, entr’autres Saint-Pierre.

Les noms de treize familles de Dinant sont inscrits tout autour du chœur, sur de petites pierres murales commémoratives ; ce sont : à droite du chœur :
Jean Nicolas ; Anne Catherine Houlay, sa compagne ;
Nicolas Anceaux et Hélène Colin, sa compagne ;
Jacques Baseille, le jeune ;
Jacques Baseille et Anne Gigot, sa compagne ;
Joseph Develette el Catherine Porenne, sa compagne, 1707 ;
François Voos et Marie Bodes, sa compagne ;
François Bourguignon et Marie Catherine Pirlot, sa compagne ;
Pierre Mosel1i, marchand tanneur et. ... de cette ville, 1700.

A gauche du chœur :
Nicolas Henrard, marchand tanneur mer. et Thérèse Gigo, sa compagne ;
Henri Florcot, L. E. et Marie Jeanne Fransquin, sa compagne ;
Lambert, mambour et Catherine Bouille, sa compagne, 1706.

Six grands vitraux existent dans le, chœur dont trois à droite :

Le premier avec cette inscription ; Le Sr Jean de Behaut, marchand tanneur et ancien bourgmaistre de la ville de Dinant, 1706.
Le deuxième vitrail avec cette inscription : Admodum Reverendus Dominus, domiminus Perpetuus Renson J. V. E. Dionensis et Leffensis Abbas, anno 1706.
Comme oeuvre d’art, ce deuxième vitrail contient un saint Paul en beaux vitraux colorés.
Le troisième vitrail avec cette inscription : Le Sr Guillaume de Hontoir, marchand tanneur, bourgeois de la ville de Dinant, 1706.
Les trois vitraux de gauche sont : le premier avec cette inscription : Le Sr Nicolas de St Hubert, commissaire de Sn Altsse Sne et Bourgmaistre de sa bonne ville de Dinant pour la quatrième fois, anno 1706.
La deuxième, sans inscription, représente au bas saint Pierre en vitraux colorés, très beau, faisant pendant à saint Paul : Véritable œuvre d’art.
Le troisième avec cette inscription : R. Dûs Dûs Pierre de Hontoir, cujus Ecclesiae Sti Petri apostoli Rector, anno 1706.

L’art de la peinture est représenté à Saint-Pierre par cinq tableaux, dont trois sont remarquables. Le premier, placé sur l’autel de gauche et dont la peinture rappelle le genre de Rubens ; c’est une adoration des Bergers.
Le second, placé dans la sacristie, représente la flagellation de trois martyrs attachés au même arbre ; la peinture est d’un grand mérite. Un personnage couronné, portant un bâton d’or, chaussé de cothurne et assis dans un fauteuil, commande le supplice de la flagellation ; ses soldats portent cuirasse et casque. Un double écusson représente les armoiries du donateur et de sa femme ; celui de gauche indique que le donateur faisait partie d’une corporation ; ses initiales sont I. L.
La troisième peinture remarquable est celle de deux volets demi-ronds en bois, se refermant sur une statue de saint Pierre. Ces deux volets sont recouverts de diverses scènes de la vie du saint, tant en dedans qu’en dehors, Sur le volet de droite, en dehors, se trouvent les écussons du donateur et de la donatrice. (V. gravures)

Les deux derniers tableaux, celui du maître-autel, peint par Auguste Michel, 1833, et celui de l’autel de droite sont beaucoup moins beaux que les trois premiers. Ce dernier porte : « Hubertus Dat Clientibus auxilium », formant la date 1739.

Comme œuvres d’art de sculptures, nous trouvons à Saint-Pierre six vieux reliquaires en bois sculptés, d’un très beau style et bien travaillés.

D’après M. Benjamin Devigne, sculpteur à Dinant (auteur de la chaire Saint-Loup, à Namur), ces reliquaires sont l’œuvre de l’un de ses ancêtres de la fin du XVIIIe siècle.

L’art de la sculpture se trouve encore représenté à Saint-Pierre par les diverses dinanderies dont la description suit. :

Un petit plateau de collecte en cuivre battu, représentant saint Hubert avec l’inscription : Jan Bode et Perpete Du Chainoy, mambour, « mon fai faire, 1682 » ; quatre petits chandeliers torses en cuivre coulé, marqués « S. Hubert » ; deux autres plateaux médiocres ; deux jolis petits chandeliers à feuillage battu et doré ; deux chandeliers ordinaires en cuivre battu, non signés : une gracieuse lampe-veilleuse en cuivre fondu, entourée de trois têtes d’anges, reliées également par des guirlandes de fleurs : la couronne supérieure est en cuivre battu d’un très jolis style ; enfin une cuve baptismale portant les armoiries et la légende « Virtutis Alis », de l’abbé Noyzet,
Au jubé, se trouve aussi une très vieille sculpture en bois représentant fort mal Dieu le Père, dont les bras ne sont pas plus longs que la tête, mais entouré d’anges dont les tètes sont fort bien réussies.
Signalons, pour finir, un écusson sculpté et badigeonné, au plafond au-dessus du chœur.

Saint- Nicolas

L’église Saint-Pierre et son faubourg sont au sud de la ville ; nous passerons directement au nord afin d’y rencontrer la troisième église de Dinant, qui contient encore quelques objets d’art. Sur la place Saint•Nicolas, séparée autrefois de la ville par un fossé et située alors en Ile, se trouve l’église Saint. Nicolas. Elle est insignifiante sous le rapport de l’architecture.
Il ne reste debout de l’ancienne église Saint-Nicolas que la nef centrale et la petite nef de droite.
En 1279, elle était un vicariat (Cart., t , I, p. 39) ; elle est citée par Sidérius (p. 66) comme étant l’une des onze églises de Dinant avant le désastre de 1466, mais ne figure pas dans la nomenclature que relate cet auteur des églises relevées de leurs ruines après cette époque.
Cependant, la paroisse Saint-Nicolas devait être importante vers 1492. En effet, celle de Notre-Dame fournissait à cette époque nonante-sept signatures en faveur de la paix conclue, le 22 mai 1484, entre Jean de Horne, évêque de Liège et la famille de la Marck (on sait qu’une guerre avait enflammé tout le pays à la suite du meurtre de Louis de Bourbon par Guillaume de la Marck, le 30 août 1482). La paroisse de Saint-Nicolas venait à Dinant en seconde ligne avec soixante-une signatures en faveur de cette même paix.

Le Court Saint•Nicolas se composait, en 1502, d’un maire et de huit conseillers.
Une horloge fut placée, en 1509, il l’église.
En 1740, Saumery (Délices du pays de Liège) en donne la description.
En 1838, l’église Saint-Nicolas et son cimetière furent entamés pour le percement de la rue Léopold (Cart., t. I, p. 39) ; elle était alors un vicariat servant de paroisse. Aujourd’hui, c’est une chapellenie, tandis que Saint.Pierre, Saint-Paul et la misérable église de Neffe ne servent qu’à célébrer une messe chaque dimanche ; celle-ci est instituée en vicariat d’Anseremme depuis 1888.
L’autel de droite, en marbre de diverses teintes, est du XVIIe siècle.

Ses proportions ne manquent pas de grandeur. II porte l’inscription latine suivante :

«  Deo ter o ter M. Virginae que Matri mariae et divo Quirini pietas urbis dionantensis extruxit et dicavit », Les lettres de cette inscriptions forment le chronogramme 1645. Il est dédié à saint Nicaise, saint Quirin et saint Scuniculin.

Le grand tableau du maître-autel représente la mort d’un prince ; son sceptre tombe ; un évêque lui fait des remontrances ; dans le fond, des prisonniers sont sous les verroux. Ce tableau historique, d’une peinture dure, est cependant d’un aspect assez imposant.
Nous avons trouvé à Saint-Nicolas trois jolies dinanderies :
Un plateau de collecte porte un marteau couronné, signe toujours identique du métier de saint Éloi (Félix de Vigne, Corporations et métiers, p. 122). Il date de 1659 et porte les initiales P. B.
Un beau reliquaire en cuivre repoussé représente un buste couronné de feuillage, portant, autour du cou un cordon terminé a chaque extrémité par une floche pendant sur la poitrine .
La troisième dinanderie est une jolie sonnerie en cuivre découpé et repoussé à sept clochettes assez bien travaillée et portant sur le manche, en anse de panier, les initiales S. I. C.
L’un des chandeliers torses de l’autel est en cuivre et porte gravé un saint Michel terrassant le dragon.
Enfin, un tableau en bois doré, avec cadre sous ’verre, représente un bateau pavoisé aux couleurs françaises entouré des emblèmes de la foi, l’espérance, la charité et des inscriptions : la loi de Dieu, la Justice divine et la signature : Ch. Grandjean, à Namur. Il parait que ce tableau, fait au couteau par Ch. Grandjean, est un cadeau d’un batelier.

Les autres anciennes églises

Il peut être intéressant de jeter un rapide coup d’œil sur la destinée des autres vieilles églises de Dinant.
Traversant la place Saint-Nicolas en diagonale, nous arrivons dans une vieille rue étroite qui longe les rochers et finit par aboutir au nouveau Palais de justice.
A cent mètres environ dans cette rue, nous rencontrons la vieille porte de l’église Saint-Menge ; c’est le seul débris de cette église, qui fut détruite en 1466, rebâtie puis supprimée à la fin du XVIIIeme siècle.

A quelques pas plus loin, se trouve l’ancienne église Saint-Michel, datant de 1317. Elle offre encore, au-dessus de la porte d’entrée, une belle rosace gothique à trois grands trèfles et trois petits ainsi que quelques belles voûtes ogivales murées. Elle sert de cave aux vins.
Saint-Laurent (en Ile), Saint-Martin ont disparu.
Saint-Vincent est convertie en remise et écuries. Saint-André, avec le couvent des Frères mineurs,est devenu l’athénée commmunal ,
Saint-Jacques (val Saint-Jacques) sert de grange.
Saint-Jean-Baptiste, église et hôpital, est devenu une brasserie.
L’abbaye de Leffe a servi de verrerie de 1815 à 1825, puis de papeterie, puis de magasin de denrées ; son église est en ruine. (Histoire de l’abbaye de Leffe, par M Quinaux, actuellement curé à Leffe).
Elle disparaît en 1888, vendue par lots.
L’église église Saint-Georges (1230), vicariat en I800, paroisse en 1837, est aujourd’hui église : paroissiale de Leffe.
Enfin la petite chapelle Saint-Paul, en dehors de la ville, était autrefois affectée à l’hospice des Grands. Malades, et sert à célébrer une messe chaque dimanche.

La salle des Arbalestriers


Contre l’église Saint-Menge, se trouve un vieux souvenir de Dinant du XVIIe siècle. C’est la salle des albalétriers, devenue ate1ier de menuiserie ; elle est assez grande pour contenir douze bancs de menuisiers.
Sur la porte d’entrée, on voit l’écusson de Perpète Renson avec l’inscription : Hoc frontispicum dux Perpetuus Renson erexit ; formant le chronogramme 1723. A l’intérieur, se trouve une salle basse communiquant par quatre arcades sur piliers en pierre dans un assez grand jardin. Au-dessus de chaque arcade se trouve un écusson dont le premier à gauche est celui de Melchior Tabollet, 1650, représentant trois pains ; le deuxième et le troisième portent, ainsi que le quatrième, le millésime 1640 ; ce dernier représente sans cloute les armoiries d’un batteur ; il est coupé verticalement et, à droite mi-partie, sont deux chaudrons posés l’un au-dessus de l’autre, séparés par deux marteaux en croix ; à gauche, cinq saumons de cuivre ; nous avons recueilli les deux autres.
Surmontant ces quatre écussons, se trouve l’inscription suivante : Nicolaus de Halloi has aedes publica expensia instaurari construique curavit, formant le chronogramme 1652.
Le 10 juillet 1449, le magistrat de Dinant donnait en propriété aux arbalétriers de cette ville le fossé derrière Saint•Menge, allant vers Beaurepaire, pour s’exercer au tir et « où ils étaient accoustumés de tirer anciennement » En 1456, le 26 juillet, les maîtres, conseil jurés et université de la bonne ville de Dinant, désirant que la cité soit fournie de gens de trait à « arbalastre » pour la défendre au besoin, donnent des statuts à la compagnie. Ils seront cinquante, natifs de la ville ou y demeurant depuis un an et jour, « de bonne vie, d’honneste conversation » ils auront un mayeur, six chefs et des centeniers ; ils recevront chacun trois frans par an , jouiront du fosset Saint-Menge, du fosset delle thour à Leffe, comme anciennement leurs prédécesseurs ; ils devront être équipés suffisamment d’armures et bastons leur appartenant, marcher à la guerre, figurer à la procession saint Perpète et être en ville le jour du « Sacrament ». La ville leur accorda la même année la jouissance du « Warisiau » (terrain vague) de la tour Héralle, situé au bord de la Meuse, près la rue des Tanneries, derrière l’hôpital Saint-Jean-Baptiste.
En 1550, les arbalestriers, qui recevaient quinze florins de gage, demandaient qu’on leur donne une paie égale à celle des arquebusiers, Ceux-ci devaient posséder chacun baston et poudre à canon, et savoir se servir de corchet, hacquebutte, canons el autres choses requises.

Note sur les clochetons


Nous ne pouvons abandonner le chapitre de l’art architectural à Dinant sans mentionner d’une façon - toute spéciale la grande quantité de clochetons d’un goût et d’une élégance que nous n’avons vu dépasser nulle part.

Ils sont incontestablement d’une date postérieure au désastre de 1466, mais nous n’avons pas eu le temps d’en rechercher l’histoire.