Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

DINANT ET LA HANSE .Le commerce européen de Dinant aux XIIIème et XIVème siècles.

5 février 2006 - Marc Aubreby

Le commerce européen de Dinant aux XIIIème et XIVème siècles.

Les XIIIème et XIVème siècles sont marqués en Europe du Nord par l’essor des villes marchandes, soutenues en cela notamment par les princes ecclésiastiques ; ce mouvement va culminer au XIVème siècle avec l’apogée de la Hanse.

Certains historiens, au vu des franchises accordées aux marchands de Dinant en Angleterre, ont été amenés à la qualifier de seule ville hanséatique non-allemande ; suivant Philippe Dollinger [« La Hanse - XIIème et XVIIème siècles », Aubier - Editions Montaigne ; page 155] « C’est une erreur. Ses marchands, il est vrai, jouissaient en Angleterre - mais là seulement - des privilèges hanséatiques et ils avaient au Steelyard une maison propre, appelée « Dinant Hall ». Mais ces relations ne suffirent pas à la faire reconnaître comme membre de la communauté par les autres villes. »

En effet, historiquement Dinant est liée aux échanges entre l’Angleterre et les foires de Champagne (et même du Lendit à Paris) et de Cologne, c’est à dire presque exclusivement aux trafics nord-sud, alors que l’association des marchands de Gotland, puis la Hanse des marchands, et enfin la Hanse des villes ont leur fondement dans les trafics est-ouest.

Il n’y a donc pas de réelle alliance entre Dinant, en tant que ville dépendant du prince-évêque de Liège, et d’autres villes, mais une alliance entre les marchands Dinantais et ceux de Cologne en Angleterre ; ainsi « les Colonais gardaient - avec les Dinantais - la disposition exclusive du Gildhall et même, depuis 1324, ils n’y admirent plus les marchands des autres villes. Ceux-ci durent s’installer à proximité dans d’autres bâtiments du Steelyard. Néanmoins, on peut dire que l’année 1281 marquait la naissance du comptoir hanséatique de Londres. » [Philippe Dollinger, op. cité supra, page 57].
Il est toutefois à noter que c’est à Bruges que se développe le commerce hanséatique, le port traditionnel des Dinantais étant aussi celui de Damme.

C’est dès 1103 - 1104 qu’est attestée la présence de marchands Dinantais à Cologne.

La prospérité des marchands de Dinant se développe donc dès le XIIème siècle, avec celle des autres Mosans, c’est-à-dire les marchands de Huy, de Liège et de Nivelles, grâce à l’apport en Angleterre « du vin du Rhin, des articles métalliques, des pierres précieuses, des étoffes de luxe de Ratisbonne ou même de Constantinople, des armures de Mayence : un règlement anglais, vers 1130, précisait dans quelles conditions ces « Lorrains » pouvaient introduire et vendre leurs marchandises à Londres. » [Philippe Dollinger, op. cité supra, page 22] ; les marchands dinantais se spécialisent tout particulièrement dans le commerce des objets de cuivre appelés à l’époque « batterie ». Dès 1226 est cité à Portsmouth « Lambert Warrin, marchand de Dinant en Allemagne ». En 1303, Edouard 1er accorde à tous les étrangers la carta mercatoria suivant laquelle ils bénéficient de l’exemption de toutes taxes et corvées, la liberté d’établissement, l’autorisation de commercer en gros tant avec les étrangers qu’avec les Anglais et diverses garanties judiciaires ; lorsque Edouard II la révoqua, les Dinantais continuèrent à en bénéficier au même titre que les Allemands. Enfin, certains étrangers peuvent se voir conférer (le plus ancien exemple connu remonte à 1309) la nationalité anglaise, puis à partir de 1324 se voir conférer « l’indigénat » leur reconnaissant l’égalité des droits et des privilèges économiques avec les marchands anglais. Ces naturalisations seront ensuite reprises en France comme le montrent les lettres de naturalité dont a bénéficié Arnould dit aus Brebis, de Dinant (1328-1340), même si elles ont été délivrées dans un contexte sans doute tout à fait différent.

Dinant est à la fois une ville et un « pays » qui s’étend jusqu’à Givet et Couvin, l’un des trois « pays » (Liège, Huy et Dinant) formant le pays de Liège. Dinant, qui était une ville au pouvoir partagé entre le comte de Namur et l’évêque de Liège au XIème siècle, passe sous l’autorité exclusive de ce dernier à compter de 1070. Au XIIIème siècle, elle s’est très largement émancipée et depuis la révolte des « batteurs (de cuivre) » de 1255, elle est administrée en fait conjointement par deux mayeurs, l’un issu des patriciens (haute bourgeoisie), l’autre issu par alternance des « batteurs » et des autres « métiers » [« Histoire de la constitution de la ville de Dinant » par H. Pirenne, Université de Gand, 1889 - FRBNF31116986 Tolbiac 8-Z-12264(2)].
La situation particulière du bourg, à la frontière immédiate entre le pays de Liège et le Comté de Namur, a pour conséquence que Dinant est immédiatement concernée par les conflits relatifs aux limites territoriales entre ces deux entités, d’autant que la fabrication des ustensiles en cuivre nécessite une terre réfractaire que l’on ne trouve qu’à l’ouest de la Meuse, également en zone frontière, et le plus souvent en « pays » Namurois. Ces conflits vont s’exacerber au début du XVème siècle du fait des rivalités commerciales entre les villes voisines de Dinant et de Bouvignes. Les principaux épisodes de ces conflits sont au XIIIème et XIVème siècles : en 1277 la guerre dite « de la vache de Ciney » ; de 1293 au 1er septembre 1296 la guerre entre Namur et Liège, Guy de Dampierre, comte de Namur, ayant réclamé aux Dinantais certaine somme d’argent promise du chef de dettes contractées par son fils, l’évêque Jean de Flandre (le compromis du 1er septembre 1296 montre l’importance du corps de métier de la « batterie » puisque ses privilèges sont exclus de la discussion du compromis [« Cartulaire de Bouvignes »]) ; de nouveaux conflits entre Bouvignes et Dinant du 2 novembre 1319 au 4 août 1321.

Le milieu du XIVème siècle (1349-1351) est marqué par la catastrophe de la peste noire, qui, sans doute à partir de l’Angleterre va ravager toute l’Europe du Nord.
Ses conséquences exactes à Dinant sont mal connues, mais elle a eu certainement pour effet un ralentissement considérable des échanges et une concentration des richesses. Les analyses menées sur les villes hanséatiques montrent toutefois que la crise a été surmontée en moins d’une dizaine d’années.