Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

1797 : Enquête policière menée à la suite d’une mort violente.

5 juillet 2008 - Catherine GOFFIN

Dans le registre des décès de l’Etat Civil de Dinant de l’an V de la République française (1796 - 1797), on relève cette relation ...

Aujourd’hui cinq messidor an V de la République Française par devant moi, Joseph EVRARD, agent municipal de la commune de Dinant, pour
dresser les actes destinés à constater les naissances, mariages et décès
des citoyens, est comparu à la maison commune le citoyen Henri HENIN,
juge de paix, demeurant à Dinant, lequel assisté de Henrÿ DESTREMONT
instituteur âgé de trente deux ans et Anne Joseph PIRQUIN, cuisinière,
âgée de vingt sept ans, tous deux demeurant chez le citoyen Paul MAIBE,
lequel a déclaré à moi Joseph EVRARD, qu’avait été instruit que Frère
Paul ex capucin résident chez ledit Paul MAIBE était décédé d’une mort
violente, il s’était transporté sur le lieu et y avait rédigé le procès
verbal dont la teneur suit.

L’an cinq de la République Française, le cinq Messidor sur l’avis nous
donné que le citoyen frère Paul cÿ devant Capucin au couvent de Dinant,
actuellement domicilié chez le citoyen Paul MAIBE propriétaire aussi
demeurant en la commune de Dinant a été trouvé ce jour d’hui entre neuf
et dix heures du matin, étendu expirant dans la cour sous la fenêtre de
sa chambre, Nous juge de paix et officier de police judiciaire du canton
de Dinant avons ordonné qu’il fut fait une visite du cadavre dudit frère
Paul pour en connaître la cause de la mort et être ensuite statué ce
qu’il appartiendra.

Sur quoy Nous juge de paix susdit à une heure après, moy du même jour,
en conséquence de notre ordonnance apposée au bas du susdit procès
verbal, d’avis étant accompagné du citoyen Antoine BODSON chirurgien
demeurant à Dinant, dont nous avons requis l’assistance à l’effet d’être
en sa présence procédé aux opérations ci après, dont nous lui avons fait
connaître l’objet pour visiter le particulier mort, dont il est fait
mention en notre susdit procès verbal, nous sommes transportés en la
maison dudit citoyen Paul MAIBE à Dinant, grand rue où étant entré,
avons requis le citoyen Henry DESTREMONT instituteur demeurant chez
ledit citoyen de MAIBE, de nous conduire voir l’endroit ou était le
susdit frère Paul, lequel nous a le même conduit voir l’endroit où était
déposé le corps mort, et où nous avons remarqué une grande effusion de
sang sur le pavé et où nous avons trouvé le susdit frère Paul ; nous
avons ensuite requis le citoyen Antoine BODSON chirurgien d’en faire la
visite, à l’instant à quoi procédant ; le citoyen Antoine BODSON a
remarqué que le coronal, le pariétal droit se trouvait absolument
fracassé avec enfoncement des pièces susdites dans le cerveau,
lesquelles fractures ledit citoyen BODSON déclare avoir été
occasionnées par une chute violente qu’aucun coup d’aucune arme ou
instrument contondant n’auraient pu occasionner de pareille fracture.

Et ensuite comparu le citoyen Henrÿ DESTREMONT instituteur demeurant
chez ledit Paul de MAIBE lequel pour nous faire parvenir à la
connaissance des circonstances de la mort du frère Paul nous a déclaré
que ce jourd’hui, entre neuf et dix heures du matin étant assis dans la
cuisine vis à vis du jardin, que de là il vit tomber ledit frère Paul,
que sur l’instant il dit à la cuisinière d’aller voir à la cour qu’il
venait de voir tomber quelque chose, qu’il dit avoir très bien reconnu
être gran(sic), sur quoi la cuisinière s’y étant transporté elle est de
suite retournée ce (sic) disant que c’était frère Paul qui était tombé,
et sur ce qu’on lui avait dit , que ledit frère Paul avait dit des
propos qui tenoit à la démence, il leva les yeux vers la chambre dudit
frère Paul, il vit que les fenêtres étaient fermées, mais que celles du
dernier étage au dessus de sa chambre étaient ouvertes, et a signé .

Est aussi comparu la citoyenne Anne Joseph PIRQUIN cuisinière chez le
citoyen Paul de MAIBE, laquelle nous a déclaré que ce jour d’hui vers
sept heures du matin elle portait du feu à la chambre du citoyen frère
Paul, que ledit frère Paul ouvrit la fenêtre en disant qu’il n’avait pas
besoin de feu, ci(sic) qu’il était un homme de moins, disant allez
appeler Monsieur de MAIBE, j’ai besoin de lui parler, ce que fit la
déclarante en se retirant, et a signé.

Est aussi comparu le citoyen Nicolas TRIGAUX ci devant vicaire du
couvent des capucins de Dinant, lequel nous a déclaré que depuis dix ou
douze jours, il s’apercevait que frère Paul déraisonnait et perdait la
tête au point qu’entre autres propos, il disait que sa maladie était
insupportable, et qu’il mourirait de morte violente, et qu’aujourd’hui
même lorsque le déclarant est venu lui rendre visite il l’a trouvé fort
abattu et inquiet, disant qu’il avait voiagé toute la nuit et tous les
propos qu’il tenait faisaient absolument voir qu’il était en démence ;
nous l’avons sommé de nous dire s’il reconnaissait ledit particulier, a
répondu très bien le reconnaître, et qu’il s’appelait Lambert MANGEOT
(ou MAUGEOT), de la commune de Stave, sous le nom de frère Paul, au
ci-devant couvent des capucins à Dinant, et a signé.

Ensuite de quoy nous nous sommes transporté à la chambre où nous avons
trouvé les fenêtres fermées et de là étant montés au grenier au dessus
de la chambre dudit frère Paul, où nous avons trouvé un tas d’avoine,
sur lequel nous avons remarqué la trace des pieds d’un homme qui tendoit
à arriver à ladite fenêtre, nous avons en outre remarqué que le montant
du châssis de ladite fenêtre était tout récemment cassé en dehors ;
desquelles déclarations et procès verbaux ; il résulte que ledit frère
Paul est mort de mort violente, et qu’il a été tué par la chute qu’il a
faite de ladite fenêtre dans la cour, en conséquence et attendu que la
cause de la mort est connue, et que toutes autres recherches à cet égard
seraient inutiles, nous avons déclaré que rien ne s’opposait à ce que
ledit corps fut inhumé, suivant les formes ordinaires, était signé HENIN.

L’officier d’État civil, après cette déclaration s’est néanmoins déplacé
au domicile du défunt et s’est assuré du décès suivant la formule consacrée.

Henry HENIN était à la fois juge de paix et officier de police
judiciaire, il signe en qualité de juge de paix, avec les témoins
DESTREMONT et PIRQUIN.