Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

FOUILLES DU SITE DES OBLATS A DINANT

29 juin 2008 - Nicole Houbion

Le 8 juin 2008, les fouilles du site des Oblats arrivent à leur fin et les archéologues ont gentiment organisé des visites du site et nous ont fait profiter de leurs découvertes.

Lors de terrassements réalisés pour la construction d’un immeuble à appartements sur l’ancien site des Oblats à Dinant, on a découvert une partie de l’ancienne ville de Dinant. Les découvertes concernent la période médiévale allant du 13 au 16ème siècle.

On lit souvent que les dinandiers étaient installés exclusivement dans ce quartier dénommé « l’île », mais on a trouvé par la suite qu’il n’en était rien. Lors des fouilles de la rue Saint-Jacques, notamment, une intéressante découverte de trois fours de dinandiers a été faite, dans ce qu’on appelait jusqu’au 19ème siècle, le « Quartier des Tanneries ». Il est donc certain à l’heure actuelle que plusieurs endroits de la Ville avaient les faveurs de cette profession de dinandier.

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L’ « île » au Moyen Age. La zone délimitée en rouge est le site des Oblats.

Lorsqu’on arrive sur le site, on voit deux rues avec des activités nettement différentes.

La rue principale est perpendiculaire à la Meuse et s’arrête à un mur fermé. Il s’agit du mur d’enceinte de la Ville. Il possédait autrefois une porte qui donnait accès à la Meuse pour pouvoir amener toutes les matières premières (cuivre et calamine) et les marchandises nécessaires aux artisans et à leurs familles, et pouvoir charger leur production de lingots de laiton et d’objets en dinanderie pour l’ « exportation », via la Meuse. On voit nettement que cette porte d’accès a été rebouchée par des pierres de la même origine, mais pas de la même époque (leur taille est différente), que celles du mur. En repartant de cette porte, on arrive à hauteur de la rue secondaire perpendiculaire à la première et on s’aperçoit que cette rue principale continuait son petit bonhomme de chemin plus loin. - Mais halte là Mesdames et Messieurs les archéologues, pas question de détruire notre rue Cousot ! -

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Mur d’enceinte, face extérieure, porte murée.

Cette rue secondaire, quant à elle, était une rue commerçante. L’ensemble est constitué d’une dizaine de maisons toutes bâties sur le même schéma qui ne diffère guère de celui des habitations commerçantes actuelles du centre ville. Elles sont implantées comme des frites perpendiculaires à la Meuse. Ces maisons pouvaient avoir un ou deux étages et parfois une cave. Il n’est pas impensable que certaines maisons possédaient des encorbellements, comme c’était le cas notamment à Namur, mais cela n’a pas été prouvé. En façade avant, côté rue donc, se trouve la première pièce qui était le local commercial. Sur son côté, une petite rampe en pierre donnait accès à la pièce d’habitation. Ensuite venait l’atelier et enfin la cour ou le jardinet.

En examinant les différentes maisons, on a pu reconstituer les détails de l’intérieur en trouvant un élément dans une maison, un autre dans la suivante, et ainsi de suite.

On distingue nettement les murs porteurs des autres. Cela permet de conclure que les toits devaient être construits avec le pignon côté rue principale (donc perpendiculaire à la Meuse). La base des murs étaient en pierre, sur lesquels venait une ossature en bois, le tout rembourré de torchis mais en façade, on avait de belles devantures en pierre. On remarque que, plus tard, les fenêtres des vitrines ont été murées. Au rez-de-chaussée, le sol était en terre et, à l’étage, de la mosaïque était souvent placée au sol pour éviter toute propagation du feu. Dans la pièce à vivre, on voit l’emplacement de la cheminée en briques réfractaires. Dans l’atelier de chaque maison se trouve un four pour le travail de la dinanderie. On en trouve un dans chacune des maisons du site. Enfin la cour sert souvent d’endroits de stockage des résidus.

Four de dinandier

L’examen de ces maisons rasées permet de tirer certaines conclusions, notamment que certaines maisons ont été incendiées : sur le sol des caves ou des rez-de-chaussée, on trouve des restes de torchis brûlé, l’huisserie des portes de l’étage, etc. ; sur certains murs de pierre, on voit des traces noires de bois calcinés.

Depuis bien des années, des villes commerçantes réputées étaient installées le long de la Meuse à une distance d’environ 30 kilomètres : Liège, Huy, Andenne, Namur, Dinant et Givet. Cette implantation permettait l’approvisionnement et la livraison grâce à la Meuse. C’est donc par cette voie que le cuivre était acheminé d’Allemagne vers Dinant. Les artisans dinandiers travaillaient cuivre et calamine dans leurs fours pour obtenir le laiton. Grâce aux découvertes faites sur ce site des Oblats, on sait que le travail de la dinanderie à l’époque n’était pas uniquement du martelage. Pour certaines pièces on chauffait le laiton et on le coulait dans des moules. Des résidus de moules ont été retrouvés.

Des objets témoignant de l’époque et de l’artisanat de la dinanderie ont été prélevés des fouilles et seront stockés. Quand les archéologues auront-ils les subsides pour les mettre en valeur et donner l’occasion à chacun de venir les admirer ?

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Objet trouvé sur le site des Oblats

C’est grâce à ces fouilles, malheureusement trop rares, que nous pouvons découvrir, redécouvrir et enrichir notre connaissance d’un passé trop peu connu. Gageons que les prochaines fouilles annoncées à Dinant viendront enrichir notre savoir.